C'est en octobre 2020 que Vincen Beeckman a débuté le projet piKuur. Pour ce faire, c'est d'ailleurs l'une des spécialités de ce photographe qui n'aime rien tant que se faire oublier, il a passé du temps avec les autres. Il a aussi beaucoup écouté. Mais qui donc? Toutes les personnes, des plus invisibles aux plus exposées, de ces services qui constituent le quotidien de cette petite ville qu'est un hôpital - en l'occurrence l'hôpital...

C'est en octobre 2020 que Vincen Beeckman a débuté le projet piKuur. Pour ce faire, c'est d'ailleurs l'une des spécialités de ce photographe qui n'aime rien tant que se faire oublier, il a passé du temps avec les autres. Il a aussi beaucoup écouté. Mais qui donc? Toutes les personnes, des plus invisibles aux plus exposées, de ces services qui constituent le quotidien de cette petite ville qu'est un hôpital - en l'occurrence l'hôpital Saint-Pierre à Bruxelles. Beeckman s'est promené, passant des archives aux cuisines, de la kiné à la chirurgie. A force d'aller et venir, parfois sans prendre le moindre cliché, l'intéressé s'est fait adopter par le personnel, parvenant à tirer le portrait des plus réservés. Pas question toutefois de voler des images, celui qui a beaucoup travaillé avec les SDF possède une éthique stricte en la matière: ce qu'il prend d'une main, il le rend d'une autre en envoyant toujours un tirage à ceux qu'il immortalise. Obtenue à la faveur d'un partenariat entre la Centrale for contemporary et la clinique bruxelloise, la matière visuelle glanée débouche sur un accrochage d'un genre particulier. Ne s'offrant pas au regard de tous et n'ayant pas pour objectif d'être dévoilé aux amateurs de photographies, piKuur consiste en deux vitrines et deux panneaux muraux exposés à l'attention de celles et ceux qui font ce lieu pas comme les autres. Certains s'arrêtent et sourient de voir des têtes connues, d'autres dévastés par la maladie d'un proche ne verront rien. Peu importe, l'intention de ce projet photographique relevant du care, ce mouvement qui rapproche éthique et esthétique, n'est pas de polir l'ego de l'artiste. "Mon objectif, c'est de faire découvrir l'hôpital différemment. Comprendre que derrière cette grande "machine", il y a des personnes qui font un travail incroyable. Montrer aux spectateurs l'envers du décor, le quotidien de toutes ces femmes et de tous ces hommes qui font un maximum pour être au service des gens et de cette institution qui fonctionne 24 heures sur 24, toujours sur le qui-vive", confie Beeckman.