On ne regardera plus de haut Robert Louis-Dreyfus, alias " RLD ", copropriétaire du Standard. Né en 1946, décédé d'une leucémie le 4 juillet dernier, l'homme d'affaires suisse a eu beau transformer l'entreprise de négoce familiale, fondée en 1851, en une multinationale au chiffre d'affaires de quelque 48 milliards d'euros et 40 000 salariés, il n'a jamais été accepté par le microcosme, à qui il reprochait, en retour, de fonctionner en circuit fermé.
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On ne regardera plus de haut Robert Louis-Dreyfus, alias " RLD ", copropriétaire du Standard. Né en 1946, décédé d'une leucémie le 4 juillet dernier, l'homme d'affaires suisse a eu beau transformer l'entreprise de négoce familiale, fondée en 1851, en une multinationale au chiffre d'affaires de quelque 48 milliards d'euros et 40 000 salariés, il n'a jamais été accepté par le microcosme, à qui il reprochait, en retour, de fonctionner en circuit fermé. Faux dilettante - " Il pensait business matin, midi et soir ", commente un proche - cet autodidacte, passé par Harvard sans avoir eu le bac, était capable d'investissements risqués. Y compris à l'autre bout du monde. " Il a misé sur le sucre au Brésil, non seulement parce que les coûts de production y étaient peu élevés, mais parce qu'il savait que l'éthanol allait faire tourner la moitié des voitures brésiliennes ", se souvient, admiratif, Jacques Veyrat, son filleul en affaires. En l'absence d'héritier capable de reprendre le flambeau - Eric, l'aîné des trois enfants de RLD, est encore mineur - cet X-Ponts, né à Chambéry il y a quarante-six ans, va diriger le groupe. Veyrat connaît bien l'entreprise. Durant près de dix ans, il en a été le " M. Télécoms ", menant tambour battant acquisitions et fusions, jusqu'à revendre Neuf, en 2007, à SFR, pour donner naissance au premier challenger d'Orange. Son accession à la tête du groupe n'en demeure pas moins un événement. Pour la première fois, la vénérable maison, toujours pas cotée, va être dirigée par un étranger à la famille. Pas de révolution en vue cependant. " Nous allons continuer à développer nos activités liées à l'énergie et à l'agroalimentaire, qui sont de vrais secteurs d'avenir ", détaille le nouveau régent. Aucun retour prévu dans les télécoms, donc. Déjà bien implanté en Amérique latine, au Canada et aux Etats-Unis, le groupe, qui possède aussi des actifs dans l'immobilier d'entreprise, pourrait renforcer sa présence en Afrique. Mais les centres de décision de la firme, présente sur les cinq continents, devraient rester concentrés en Europe, à Paris, à Genève et à Rotterdam. Et l'Olympique de Marseille ? La gestion du club de football, dirigé par Antoine Veyrat, le frère de Jacques, devrait - pour l'heure - rester contrôlée par la famille. Un souci de moins pour le Savoyard, qui, pour affronter ses nouveaux défis, pourra compter sur les renforts de Serge Schoen, de Michel Paulin et de Fabrice Dumonteil, des cadres dirigeants venus de Neuf. Le principal ennemi de Jacques Veyrat pourrait cependant être... lui-même. " Ce quadragénaire, cornaqué par Alain Minc, et que l'on a pressenti à la tête de TF 1 ou encore d'Orange, n'aura-t-il pas, très vite, des fourmis dans les jambes ? " interroge un observateur. Saura-t-il résister aux sirènes qui le presseront de marquer, lui aussi, son époque ? Guillaume Grallet