Il y a quelques décennies, des locomotives à vapeur fabriquées dans le Borinage roulaient encore sur certaines voies ferrées en Amérique du Sud et en Chine. Elles sortaient des ateliers de la famille Dorzée, de Boussu. Cette entreprise longtemps prospère a connu le déclin au début du siècle dernier.
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Il y a quelques décennies, des locomotives à vapeur fabriquées dans le Borinage roulaient encore sur certaines voies ferrées en Amérique du Sud et en Chine. Elles sortaient des ateliers de la famille Dorzée, de Boussu. Cette entreprise longtemps prospère a connu le déclin au début du siècle dernier. Les Dorzée, originaires de Vedrin, près de Namur, s'installent dans la région de Mons dans les années 1730. Ils fournissent des pompes et des machines d'extraction pour les charbonnages situés dans le bassin borain, mais également dans le pays de Charleroi, dans le nord de la France et à Bois-le-Duc, près de Liège. Certains Dorzée deviennent également concessionnaires de charbonnages. Quelques générations plus tard, Clément Dorzée arrive à Boussu et embrasse une carrière fructueuse dans la construction de machines à feu. Il est, par ailleurs, attiré par la loge maçonnique Les Vrais philanthropes, qui agit comme un aimant sur les industriels. Clément met sur pied la société Dorzée, père et fils et compagnie, en 1837, et deux ans plus tard, les Ateliers de construction de machines et mécaniques de Boussu, spécialisés dans la fabrication de machines à vapeur. Elle tourne à plein régime et la famille connaît une ascension sociale rapide et importante. " C'étaient des industriels brillants et l'entreprise familiale est très vite devenue une société phare de la région ", explique un descendant de la famille, Jacques Dorzée. Le neveu de Clément, François, né en 1813, développe encore l'entreprise familiale. " Elle est devenue d'autant plus importante pour la région qu'elle créait de nombreux emplois ", précise Jean Dorzée, le père de Jacques. Durant leurs plus belles années, les ateliers comptent jusqu'à 800 salariés. Chef des ateliers en 1839, François Dorzée, un industriel prévoyant, achète de nombreux terrains à Boussu. Cette acquisition lui permettra, quelques années plus tard, d'y construire un nouveau bâtiment pour accueillir les Ateliers de construction de Boussu. Il demandera un raccordement de son atelier au chemin de fer, car il savait que le train traverserait sa commune : il avait probablement obtenu les plans de la future ligne de chemin de fer entre Mons et Quiévrain, installée en 1842. Les Ateliers de construction de Boussu élargissent ensuite leur gamme de produits. Ils fabriquent des machines à vapeur mais aussi des chaudières, des charpentes, des toitures... Utilisés dans l'industrie des chemins de fer et de la navigation, ils sont également vendus dans toutes les industries de la région. Conscient de l'essor et de l'importance des chemins de fer, François oriente l'activité des ateliers vers la construction de locomotives à vapeur à partir de 1886. Elles seront exportées dans le monde entier : en Europe, au Congo, en Chine ou encore en Amérique du Sud. Cette réussite rend François Dorzée très populaire dans son village. Il en devient même bourgmestre en 1859, et il le restera jusqu'à son dernier souffle. Il fait de Boussu une des communes les mieux gérées de la région et les plus modernes, grâce à un réseau d'égouttage et d'éclairage, notamment. Après la mort de François Dorzée en 1897, les Ateliers commencent à décliner et n'emploient bientôt plus qu'une trentaine d'ouvriers. Un grave incendie en 1902, la Première Guerre mondiale et la crise économique qui suit achèvent l'entreprise familiale, qui ferme ses portes en 1940. Quant au superbe bâtiment qui abritait les ateliers, il existe toujours et est aujourd'hui occupé par les services de la commune de Boussu. François Dorzée laisse également son nom à la rue principale de la ville, celle de l'hôtel de ville qu'il a fait ériger en 1875. L. Du.