Le médecin belge Hans Kluge, directeur pour la région européenne de l'Organisation Mondiale de la Santé depuis un an et demi, s'est exprimé en février dernier sur l'impact catastrophique de la Covid-19 sur les soins oncologiques. Durant les premiers mois de la pandémie, qui a officiellement débuté le 11 mars 2020, la quasi-totalité des pays du monde ont temporairement réduit leur offre de soins réguliers pour accueillir les nombreux patients Covid. Non seulement dans les services d'oncologie, mais aussi dans tous les autres. Les traitements non urgents ont été reportés, les programmes de dépistage suspendus. Au cours du premier confinement, surtout, tout le personnel disponible a été mobilisé pour gérer la crise.
...

Le médecin belge Hans Kluge, directeur pour la région européenne de l'Organisation Mondiale de la Santé depuis un an et demi, s'est exprimé en février dernier sur l'impact catastrophique de la Covid-19 sur les soins oncologiques. Durant les premiers mois de la pandémie, qui a officiellement débuté le 11 mars 2020, la quasi-totalité des pays du monde ont temporairement réduit leur offre de soins réguliers pour accueillir les nombreux patients Covid. Non seulement dans les services d'oncologie, mais aussi dans tous les autres. Les traitements non urgents ont été reportés, les programmes de dépistage suspendus. Au cours du premier confinement, surtout, tout le personnel disponible a été mobilisé pour gérer la crise. Dans la foulée, le nombre de diagnostics oncologiques a sensiblement diminué partout dans le monde ; dans notre pays, Hans Kluge parle d'un recul de 30 à 40% des nouveaux cas dépistés (tous cancers confondus) durant cette période de lockdown, quoique ce déficit ait été plus ou moins corrigé au cours des mois suivants. D'après les chiffres de la Fondation Registre du Cancer, les diagnostics oncologiques auraient chuté de 6% en 2020, ce qui correspond à une baisse de 4000 cas par rapport à 2019. "La pandémie du coronavirus a en effet provoqué une onde de choc dans les soins oncologiques, en particulier au cours du premier confinement, confirme le Pr Fabienne Liebens, qui a dirigé pendant plusieurs années la clinique du sein ISALA du CHU Saint-Pierre à Bruxelles. Les programmes de dépistage du cancer du sein ont été temporairement interrompus pour éviter les contaminations, sans compter que les hôpitaux avaient besoin du personnel pour les soins aux patients Covid." Du coup, les femmes de 50 à 69 ans, qui forment le groupe-cible de la mammographie de dépistage bisannuelle, n'ont temporairement pas reçu leur invitation. Seules les femmes qui présentaient des symptômes suspects, comme une petite boule sous la peau, avaient la possibilité de bénéficier d'une mammographie. L'afflux des patients Covid a aussi limité l'accès aux hôpitaux: à moins d'avoir vraiment besoin de s'y rendre, mieux valait les éviter. "Heureusement, la pandémie du coronavirus n'a bouleversé le secteur des soins que de façon transitoire et les retards ont rapidement pu être rattrapés après la fin du premier confinement, rassure le Pr Liebens. Les centres de dépistage, en particulier, ont pu réaliser assez facilement une manoeuvre de rattrapage qui a au moins permis d'éviter une catastrophe." Quant à savoir s'il y a eu moins de diagnostics de cancer du sein ou davantage de diagnostics à un stade tardif, la Fondation Registre du Cancer s'efforce actuellement de répondre à cette question avec le soutien financier de l'asbl Pink Ribbon (lire en page 9). "Nous ne disposons pas encore de chiffres précis, mais personnellement, je ne m'inquiète pas trop, ajoute le Pr Liebens. Lorsqu'une tumeur mammaire est détectée trois mois plus tard parce que la mammographie de dépistage a été reportée, l'impact sur les chances de survie est minime. Le développement d'un cancer n'est généralement pas rapide à ce point." Les femmes - et les