Les guerres intestines ont rarement atteint un tel paroxysme au sein de l'extrême droite francophone. Leurs adversaires démocratiques envisageraient-ils les pires méthodes pour les voir se ramasser une formidable pelle aux élections de juin, qu'ils seraient loin d'être aussi efficaces que les ténors du FN eux-mêmes, très avancés dans leur entreprise d'autodestruction. La préparation des listes électorales a attisé un peu plus encore le feu qui prend de toutes parts au sein du parti à la flamme. La fumée est si épaisse que cela devient compliqué de s'y retrouver.
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Les guerres intestines ont rarement atteint un tel paroxysme au sein de l'extrême droite francophone. Leurs adversaires démocratiques envisageraient-ils les pires méthodes pour les voir se ramasser une formidable pelle aux élections de juin, qu'ils seraient loin d'être aussi efficaces que les ténors du FN eux-mêmes, très avancés dans leur entreprise d'autodestruction. La préparation des listes électorales a attisé un peu plus encore le feu qui prend de toutes parts au sein du parti à la flamme. La fumée est si épaisse que cela devient compliqué de s'y retrouver. En résumé, deux clans s'affrontent : celui du sénateur Michel Delacroix, qui n'a officiellement plus de fonction exécutive au sein du parti depuis qu'il a poussé sa chansonnette antisémite, et celui du président déchu Daniel Féret, poursuivi par le fisc et la justice et exilé à Bray-Dunes, en France. Entre les deux, les coups tordus, les trahisons, les actions en justice et les va-et-vient se multiplient. La surenchère est à la hauteur des haines corses divisant les deux fractions qui revendiquent le sigle FN. Celle menée par Delacroix et par le député bruxellois Patrick Sessler, qui est le véritable gérant du clan " réformateur ", vient de remporter une petite victoire sur ses adversaires férétistes. Le 16 avril, il a obtenu, de justesse, l'aval de sa liste européenne par les autorités compétentes de Namur, sous le sigle FN. Ce 9 mai, ce sont les listes pour les régionales qui doivent être déposées. Il est pratiquement acquis, vu la décision pour les européennes, que Sessler et Delacroix garderont le sigle pour ces listes-là aussi. Mais les bagarres au sommet pour désigner les têtes de liste se sont soldées par le départ de Charles Pire et de Charles Petitjean. Les deux députés régionaux sortants ont rejoint le FN férétiste, présidé par le député fédéral Patrick Cocriamont, dernier des fidèles à Féret. Cocriamont a déposé plainte pour faux en dénonçant les listes adverses. Renforcé par l'arrivée des deux Charles, son clan compte se présenter sous le sigle FN+ et utiliser la flamme tricolore comme logo, le même que le clan Sessler qui ne manquera sans doute pas d'introduire un recours en référé, après le 9 mai. Ce logo, Daniel Féret en avait été dépossédé en janvier par la justice liégeoise. Il a fait appel de la décision. Gêné de se réclamer désormais de celui qui était son ennemi juré jusqu'il y a peu, Petitjean, qui sera tête de liste à Charleroi pour le FN+, affirme ne se battre que pour le scrutin en Wallonie et ne pas se préoccuper de Bruxelles où la compagne de Féret, Audrey Rorive, se représentera. Fin avril, il a néanmoins participé à une réunion avec Daniel Féret, à Bruxelles, pour établir les listes wallonne et bruxelloise... Mariage temporaire et de circonstance ? Petitjean et Pire ne pouvaient pas mener le combat à deux. Cocriamont seul n'avait pas assez de militants ni de candidats pour remplir les listes régionales. Il n'est pas exclu qu'après les élections, en fonction des résultats, les " frères " Charles retournent chez Sessler. Les deux dissidents ont d'ailleurs toujours leur photo, agrémentée d'une biographie et d'une interview, sur le site Internet du FN officiel, à côté de celle de Sessler ! En attendant, ils vont tout faire pour piquer des voix au clan rival et scier un peu plus la branche sur laquelle tous sont assis. Lorsque celle-ci craquera, personne n'en réchappera. Il n'y a qu'à assister au spectacle, depuis le balcon. THIERRY DENOËL