Le 4 novembre dernier, 24 dignitaires musulmans et autant de catholiques se sont retrouvés à Rome pour parler ensemble d'" amour de Dieu et [d]'amour du prochain ", à l'appel du Vatican. Une rencontre inédite, au terme de laquelle Benoît XVI a reçu en personne les participants. C'est dire si le pape bavarois, auteur, en septembre 2006, à Ratisbonne (Allemagne), d'un discours qui déchaîna la fureur de la rue musulmane, a dû se rendre à l'évidence : entre l'islam et l'Occident, aux racines chrétiennes, les occasions de frottement et de conflit sont désormais trop fréquentes pour ne pas tenter de trouver un espace de d...

Le 4 novembre dernier, 24 dignitaires musulmans et autant de catholiques se sont retrouvés à Rome pour parler ensemble d'" amour de Dieu et [d]'amour du prochain ", à l'appel du Vatican. Une rencontre inédite, au terme de laquelle Benoît XVI a reçu en personne les participants. C'est dire si le pape bavarois, auteur, en septembre 2006, à Ratisbonne (Allemagne), d'un discours qui déchaîna la fureur de la rue musulmane, a dû se rendre à l'évidence : entre l'islam et l'Occident, aux racines chrétiennes, les occasions de frottement et de conflit sont désormais trop fréquentes pour ne pas tenter de trouver un espace de dialogue. D'un côté, des " fous d'Allah " qui sèment la mort, vilipendent l'Occident " dépravé " et traquent les chrétiens d'Orient. De l'autre, des populations européennes bousculées par l'apparition du voile et de mosquées dans leurs centres-villes, chamboulées dans leurs repères, tentées par le rejet brutal de leurs voisins musulmans. Le " monde du ressentiment " contre le " monde de la peur ", selon la vision de l'essayiste Tzvetan Todorov. Souvent malmenées, les valeurs du monde occidental - respect de l'individu, droits de la femme, esprit critique, justice redistributive, démocratie... - ne suscitent plus, auprès des élites nées en terre d'islam, le même engouement qu'il y a trente ans. Les penseurs réformistes peinent à se frayer leur propre voie dans un monde arabo-musulman en proie à une vague d'islamisation. Ces tensions exacerbent, de façon lancinante, l'identité religieuse. Une identité exhibée comme un tatouage par une jeunesse d'origine musulmane que l'Europe ne sait pas toujours intégrer. Face à ce phénomène, la voix des islamologues tente de calmer les esprits en voulant démontrer la convergence entre l'islam et le christianisme. Mais, si l'on veut déterminer sur quelles bases l'échange doit s'engager, il faut pourtant s'interroger sur la part réelle du facteur religieux dans l'incompréhension qui prévaut actuellement entre les deux religions. Car, au-delà du politique, ce sont deux modèles de civilisation, deux visions du monde radicalement différents qui s'opposent. Cette réflexion incite à tourner le regard vers les deux figures fondatrices du christianisme et de l'islam, Jésus et Mahomet, ainsi qu'à redécouvrir les racines de ces deux monothéismes, ce qui les rapproche comme ce qui les distingue. Qui étaient ces deux Envoyés ? Que prêchaient-ils, à six siècles de distance ? La Bible et le Coran donnent-ils vraiment la même définition de Dieu ? Les contours spécifiques de leur existence et de leur enseignement peuvent-ils expliquer le fossé actuel ? Dans un livre récent, Le Choc Jésus Mahomet (JC Lattès), dont nous publions ici des extraits, Christian Makarian, directeur de la rédaction délégué de notre confrère français L'Express, tente de répondre à ces questions, sans provocation facile, mais sans complaisance non plus. Si le terme " défi " est un mot galvaudé, il n'en est, à l'évidence, pas de meilleur pour qualifier ce dialogue islamo-chrétien que tant de croyants - et de non-croyants - appellent de leurs v£ux. Claire Chartier