Dix-huit ans après le dimanche noir du 24 novembre 1991, alors qu'un Flamand sur quatre venait de voter pour le parti d'extrême droite Vlaams Blok, la courbe s'inverserait-elle enfin ? Le Vlaams Belang, qui lui a succédé, perd 11 sièges. Les électeurs flamands ont-ils " ouvert les yeux ", comme le suppliait à l'époque le regretté journaliste-écrivain Hugo Gijsels ? Certes, le Belang obtient encore 15 % des voix. Mais Filip Dewinter, son homme fort, qu'on voyait un moment à la tête d'Anvers, dégringole : de 148 000 voix de préférence en 2004 à 95 000 aujourd'hui. Au contraire d'un Geert Wilders aux Pays-Bas, l'homme semble avoir abattu toutes ses cartes, sans avoir jamais rien obtenu.
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Dix-huit ans après le dimanche noir du 24 novembre 1991, alors qu'un Flamand sur quatre venait de voter pour le parti d'extrême droite Vlaams Blok, la courbe s'inverserait-elle enfin ? Le Vlaams Belang, qui lui a succédé, perd 11 sièges. Les électeurs flamands ont-ils " ouvert les yeux ", comme le suppliait à l'époque le regretté journaliste-écrivain Hugo Gijsels ? Certes, le Belang obtient encore 15 % des voix. Mais Filip Dewinter, son homme fort, qu'on voyait un moment à la tête d'Anvers, dégringole : de 148 000 voix de préférence en 2004 à 95 000 aujourd'hui. Au contraire d'un Geert Wilders aux Pays-Bas, l'homme semble avoir abattu toutes ses cartes, sans avoir jamais rien obtenu. La chute de l'extrême droite est le seul point commun entre les trois Régions du pays (voir page 31). Avec une Wallonie qui penche à gauche, et la Flandre à droite, l'asymétrie ne fait que s'accentuer. Alors qu'ailleurs en Europe des partis au pouvoir ont été sanctionnés par les électeurs, le CD&V est sorti grand vainqueur des urnes. En ces temps de crise, le citoyen flamand n'a pas été insensible aux figures rassurantes du ministre-président sortant Kris Peeters et surtout du Premier ministre Herman Van Rompuy. Cela dit, le score du CD&V reste historiquement bas, et s'il apparaît comme une victoire, c'est parce qu'il est supérieur à celui des autres partis, et notamment de l'Open VLD. Le parti de Guy Verhofstadt a perdu le quart de ses électeurs, et sort davantage battu que le S.PA de ce scrutin. La N-VA, caillou dans la chaussure Aussi, le réel vainqueur s'appelle la N-VA, qui passe de 6 à 16 sièges. " Ce n'est pas un dimanche noir, mais jaune et noir ", a résumé au soir du 7 juin son président Bart De Wever, dont l'argumentaire séparatiste vaut bien celui du Belang. De Wever a été plébiscité pour son intransigeance, tout en se révélant davantage crédible que l'imprévisible Dedecker et plus fréquentable que le Belang. De Wever est aussi l'homme qui a cartonné lors du jeu télévisé De Slimste Mens ter Wereld (l'homme le plus intelligent du monde), qui a boosté sa popularité... Résultat, les francophones retrouvent l'épouvantail qui a hanté la formation du gouvernement Leterme. La N-VA va-t-elle s'embarquer dans le navire régional ? Kris Peeters, qui avait lui-même contribué à démanteler le cartel, renâcle. Difficile, en effet, de mettre en place un gouvernement anticrise avec, dans le dos, le souffle chaud d'un De Wever aux propos imprécateurs. Certes, la participation de la N-VA à l'équipe régionale précédente s'est déroulée " sans problèmes ", se défend De Wever, mais d'aucuns subodorent qu'il veut cette fois transformer le Vlaamse Regering en char d'assaut contre le gouvernement fédéral. Toutefois, une grande coalition incluant également la SP.A et l'Open VLD pourrait corseter ses ardeurs. De Wever est-il lui-même favorable à une participation ? Un double piège risque alors de se profiler. L'intransigeance communautaire ? C'est courir le risque de montrer que le roi est nu, car il n'a pas les moyens de ses ambitions, ou alors en payant un prix excessif aux francophones. Le compromis ? Voilà un mot de moins en moins compris dans une Flandre qui se radicalise. Mieux vaut alors rester en embuscade, et continuer de gonfler le nombre des partisans. Mais cette stratégie a aussi ses limites, comme en témoigne le déclin du Belang qui n'a jamais gouverné. Reste le pari d'entrer tout de même au gouvernement flamand, sans jusqu'auboutisme, tout en attendant les francophones au tournant. Lorsque ceux-ci viendront quémander des sous, par exemple pour financer Bruxelles, ce sera le moment d'exiger des réformes radicales. Et ensuite ? " Si une solution est apportée aux transferts de la Flandre vers la Wallonie, M. De Wever ne réclamera plus l'indépendance de la Flandre, avance l'industriel flamand Karel Vinck. Ce n'est pas sa priorité. " Reste à voir quelle sera la " solution " que la Flandre fera avaler aux francophones. François Janne d'Othée