D'accord. Didier Reynders, vice-Premier ministre et ministre des Finances au sein du gouvernement Leterme, par ailleurs président du MR, n'est évidemment pas responsable de la crise du secteur financier. Pas plus que de l'aspect immoral du capitalisme, qu'il a d'ailleurs déjà dénoncé, notamment en montant au créneau contre les parachutes dorés des grands patrons. On peut, également, saluer l'immense sang-froid dont il a fait preuve, sa capacité de décider rapidement et avec discernement, des qualités vraiment précieuses en ces temps troublés. Mais quand même : aux premières heures de la tempête financière, Elio Di Rupo, président du PS, n'a pu s'empêcher d'envoyer quelques piques bien senties en direction de son collègue libéral : " C'est trop facile de passer son temps à critiquer les autres, à les mépriser même, et de ne pas assumer ses responsabilités. " Le mot est lâché : responsabilités. Qu'entend-il par là ? Que Reynders, ses lieutenants, les organismes de contrôle qui sont placés sous son autorité auraient été défaillants (lire en p. 43) ? La riposte libérale ne s'est pas fait attendre : " En fait de responsabilités, les administrateurs actuels ou passés des banques publiques ou ...

D'accord. Didier Reynders, vice-Premier ministre et ministre des Finances au sein du gouvernement Leterme, par ailleurs président du MR, n'est évidemment pas responsable de la crise du secteur financier. Pas plus que de l'aspect immoral du capitalisme, qu'il a d'ailleurs déjà dénoncé, notamment en montant au créneau contre les parachutes dorés des grands patrons. On peut, également, saluer l'immense sang-froid dont il a fait preuve, sa capacité de décider rapidement et avec discernement, des qualités vraiment précieuses en ces temps troublés. Mais quand même : aux premières heures de la tempête financière, Elio Di Rupo, président du PS, n'a pu s'empêcher d'envoyer quelques piques bien senties en direction de son collègue libéral : " C'est trop facile de passer son temps à critiquer les autres, à les mépriser même, et de ne pas assumer ses responsabilités. " Le mot est lâché : responsabilités. Qu'entend-il par là ? Que Reynders, ses lieutenants, les organismes de contrôle qui sont placés sous son autorité auraient été défaillants (lire en p. 43) ? La riposte libérale ne s'est pas fait attendre : " En fait de responsabilités, les administrateurs actuels ou passés des banques publiques ou privées devraient aussi assumer les leurs. " Réponse du berger à la bergère : Reynders vise ici Di Rupo, lequel a été, un temps, administrateur chez Dexia. Ouh là là, que voilà une affaire mal emmanchée ! En pleine tourmente, alors que le système bancaire est menacé de faillite - et, dans son sillage, toute l'économie du pays - les deux responsables politiques francophones les plus puissants de Belgique consacrent une part, fût-elle minime, de leur énergie à se rentrer dans les plumes ! Ils ont, heureusement, rapidement recouvré leurs esprits. " Jouer la carte politique dans ces moments de crise, c'est lamentable ", a rapidement asséné Reynders. Et il a été entendu : dès le mardi, le socialiste Guy Coëme s'est félicité, à la Chambre, de l'action rapide et concertée du gouvernement face à l' " attaque de piraterie " subie par le secteur bancaire. Retour - momentané - à l'unité. Momentané seulement, à n'en pas douter. Car la crise financière a fourni un argument de campagne électorale en or aux socialistes (ne l'oublions pas : les élections régionales se dérouleront le 7 juin prochain...). Et un bâton pour rendre les coups à leurs adversaires libéraux. A l'occasion des fêtes de Wallonie, Reynders ne tirait-il pas au bazooka sur la Wallonie, cet " Etat soviet " ? Depuis, le PS ne décolère pas. A présent qu'il a l'occasion de prendre sa revanche, faisons-lui confiance : il ne va pas rater l'occasion de faire ravaler son arrogance au président libéral. On l'entend d'ici : " Il sera difficile de convaincre les Wallons que leur Région se portera mieux avec le libéralisme qu'avec le socialisme. " Il ne faudra pas longtemps avant que cela ne sorte. D'autant plus que Reynders lui-même en a appelé à un " repositionnement idéologique ". A un " débat revivifié ". Et là, il est dans une position délicate. Contrairement à Louis Michel qui avait imposé le label de " libéralisme social ", son successeur se réclame d'une droite décomplexée, plus carrée, moins ambiguë. Il n'a évidemment jamais déclaré qu'il était favorable à un marché sans foi ni loi, ni opposé aux instruments de régulation. Mais son côté... arrogant, ses petites phrases musclées contre la fonction publique et l'interventionnisme étatique, ses plaidoyers répétés en faveur des intérêts notionnels (ces avantages fiscaux consentis aux entreprises sans qu'il soit prouvé qu'ils favorisent l'emploi) le rendraient peu crédible s'il venait à dénoncer le capitalisme financier. " La recherche a tellement progressé en Région wallonne que l'on finira par trouver un produit qui pourra décoller le PS et le CDH ", lançait dernièrement le " grand bleu ", jamais avare d'un bon mot. Pour cette fois, c'est raté : la crise du capitalisme débridé a, au contraire, renforcé la colle. Le débat gauche-droite sera, assurément, l'un des thèmes de choix - avec le communautaire - de la prochaine campagne électorale. Et là, le CDH sera encore plus à l'aise que précédemment pour camper sur ses positions " humanistes ". N'est-il pas urgent de réintroduire l' " humain " dans le marché ? Un peu de morale dans les affaires ? De l'éthique, un peu partout ? Autant de thèmes porteurs pour le parti de Joëlle Milquet. Autre chose : ces derniers temps, on avait cru percevoir un rapprochement tactique entre le MR et Ecolo, susceptible de faire contrepoids au tandem socialiste-social-chrétien. Pour les verts, ce rapprochement devient gênant : ceux qui, au sein d'Ecolo, craignaient qu'on ne leur reproche de vendre leur âme au diable, soupirent d'aise aujourd'hui. Ils peuvent, à nouveau, consacrer toutes leurs énergies à l'impérieuse nécessité de protéger l'avenir de l'humanité en pensant " durable " et " équitable ". En résumé, voici Reynders plus esseulé que jamais. Et, au MR, on craint comme la peste d'être, à nouveau, tenu à l'écart du pouvoir en Wallonie, au lendemain des prochaines élections. Il en va tout autrement pour Yves Leterme, Premier ministre du gouvernement fédéral. Pour une fois, les malheurs du monde lui permettent de respirer. Bien sûr, sa tâche reste difficile. La crise financière, la mauvaise conjoncture économique, la pression exercée par les syndicats et les patrons dans le cadre de la recherche d'un accord interprofessionnel, la confection du budget de l'Etat qui s'annonce très délicate : tout cela lui donnera certainement encore bien des cheveux blancs. Mais, à l'heure actuelle, plus personne n'oserait faire la moindre allusion à des élections anticipées, à une crise gouvernementale, à une démission du Premier ministre. Un gouvernement en affaires courantes, par ces temps troublés ? Tout simplement impensable. Le répit, sans doute, ne sera que provisoire. On peut faire confiance aux nationalistes flamands pour se ruer sur les thèmes communautaires dès que le moment sera plus " porteur ". Mais, au point où en était Leterme, chaque jour qui passe est un jour gagné sur l'ennemi... Isabelle Philippon