C'est son jour de gloire. En prêtant serment devant le roi, le Premier ministre Théo Lefèvre réalise un rêve. En réalité, c'est la première fois qu'il occupe un poste de ministre dans un gouvernement. Dans les coulisses, il préparait l'opération depuis longtemps. C'est en 1950 que Lefèvre devient président du PSC. Dès l'entame, il adopte un style nouveau. Jusqu'alors, les présidents catholiques étaient des hommes de consensus ; Lefèvre, lui, veut être un leader. Un chef. Tous les jours, il se rend dans son bureau de la rue des Deux Eglises, d'où il dirige ses troupes avec fermeté. En 1952, il n'hésite pas à écarte...

C'est son jour de gloire. En prêtant serment devant le roi, le Premier ministre Théo Lefèvre réalise un rêve. En réalité, c'est la première fois qu'il occupe un poste de ministre dans un gouvernement. Dans les coulisses, il préparait l'opération depuis longtemps. C'est en 1950 que Lefèvre devient président du PSC. Dès l'entame, il adopte un style nouveau. Jusqu'alors, les présidents catholiques étaient des hommes de consensus ; Lefèvre, lui, veut être un leader. Un chef. Tous les jours, il se rend dans son bureau de la rue des Deux Eglises, d'où il dirige ses troupes avec fermeté. En 1952, il n'hésite pas à écarter le Premier ministre PSC Joseph Pholien pour le remplacer par Jean Van Houtte. En agissant ainsi, il montre où se situe le véritable pouvoir... En 1958, les sociaux-chrétiens s'unissent aux libéraux pour former une nouvelle coalition sous la houlette de Gaston Eyskens, PSC lui aussi. Entre le Premier ministre et le président de parti, les contacts ne sont pas toujours évidents. En mai 1960, Lefèvre passe à l'action. A l'occasion d'un discours remarqué, il plaide - assez ouvertement - en faveur d'une coalition travailliste. Les propos sèment le doute au sein du gouvernement, que les libéraux sont à deux doigts de quitter. Dans les mois qui suivent, Lefèvre multiplie les rencontres avec Paul-Henri Spaak, le leader socialiste. Les deux hommes se voient aux réunions parisiennes du comité Monnet ou dans les salons bruxellois du baron Léon Lambert. Dans le secret, ils préparent une nouvelle coalition. Pendant ce temps, le gouvernement navigue en eaux troubles. La crise de l'indépendance congolaise et la grève contre la Loi unique achèvent de miner sa crédibilité. En février 1961, les Chambres sont dissoutes et la campagne commence. Elle est terrible. " Eyskens dehors ", clament les socialistes. Le Premier ministre démissionnaire peut à peine se défendre : la haute direction du parti lui fait comprendre qu'il doit se tenir à l'écart des débats. L'homme est interdit de meetings et de médias. Pendant ce temps, Lefèvre mène campagne contre les libéraux. Au lendemain du scrutin, sociaux-chrétiens et socialistes s'unissent. En avril, un nouveau gouvernement est sur les rails. Sans doute Théo Lefèvre sera-t-il l'un des Premiers ministres les moins populaires des dernières décennies. Il faut dire que l'homme ne cherche pas forcément à plaire. Obstiné, émotif, c'est aussi un personnage atypique. Ses références - il aime citer Blaise Pascal - et son style sarcastique passent mal auprès de l'opinion publique. En outre, le bilan de son gouvernement est plutôt maigre. En 1965, la coalition se fait dégommer par l'électeur et Lefèvre disparaît des écrans radars. La fin est plutôt tragique. Lefèvre a tout donné à la politique. Il se retrouve à présent très seul, avec des revenus plutôt limités. Quelques mandats d'administrateur l'aident à tenir le coup. Il finit aussi par retrouver la politique. Ministre en 1968, il devient secrétaire d'Etat en 1972. Le gouvernement est alors dirigé par un certain... Gaston Eyskens. Théo Lefèvre meurt en 1973. VINCENT DELCORPS