pas voir une assiette haram [NDLR : non licite] sur la table ", raconte encore Patrick Verhelst.
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pas voir une assiette haram [NDLR : non licite] sur la table ", raconte encore Patrick Verhelst. " Les conversions ou les retours à la religion sont légion en prison, observe une surveillante qui préfère garder l'anonymat. Beaucoup le font pour avoir la paix ou être protégé par le groupe. Quelques détenus d'origine belge se convertissent aussi dans ce but. Dans quelques rares cas, ils le font par conviction et deviennent particulièrement orthodoxes, se laissent pousser la barbe, font scrupuleusement leurs cinq prières quotidiennes, baissent le regard devant les surveillantes pendant le ramadan... Comme s'ils devaient montrer qu'ils sont d'aussi bons musulmans que les autres. "" On observe ce phénomène chez les détenus de toute confession. La religion n'est pas le seul moteur de la pratique religieuse, note Valérie Lebrun, directrice de la prison d'Ittre. Le culte permet de sortir plus souvent de cellule et d'avoir un contact avec une personne extérieure comme l'imam ou l'aumônier à qui l'on peut confier ses soucis. Certains participent d'ailleurs à plusieurs cultes. " " Quand on ne donne aucune perspective aux détenus, il n'est pas étonnant que la religion devienne un échappatoire, commente pour sa part l'avocate Delphine Paci, présidente de l'Observatoire des prisons (OIP). Il y a là un terreau propice. Les Témoins de Jéhovah tentent, par exemple, de rentrer en prison, notamment via l'OIP. "Pour nombre de gardiens, c'est clair : depuis plusieurs années, on observe une certaine radicalisation parmi les détenus musulmans. " C'est surtout le fait de quelques leaders qui font état de leurs connaissances coraniques et sont suivis par de nombreux détenus. L'émeute de novembre dernier a d'ailleurs été lancée par ces meneurs ", assure une gardienne de l'établissement d'Andenne. Près de 150 détenus avaient alors refusé de regagner leur cellule avant de bouter le feu et de saccager les couloirs. A l'origine de ces violences : une note de la direction interdisant la prière dans les sections communes durant les activités du soir. " Pendant les prières, tout devait s'arrêter, kicker, ping-pong, etc. Même lorsqu'un agent venait annoncer une visite, certains le faisaient taire, continue la gardienne. On l'a toléré pendant trop longtemps. Après, pour faire machine arrière, c'est compliqué... "Il n'existe pas de statistiques officielles, mais il est évident que, dans plusieurs établissements du pays, la majorité des détenus sont musulmans. C'est le cas à Ittre par exemple. " Pendant les activités du soir, la tenue vestimentaire est laissée libre. On voit beaucoup plus de djellabas ou de gandouras qu'avant, confie un gardien. Une soixantaine pour cent détenus. " Si l'on regarde les chiffres des régimes alimentaires choisis, on dénombre 263 régimes musulmans, 132 ordinaires, 41 végétariens et 40 spéciaux pour raisons médicales (diabète...). " Il y a différentes raisons à cette situation, explique la directrice, Valérie Lebrun. Ittre est la maison de peine où sont incarcérés la plupart des délinquants bruxellois condamnés à des peines de longue durée. On sait qu'à Bruxelles la population issue de l'immigration est plus importante. Par ailleurs, des études criminologiques ont montré que le filet pénal se resserre en fonction de l'origine ethnique et/ou du milieu social. "A Andenne aussi, il y a une forte concentration de détenus musulmans. " Dans certaines sections, 80 % des personnes incarcérées font la prière. On assiste à un véritable communautarisme ", constate un surveillant. Ici, près de deux tiers des repas servis en cellule sont halal. " Les condamnés pour faits de terrorisme islamiste sont plus nombreux qu'auparavant et la plupart de ceux-ci sont enfermés à Andenne, précise Delphine Paci. Il n'est pas étonnant que cela crée une certaine émulation au niveau religieux. Ce n'est pas très sain. "Auparavant, les caïds dans les prisons étaient, pour la plupart, des pointures du grand banditisme, genre Marcel Habran. Aujourd'hui, ce sont plus souvent des figures du terrorisme, comme Nizar Trabelsi ou Tarek Maaroufi. A Ittre, ce dernier faisait lui-même l'appel à la prière. " Ces prisonniers-là ont une aura incroyable, rapporte Marc Peeters. Je me souviens quand Trabelsi était ici à Andenne : on entendait beaucoup de coups dans les portes des cellules lorsque des gardiens avaient une prise de tête avec lui. Il était pourtant à l'isolement et ne sortait jamais en même temps que les autres. Mais sa fenêtre donnait sur le préau. Il y avait tous les jours un attroupement en dessous de celle-ci. "" Via leurs "disciples", des leaders font pression sur ceux qui fument pendant le ramadan, par exemple, ou ne participent pas aux prières, témoigne une gardienne. A cause de cela, des détenus préfèrent rester en cellule fermée pendant les activités du soir. Il y a aussi des pressions sur les familles à l'extérieur. Certains nous en parlent, mais n'osent pas se plaindre à la direction. "Pendant le ramadan, le rythme carcéral change, selon plusieurs gardiens que nous avons rencontrés. " Des détenus musulmans refusent alors de sortir de leur cellule si c'est une surveillante qui vient les chercher, de crainte de croiser son regard, confie une gardienne à la prison d'Andenne où 40 % du personnel est féminin. Pour les "fouilles vêtements", on s'arrange pour que ce soit un homme qui le fasse. Cela évite des problèmes. "De manière générale, la direction des prisons doit composer avec les principes religieux. " Des détenus musulmans voulaient obliger les autres à garder leur slip sous la douche. Cela causait des conflits. Finalement, un délégué des détenus a demandé qu'on mette des rideaux entre les douches, ce que l'on va faire rapidement. Le problème est réglé ", raconte Valérie Lebrun. Pour les prières au préau, la directrice de la prison d'Ittre n'a pas transigé, d'autant que le préau est, ici, prévu de 14 h 15 à 20 h 15. Ce qui laisse largement la possibilité d'y aller en dehors de l'heure de la prière. Un récent " avis à la détention " rappelle que les prières collectives au préau sont interdites. " Lorsque des détenus transgressent néanmoins la règle, on discute avec eux et on les recadre ", dit Valérie Lebrun. Cela n'a jamais dégénéré, comme à Andenne où le message était tellement mal passé que des détenus ont cru qu'on leur interdisait tout simplement de prier. THIERRY DENOËLLa direction des prisons doit composer avec les principes religieux