Un vieillard dont le regard pétille, le visage grave et méditatif d'une maman, des jumeaux qui sourient : ce ne sont pas les images d'un album de famille, mais les éléments de la collection de portraits de Fabienne Denoncin. Ils sont accrochés aux murs de la salle d'audience où cette juge de paix tient séance à Châtelet. La photo, c'est le moyen que la magistrate a choisi pour conserver des traces de ses rencontres avec les justiciables, les personnes dont elle a examiné la situation et parfois scellé le sort : administration de biens, expulsions, conflits de voisinage, fixation de pensions alimentaires, adoption. C'est aussi ce qu'elle appelle " un ...

Un vieillard dont le regard pétille, le visage grave et méditatif d'une maman, des jumeaux qui sourient : ce ne sont pas les images d'un album de famille, mais les éléments de la collection de portraits de Fabienne Denoncin. Ils sont accrochés aux murs de la salle d'audience où cette juge de paix tient séance à Châtelet. La photo, c'est le moyen que la magistrate a choisi pour conserver des traces de ses rencontres avec les justiciables, les personnes dont elle a examiné la situation et parfois scellé le sort : administration de biens, expulsions, conflits de voisinage, fixation de pensions alimentaires, adoption. C'est aussi ce qu'elle appelle " un acte de résistance " contre la déshumanisation ambiante. " Les clichés qui décorent le lieu rendent la justice moins austère et moins froide, lâche-t-elle. Ils réduisent la distance avec l'institution, en lui donnant la figure des hommes et femmes qui viennent chaque jour défendre avec dignité leur logement, l'équilibre de leur budget, la garde de leurs enfants. Le juge de paix n'est pas une usine à jugements, même s'il est amené à en rendre une centaine par semaine. Dans chaque dossier, il y a un vécu souvent difficile, une histoire bouleversante qui nous touchent. C'est ça que mes photos expriment dans une chaîne dont le juge fait partie intégrante, visuellement et symboliquement. "C'est en 2009 qu'elle s'attaque à ce projet, au terme d'une petite formation d'utilisation d'un appareil reflex. " Dès le départ, je me suis fixé des règles ", dit-elle. N° 1 : on ne mélange pas la photo et le travail. N° 2 : jamais de clichés volés, l'accord du sujet est indispensable. " Je travaille en noir et blanc et sans flash pour saisir des attitudes spontanées, des regards, des sourires. Toujours dans le plus grand respect de la dignité des gens et une confiance partagée. Quand j'ai effectué mon tirage, j'en remets une copie aux personnes : il y a énormément de gratitude, de plaisir, parfois un peu de surprise devant la sincérité des poses. Cela permet de recréer du lien là où il a disparu. "Les photos sont-elles un prétexte pour nouer le dialogue ? Plus certainement que l'inverse. " Elles m'aident à dire aux gens : vous êtes important à mes yeux, vous n'êtes pas qu'un numéro de dossier. Le juge doit se tenir éloigné de la subjectivité, se montrer impartial. Mais cela ne l'empêche pas d'être sensible à ce qu'il voit, aux réalités qu'il croise ", confie-t-elle. Si elle pense à refaire une nouvelle série d'images pour évoquer l'ordinaire de son tribunal, la juge de paix a choisi d'élargir son projet en allant à la rencontre des gens en situation précaire dans la rue. " Pour montrer ce que la société ne veut parfois plus voir. " Ces reportages l'amènent à fréquenter les abris de nuit de la région ou à suivre des équipes de l'urgence sociale du CPAS de Charleroi. " Jamais de misère ou d'indécence dans les clichés que j'expose, mais la grande dignité de personnes qui se sont remises debout. Je leur donne la parole : inquiétude ou colère, espoir ou apaisement, les photos passent par toutes les couleurs de leurs sentiments. "Après une expo à Charleroi et une autre à la Louvière, l'artiste présentera son travail à Namur. Ce sera cet automne à l'initiative du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté. DIDIER ALBIN