Ce narrateur vit avec sa mère dans le petit deux-pièces de Schaerbeek où il a vu le jour il y a cinquante-quatre ans. Cette maman hypocondriaque qui, soudain, a vieilli plus vite, pour qui le sacrifice est la seule ligne de conduite et le service aux autres u...

Ce narrateur vit avec sa mère dans le petit deux-pièces de Schaerbeek où il a vu le jour il y a cinquante-quatre ans. Cette maman hypocondriaque qui, soudain, a vieilli plus vite, pour qui le sacrifice est la seule ligne de conduite et le service aux autres une seconde nature, il la soigne, la change, la lave, l'habille. " Oui, elle pouvait s'en remettre aux siens pour tout, elle qui ne voulait jamais rien demander. [...] Chacun fait ce qu'il peut. " Il lui fait aussi la lecture, La Peau de chagrin de Balzac, qu'elle aime tant, qu'il lui a déjà lu deux cents fois. Ses parents ont quitté Zagora, au Maroc, au milieu des années 1950, " à une époque où on n'émigrait pas vraiment. " Travaillant au pilon, son père passait ses journées à détruire des tonnes d'invendus en tous genres, dont il ramenait des piles pour le chauffage, le calfeutrage des fenêtres, caler un meuble. En quelque 90 pages, l'enseignant et islamologue Rachid Benzine évoque la violence de classes qui broie des vies comme on souffle une bougie, la fracture culturelle, le rayon de soleil d'un concert à l'Ancienne Belgique où sa maman chante La Vieille Dame aux côtés de Sacha Distel. C'est surtout le portrait humble d'un voyage au seuil du grand âge, un récit bref et émouvant où la lecture se vit comme un partage.