La crise financière actuelle est la plus grave depuis 50 ans, déclarait, le week-end dernier, Alan Greenspan, l'ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed). Il ajoutait que la tourmente n'en était sans doute qu'à ses débuts. De son côté, la Banque centrale européenne (BCE) cherche à redonner confiance aux banques, traumatisées par la demande de concordat de Lehman Brothers (quatrième banque d'affaires de Wall Street), et par le rachat (par la Bank of America) de la banque d'investissement Merrill Lynch. La BCE a injecté 70 milliards d'euros sur le marché pour tenter d'éviter une pénurie de crédit, qui nuirait à l'ensemble de l'activité économique. Elle avait déjà investi 30 milliards d'euros la semaine précédente. Pour Michel Aglietta, économiste au CEPII (Centre d'études prospectives et d'informations internationales), cette crise financière est la plus importante du siècle, même si ses conséquences économiques devraient...

La crise financière actuelle est la plus grave depuis 50 ans, déclarait, le week-end dernier, Alan Greenspan, l'ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed). Il ajoutait que la tourmente n'en était sans doute qu'à ses débuts. De son côté, la Banque centrale européenne (BCE) cherche à redonner confiance aux banques, traumatisées par la demande de concordat de Lehman Brothers (quatrième banque d'affaires de Wall Street), et par le rachat (par la Bank of America) de la banque d'investissement Merrill Lynch. La BCE a injecté 70 milliards d'euros sur le marché pour tenter d'éviter une pénurie de crédit, qui nuirait à l'ensemble de l'activité économique. Elle avait déjà investi 30 milliards d'euros la semaine précédente. Pour Michel Aglietta, économiste au CEPII (Centre d'études prospectives et d'informations internationales), cette crise financière est la plus importante du siècle, même si ses conséquences économiques devraient rester limitées. Michel Aglietta : Cette faillite n'est pas surprenante, parce qu'elle est le prolongement des difficultés que rencontrent les banques d'affaires aux Etats-Unis. Au c£ur de la titrisation des crédits immobiliers, elles ont été les premières touchées, à tel point qu'il n'en reste plus beaucoup qui soient à la fois grandes et autonomes aujourd'hui à Wall Street, à part Morgan Stanley et Goldman Sachs. Mais ce qui frappe le plus aujourd'hui, c'est l'ampleur de la crise financière - pire que celle des années 1930 - qui ne cesse de se propager. Car c'est la faillite totale d'un modèle de crédit incarné par la finance américaine, qui sépare les banques de dépôts des banques d'affaires. Les premières peuvent se financer par des dépôts stables et garantis, quand les secondes sont totalement dépendantes des marchés de capitaux, et donc de la communauté des investisseurs. Quand la confiance de ces derniers s'envole, l'accès à la liquidité est en péril et les autorités monétaires doivent organiser ou renforcer des crédits d'urgence, appelés prêts en dernier ressort. Les banques européennes sont moins touchées parce que ces deux activités, banque d'affaires et banque de dépôts, ne sont pas séparées. Mais c'est une structure qui n'est pas sans danger, elle non plus : s'il y a des pertes définitives, l'absorption de ces pertes risque de mettre en difficulté l'ensemble de l'établissement et donc d'affecter sa capacité à prêter aux acteurs de l'économie réelle. Ce sont surtout les banques allemandes et suisses, comme UBS, qui sont aujourd'hui en difficulté. Les banques centrales mais aussi, aux Etats-Unis, l'Etat lui-même, ont injecté de l'argent dans le circuit financier - la semaine dernière, Fannie Mae et Freddie Mac, les deux géants de l'immobilier, ont été nationalisés au prix d'un accroissement futur du déficit budgétaire. Et puis, même s'ils ont échoué dans leur mission de sauver Lehman Brothers, les pouvoirs publics ont allumé des contre-feux pour ne pas provoquer de chaos à l'ouverture des marchés. D'abord, un pool de fonds liquides, alimenté par une dizaine de banques à hauteur de 70 milliards d'euros, a été constitué pour qu'elles s'assurent mutuellement. Ensuite, les banques centrales, la Fed mais aussi la BCE, ont accepté n'importe quelle contrepartie pour prêter de l'argent aux banques. Aux Etats-Unis, celles-ci peuvent désormais mettre des actions qu'elles détiennent en garantie pour obtenir des crédits, ce qui est totalement nouveau. Bien sûr. Une banque qui a des crédits subprimes peut désormais les apporter en garantie pour obtenir des lignes de crédit. Résultat, les banques centrales, au premier rang desquelles la Fed, vont se retrouver avec des actifs de plus en plus dégradés. Normalement, la Fed n'a pas à prendre de risques. Si elle le fait, c'est qu'elle a la garantie totale du Trésor. Le capitalisme fonctionne comme à son habitude : une privatisation des gains et une socialisation des pertes. Non, c'est le seul moyen d'éviter un effondrement de la production similaire à celui des années 1930. Grâce à ces interventions, les conséquences macroéconomiques de la crise financière devraient rester limitées. Mais il faudra savoir tirer les leçons de cette crise, comme Franklin Roosevelt avait su le faire dans les années 1930, en réorganisant toute la finance. Les responsables politiques doivent prendre conscience qu'il s'agit d'une crise globale de la finance et qu'il faut des changements dans la réglementation. Un retour de l'autorité de l'Etat sur les marchés est nécessaire pour réduire les risques. Il faut inventer une nouvelle organisation de la finance qui soit au service de l'économie et non pas au service d'elle-même, comme ces dernières années où les profits et les bonus ont explosé à des niveaux indécents. Thomas Bronnec