Fortis, Dexia : des banquiers contraints d'appeler l'Etat à la rescousse pour les sortir du pétrin. Quelle humiliation ! Le retour sur terre est cinglant ?

C'est comme si on avait rejoué le film C'est arrivé près de chez vous . C'est la faillite de tout un système fondé sur la poursuite effrénée de l'argent facile et rapide, la satisfaction obsessionnelle de l'intérêt immédiat de l'actionnaire, une prise de risque excessive aux Etats-Unis. Il semble que beaucoup de banques européennes, dont Fortis et Dexia, se soient laissé contaminer.
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C'est comme si on avait rejoué le film C'est arrivé près de chez vous . C'est la faillite de tout un système fondé sur la poursuite effrénée de l'argent facile et rapide, la satisfaction obsessionnelle de l'intérêt immédiat de l'actionnaire, une prise de risque excessive aux Etats-Unis. Il semble que beaucoup de banques européennes, dont Fortis et Dexia, se soient laissé contaminer. On a évité deux faillites. S'il n'y avait pas eu ce risque, l'Etat ne serait pas intervenu comme il l'a fait. Les codes de bonne conduite ( ndlr : comme le code Lippens de bonne gouvernance), c'est de la rigolade. L'expérience montre que cela revient à permettre au plus fort d'imposer sa loi. A lui de fixer les règles du jeu et de sanctionner les manquements. Son rôle est d'arbitrer, d'encadrer, mais pas de jouer. L'Etat devait intervenir sur le plan financier pour sauver Fortis et Dexia. Mais il doit sortir au plus vite du capital des deux banques. Non, il est démontré que, généralement, l'Etat est un mauvais repreneur. Le secteur privé est exécrable quand on lui demande de s'autoréguler, mais il est très fort pour créer de la richesse. A chacun son job. Oui, un peu! D'un coup, on est revenu au " bon vieux temps " de la CGER et du Crédit communal. Cela me rend plutôt triste en tant que contribuable. Les citoyens sont devenus actionnaires à leur corps défendant. C'est le contribuable qui paiera, d'une manière ou d'une autre. Oui. Les 7,2 milliards d'euros empruntés par l'Etat pour contrôler partiellement Fortis et Dexia devraient lui coûter 360 millions d'intérêts par an. Ces deux banques devraient donc réaliser entre 1,2 et 1,5 milliard d'euros de profit net par an pour offrir un dividende net équivalent à cette charge d'intérêts. Fortis et Dexia ont-elles fait un tel profit avant ? Oui. Pourront-elles reproduire cette performance dans le futur ? Probablement pas. Je doute que l'opération soit un jour favorable au contribuable. Soit l'Etat les vendra à bas prix, soit il les vendra à perte. Car on le sait, il y a un excès d'offre bancaire en Belgique. ... ( Yves Delacollette fait la moue. )Le gouvernement n'avait qu'une crainte. Voir s'étaler dans les journaux du monde entier des photos montrant une foule en délire voulant lyncher son banquier pour récupérer son argent. Entretien : Pierre Havaux