hommes! - chez qui un cancer du sein a été diagnostiqué au cours de la crise du coronavirus ont toujours bénéficié des soins nécessaires. "Les opérations sur ces tumeurs n'ont pas été reportées au cours de la pandémie, puisqu'il s'agit évidemment de traitements nécessaires. Les femmes qui souhaitaient une reconstruction mammaire, en revanche, ont plus souvent dû s'armer de patience. Cette intervention n'est en effet pas une question de vie ou de mort et elle a donc parfois été reportée en raison des soins aux patients Covid." La trajectoire de soins a aussi été modifiée à d'autres égards. Les personnes devant subir un traitement contre le cancer du sein, qu'il s'agisse d'une chirurgie, d'une chimiothérapie ou d'une radiothérapie, devaient ainsi se présenter seules à l'hôpital ; plus moyen, donc, de bénéficier du soutien psychologique de leur conjoint ou de leurs proches. "En soi, c'est déjà un coup dur pour les patients. S'ajoute à cela que chaque intervention était précédée d'un test PCR pour contrôler l'absence de contamination. En cas de résultat positif, le traitement était reporté de quelques semaines. Autant dire que la pandémie a été une importante source de stress et d'anxiété supplémentaire pour les personnes atteintes d'une tumeur mammaire, commente le Pr Liebens. Alors que l'encadrement et l'accompagnement étaient déjà réduits, les contacts sociaux aussi ont dû être fortement limités. Les patients hospitalisés étaient privés de visites et, de retour chez eux, les consultations de suivi étaient souvent organisées par téléphone ou en ligne." Bref, les soins de support ont été ramenés au strict minimum... et comme si cela ne suffisait pas, bien des patients ont vécu des mois durant dans l'angoisse de contracter la Covid-19 à l'hôpital. "N'oubliez pas qu'au début de la pandémie, le secteur des soins était confronté à un manque de masques buccaux qu'on a peine à imaginer un an plus tard." Nous avons dû tout apprendre du nouveau virus au cours de la pandémie. "La question de savoir si le risque de Covid grave était plus élevé chez les patients oncologiques est longtemps restée sans réponse, alors que nous avons très rapidement été fixés pour l'hypertension, le diabète ou l'obésité. Nous savons aujourd'hui que ce n'est pas tant le cancer en tant que tel qui accroît le risque de développer une forme sévère de l'infection, mais plutôt des problèmes de santé concomitants comme l'obésité ou le diabète." L'impact éventuel du coronavirus sur les traitements oncologiques aussi était initialement mal établi. "Nous savons à présent qu'il n'y a pas de problème pour la radiothérapie ou la chimiothérapie classique, mais que nous devons faire preuve d'une certaine prudence avec l'immunothérapie, par exemple", clarifie le Pr Liebens. Les experts parlent de connaissances évolutives. "Au fil des mois, une multitude d'études de petite ampleur nous ont apporté les données nécessaires." Idéalement, les personnes atteintes d'un cancer du sein devraient être vaccinées, qu'elles aient ou non été victimes d'une infection Covid-19. "La vaccination nous permet de retrouver une certaine sérénité. Espérons que le pire soit derrière nous!" Au cours de la pandémie, l'attention s'est largement focalisée sur ce maudit coronavirus au détriment des autres problèmes de santé et notamment du cancer du sein. "Il est essentiel de braquer à nouveau les projecteurs sur la maladie, sur son impact sur les femmes et les hommes qui en souffrent, sur son traitement, sur son dépistage et sur son encadrement", conclut le Pr Liebens. La campagne de l'asbl Pink Ribbon est indispensable pour ramener l'attention sur les milliers de patients qui souffrent d'un cancer du sein et les entourer à nouveau d'amour et d'affection. Comme on peut le lire sur le septième ruban Pink Ribbon, conçu par la Princesse Delphine de Saxe-Cobourg, "Love is what we all need".