L'incroyable s'est produit. Avec le retour de Wilfried Martens comme explorateur et de Herman Van Rompuy comme formateur et Premier ministre, on a le sentiment d'être revenu au temps des dinosaures, de cette Belgique qu'on croyait morte et enterrée depuis 1999, début de la cure d'opposition des chrétiens-démocrates flamands qui a duré huit ans. C'est une renaissance pour le sphinx de Rhode-Saint-Genèse : catho de droite pratiquant, économiste et bachelier en philosophie thomiste, Van Rompuy incarne cet Etat CVP d'antan, ce parti " du trône et de l'autel " qui gela si longtemps les dossiers éthiques. Cynique e...

L'incroyable s'est produit. Avec le retour de Wilfried Martens comme explorateur et de Herman Van Rompuy comme formateur et Premier ministre, on a le sentiment d'être revenu au temps des dinosaures, de cette Belgique qu'on croyait morte et enterrée depuis 1999, début de la cure d'opposition des chrétiens-démocrates flamands qui a duré huit ans. C'est une renaissance pour le sphinx de Rhode-Saint-Genèse : catho de droite pratiquant, économiste et bachelier en philosophie thomiste, Van Rompuy incarne cet Etat CVP d'antan, ce parti " du trône et de l'autel " qui gela si longtemps les dossiers éthiques. Cynique et rancunier, l'ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances (1993-1999) a d'ailleurs qualifié l'ère Verhofstadt de " frivole intermezzo ". Un des derniers Flamands à croire en une certaine Belgique reviendrait donc aux affaires jusqu'en 2011 ! Les francophones ont gagné. Van Rompuy ne se fie que modérément à Didier Reynders (MR), qu'il a vu " grandir " sous les ailes de feu Jean Gol (ancien homme fort du PRL). Mais il a soutenu Elio Di Rupo, accusé à tort de pédophilie lors de l'affaire Trusgnach (1996), et respectait Gérard Deprez, ancien président du PSC et ex-père spirituel de Joëlle Milquet. L'enthousiasme francophone doit toutefois être tempéré. Herman est le fils de Vic, cet économiste réputé de la KULeuven qui, dans les années 1950, a préparé le renouveau flamand. Jeune attaché de cabinet, il a travaillé pour Gaston Geens, devenu peu après le premier ministre-président de la Communauté flamande qui lança le célèbre " Wat we zelf doen, doen we beter " (ce que nous faisons nous-mêmes, nous le faisons mieux). Herman voue aussi une vraie admiration à son frère Eric, au profil flamand plus prononcé. Et à la presse belge il s'adresse essentiellement en néerlandais. Favorable à la scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde, il s'est néanmoins fait prier pour rejoindre ceux qu'il considère comme une " bande de zozos ". Il n'a pas d'estime pour Yves Leterme et le cartel qu'il forma avec la N-VA. La consécration de Van Rompuy au 16, rue de la Loi est un camouflet pour les nouveaux maîtres de Flandre, cette génération de quadras bling-bling incapable de trouver dans ses rangs un Premier ministre " durable ". Homme de rigueur, par ailleurs auteur de haïkus (très brefs poèmes sur le modèle classique japonais), il exècre le chaos, la babbelcultuur et les réunions nocturnes qui sont monnaie courante depuis juin 2007. La récréation est terminée. Le redresseur des finances belges réexaminera, avec la plus grande circonspection, le budget 2009 et, surtout, le plan de relance. Car ce prédicateur d'apocalypse est convaincu que l'Etat fédéral court à la faillite, étranglé par une trop généreuse loi de financement des Communautés et des Régions. Voilà les francophones prévenus. Ils n'ont obtenu qu'un sursis dont ils doivent tirer le meilleur profit. Yves Leterme, qui s'estime injustement écarté du pouvoir, est déjà pressé de réapparaître sur le devant de la scène politique. l de dorothée klein - Rédactrice en chef