Le succès de la culture en Brabant wallon ?... " A l'autre bout de la ligne téléphonique, les interlocuteurs sont perplexes. Ces présidents d'associations locales, directeurs de théâtre, responsables politiques et autres opérateurs de la culture ont cultivé une idée et l'ont concrétisée pour la beauté de leur art ou par amour de leur village. Les visiteurs/spectateurs ont accroché, et voilà qu'on leur parle de succès ? Bien sûr, ils s'en réjouissent. Mais ce n'est pas cela qui entretient chez eux le feu sacré.
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Le succès de la culture en Brabant wallon ?... " A l'autre bout de la ligne téléphonique, les interlocuteurs sont perplexes. Ces présidents d'associations locales, directeurs de théâtre, responsables politiques et autres opérateurs de la culture ont cultivé une idée et l'ont concrétisée pour la beauté de leur art ou par amour de leur village. Les visiteurs/spectateurs ont accroché, et voilà qu'on leur parle de succès ? Bien sûr, ils s'en réjouissent. Mais ce n'est pas cela qui entretient chez eux le feu sacré. Pour Olivier Van Hee, directeur du Centre culturel du Brabant wallon, " la province est jeune, tant du point de vue de l'institution que de la population. De nombreux habitants s'y sont installés récemment et manifestent une plus grande volonté de s'impliquer dans leur environnement ". Notamment via le tissu d'associations et de réseaux à l'origine d'initiatives culturelles, qui leur offrent le moyen de s'intégrer dans la communauté. Mais les associations per-mettent également aux habitants établis ici depuis longtemps de " réaffirmer leurs racines ", ajoute la députée permanente en charge de la Culture, Françoise-Florence Michel. Enfin, grâce à ces fêtes, festivals, représentations, la rencontre s'organise entre ces deux groupes. " Banquiers, maçons, jeunes, vieux, tout le monde se croise ici. Nous avons l'habitude de nous voir, de nous saluer, de nous parler. C'est un terreau très puissant, une ambiance qui fonctionne ", estime Guibert Catoire, qui préside les Fêtes de la Saint-Martin. Chaque année, au mois de novembre, les habitants de Tourinnes-la-Grosse et des villages avoisinants ouvrent leurs maisons pour un vaste parcours d'artistes. Des concerts ont lieu et un spectacle est organisé dans l'église romane Saint-Martin. Quatre weekends durant, toute une communauté est mobilisée autour de cet événement qui attire des visiteurs des quatre coins du pays. " Cette énergie vient des gens, tous bénévoles ", répète Guibert Catoire. L'échevin de la Culture d'Incourt, Benoit Malevé, à l'origine d'Inc'Rock, chante lui aussi les louanges des bénévoles. Ce festival serait irréalisable sans ces dizaines de jeunes qui se mobilisent chaque année, et sans le soutien des localités voisines - tiens, la solidarité, encore une constante. Grâce à eux, Inc'Rock grandit " gentiment ", loin des ambitions démesurées, précise Benoît Malevé. La confiance des 3 000 festivaliers attendus se mérite et celle des artistes aussi : cette année, la Grande Sophie, Saule, Joshua, Jeronimo et bien d'autres sont à l'affiche. Paradoxalement, une des raisons du succès de la culture en Brabant wallon pourrait être la taille raisonnable de ses manifestations, et du charme nettement plus intimiste qui attire une partie du public. Ittre, Incourt, Tourinnes, Villers-la-Ville, Thorembais, Louvain-la-Neuve... Le Brabant wallon jouit bien sûr d'une position géographique privilégiée : il est plus facile d'attirer du monde à peu de distance de Bruxelles, Liège et Namur, à un endroit bien desservi par les grands axes routiers que, disons, à Cugnon ou à Bioul. Arrivée en Brabant wallon, " au hasard de la vie et de ses rencontres ", la directrice du théâtre ambulant les Baladins du Miroir, Nele Paxinou, s'y est sentie " bien accueillie " et veut " y rester ". " Le Brabant wallon est central, et sa position, stratégique ", explique-t-elle. La composition de la population du Brabant wallon, globalement plus aisée que dans d'autres parties du pays, est perçue différemment par les acteurs culturels. Certains y trouvent " plus de disponibilité à consommer ou à produire de la culture ", mais d'autres sont moins affirmatifs. A l'origine des Fêtes de la Saint-Martin, il y a quarante-cinq ans, on trouve le tout premier parcours d'artistes en Belgique, organisé par le céramiste Max van der Linden dans son village. " Imaginez l'effet produit par une £uvre d'art contemporain dans une prairie à une époque où Tourinnes était encore très rurale, et voyez ce que sont devenues les Fêtes. Pourquoi n'y aurait-il pas le même intérêt aujourd'hui dans des localités moins aisées ? " demande-t-il. Du côté de la Province, on avance encore une raison de succès : " la congruence entre les activités et le superbe patrimoine du Brabant " : quel cadre plus adapté peut-on rêver que le château de La Hulpe pour un opéra, les majestueuses ruines de Villers-la-Ville pour un spectacle, ou une ferme en carré pour jouer une pièce de théâtre ? Enfin, il y a le réseau des douze centres culturels répartis sur la province, soit un centre pour 31 000 habitants. " Cela permet un travail de proximité ", souligne Olivier Van Hee. Des animateurs sont en charge de la coordination entre ces centres culturels. Cela les rend peut-être plus actifs en dehors de leur rayon d'action que dans d'autres provinces où le travail est organisé plus individuellement. De plus, ces centres ne sont pas toujours équipés d'infrastructures, d'espaces ou de salles permettant de vastes manifestations. La politique culturelle provinciale s'appuie donc largement sur les opérateurs locaux. Nele Paxinou estime avoir toujours été bien soutenue par la Province et la Communauté française. Mais, selon elle, " il y a encore beaucoup à développer dans le Brabant wallon, par exemple les arts plastiques. La politique doit être une alliée. Les artistes sont les vecteurs de la culture. C'est à ce titre qu'ils doivent être soutenus, et pas seulement dans les grandes villes ". G.d.H.