Pour le moment, on compte les coups. Au début de la crise, on parlait surtout de la sidérurgie et de l'automobile. Depuis lors, le verre, la finance, les services, tous les secteurs y passent ", soupire le président de cette centrale syndicale. La crise n'épargne personne. Depuis quelques mois, les plans de restructuration et les vagues de licenciements se suivent, touchant tour à tour tous les pans de l'économie. Même ceux que l'on croyait le plus à l'abri, comme la chimie et la pharmacie. Et les cadres et employés sont mangés à la même sauce que les ouvriers.
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Pour le moment, on compte les coups. Au début de la crise, on parlait surtout de la sidérurgie et de l'automobile. Depuis lors, le verre, la finance, les services, tous les secteurs y passent ", soupire le président de cette centrale syndicale. La crise n'épargne personne. Depuis quelques mois, les plans de restructuration et les vagues de licenciements se suivent, touchant tour à tour tous les pans de l'économie. Même ceux que l'on croyait le plus à l'abri, comme la chimie et la pharmacie. Et les cadres et employés sont mangés à la même sauce que les ouvriers. La Banque nationale annonce 60 000 pertes de postes de travail en 2009. Comment les syndicats, acteurs de première ligne dans la défense de l'emploi, vivent-ils cette crise ? Les bouscule-t-elle ? Les fragilise-t-elle ? Ou, au contraire, se sentent-ils confortés dans leurs combats ? " Les crises sont mauvaises pour tout le monde, et notamment pour le mouvement syndical, tranche l'historien Jean Puissant, ex-professeur à l'ULB. Dans cinq ans, il y a peu de chance que l'on dise que les syndicats sont sortis renforcés de cette période troublée. En revanche, ils ne sont et ne seront pas déstabilisés. Ce sont des organisations solides et le taux de syndicalisation en Belgique, autour de 60 %, leur assure une forte assise. "Il n'empêche. Dans un contexte économique aussi défavorable, les syndicats ne peuvent pas être offensifs et défendre de nouvelles revendications, en termes d'augmentations de salaires ou d'amélioration des conditions de travail. " Ils seront davantage dans la protection sociale des travailleurs que dans la revendication et davantage amortisseurs de crise qu'en position de proposer une autre vision, plus globale et plus romantique, de la société ", résume Pierre Reman, professeur de politique sociale à l'UCL. Ce que l'on confirme à la FGTB Métal, qui se dit submergée de demandes de services en tout genre. " Mais quand la crise sera finie, nous repasserons à l'offensive ", prévient Antonio Di Santo, patron de la centrale FGTB Métal. En attendant, les discussions qui démarrent au niveau des secteurs d'activités économiques, à la suite de la conclusion de l'accord interprofessionnel 2009-2010, risquent d'être âpres : il n'y a pas de grain à moudre, autrement dit, pas d'argent. " On sent qu'il n'y a aucune marge de man£uvre, reconnaît une permanente syndicale active dans le secteur des services aux entreprises. On est mal pris. "Et la crise ? Dans les rangs syndicaux, chacun rappelle que les restructurations se succèdent partout, depuis des années. Que des milliers d'emplois ont disparu dans le secteur des finances, par exemple. Que, depuis vingt ans, les entreprises s'internationalisent, les financiers dictent de plus en plus la conduite des affaires et les nouvelles technologies changent les conditions de travail. " Quand on restructure, c'est une crise en soi, indépendamment du contexte économique, résume Claude Lambrechts, permanente de la CNE. Notre métier ne change pas avec la crise. Il y a juste un peu plus de restructurations. "Sur le terrain, pour l'instant, ce sont les emplois d'intérimaires et ceux des salariés engagés à durée déterminée qui ont été visés. " Je n'ai pas l'impression que nous ayons éprouvé davantage de difficultés à obtenir de bons plans sociaux ", avance Jacques Michiels, secrétaire général de la Centrale générale (FGTB). Reste à voir comment les choses se passeront quand il s'agira de négocier les conditions de départ des salariés à durée indéterminée. Dans le camp des employeurs, nul n'a intérêt à ce que les restructurations se passent mal. Fragilisés et malmenés par la crise, ils sont plus que jamais demandeurs de paix sociale. Quand ils sont attachés à un groupe international dont les finances ne se portent pas mal, ils ne rechignent pas à libérer les fonds nécessaires pour que les plans sociaux se mettent en place sans heurts. Cette paix sociale, le gouvernement fédéral y aspire également. Avec le contrôle budgétaire, la récession et l'affaire Fortis, notamment, il a assez de chats à fouetter. En outre, les partis politiques ont les yeux rivés sur les prochaines élections de juin : ce n'est pas le moment de provoquer la crispation des électeurs. Crise aidant, si l'on peut dire, le gouvernement fédéral adopte d'ailleurs des mesures qui n'auraient jamais passé la barre en période économique plus clémente, comme en matière de chômage économique ou d'allocations de chômage pour les intérimaires. Si les syndicats sortent renforcés de la crise, ce sera surtout sur le plan idéologique. " Depuis des années, nous disions que le système n'était pas tenable à terme et que le capitalisme non régulé nous menait dans le mur, rappelle un permanent. Nous avions raison. "De fait. Dans le monde du travail comme ailleurs, la crise provoque une remise en cause inédite et globale du système économique. Depuis 2000, les entreprises affichent des chiffres de rentabilité vertigineux, tout en restructurant régulièrement pour comprimer leurs coûts. Du coup, le cataclysme financier auquel on assiste depuis quelques mois a provoqué une profonde crise de confiance dans la population. Les travailleurs et les citoyens en général réclament désormais du pouvoir politique qu'il régule davantage les marchés et force les entreprises à s'inscrire dans une logique de long terme, et non plus de court terme. " On est en phase de ré-idéologisation, constate un délégué. Les gens commencent à demander que l'on désigne les responsables de la crise et que l'on remette en cause le capitalisme. " " C'est le moment d'en profiter pour obtenir des comportements socialement plus responsables de la part des entreprises ", embraie François Laurent, permanent du secteur chimie. La crise devrait en effet permettre aux syndicats de donner de la voix sur des enjeux comme la régulation des marchés financiers. " Ils pourraient en profiter aussi, par exemple, pour vanter les avantages du premier pilier de pensions, après les déboires enregistrés par les fonds de pension américains ! " ajoute Evelyn Leonard, professeur à l'UCL. Est-ce à dire que les syndicats enregistreront, dans la foulée, de nouvelles affiliations ? Difficile à prévoir. Car certains travailleurs privilégieront, par peur, le sauve-qui-peut individuel, tandis que d'autres joueront plutôt la carte de la défense collective. Dans le camp syndical, on ne table en tout cas pas là-dessus, estimant que toute affiliation fondée sur la peur est mauvaise. " D'ordinaire, le taux d'affiliation reste stable, quelle que soit la conjoncture ", affirme Pierre Reman. D'autant que les syndicats assurent aussi, avec efficacité, le paiement des allocations de chômage de leurs membres. Les affiliés qui perdent leur poste peuvent donc rester fidèles à leur organisation en devenant demandeurs d'emploi. Il semble, en tout cas, que la crise n'alimente aucun ressentiment des salariés envers les syndicats, alors que ceux-ci avaient été souvent interpellés en 2008 à propos du sévère recul du pouvoir d'achat. " La gestion de la crise renforce notre légitimité, estime un délégué : il faut vraiment des syndicats pour essayer de limiter la casse. "Laurence van Ruymbeke