Un dimanche soir, sur une route sinueuse de Bourgogne. Dans l'autocar lancé à l'assaut de la colline de Taizé, des jeunes partis pour une retraite de quelques jours dans ce haut lieu de recueillement £cuménique se confient. " Je ne suis pas très croyante, mais je veux passer un moment loin de ma vie de tous les jours ", raconte Julie, 21 ans. " Je n'ai pas osé parler de ce séjour à mes copains, lâche Sébastien, 17 ans. Je me suis dit qu'ils ne comprendraient pas, se moqueraient de moi, me considéreraient comme un " catho ", un marginal. Solène, 18 ans, était déjà venue l'an dernier à Taizé. " Ce que j'y ai vécu, au milieu de centaines de jeunes, est tellement plus fort que la messe dans ma paroisse ! On échange des idées, on réfléchit et on...

Un dimanche soir, sur une route sinueuse de Bourgogne. Dans l'autocar lancé à l'assaut de la colline de Taizé, des jeunes partis pour une retraite de quelques jours dans ce haut lieu de recueillement £cuménique se confient. " Je ne suis pas très croyante, mais je veux passer un moment loin de ma vie de tous les jours ", raconte Julie, 21 ans. " Je n'ai pas osé parler de ce séjour à mes copains, lâche Sébastien, 17 ans. Je me suis dit qu'ils ne comprendraient pas, se moqueraient de moi, me considéreraient comme un " catho ", un marginal. Solène, 18 ans, était déjà venue l'an dernier à Taizé. " Ce que j'y ai vécu, au milieu de centaines de jeunes, est tellement plus fort que la messe dans ma paroisse ! On échange des idées, on réfléchit et on chante. "Plus de cent mille jeunes européens se rendent chaque année à Taizé. En été et à Pâques, la colline voit défiler jusqu'à 6 000 personnes par semaine, logées dans des dortoirs et des tentes. Elles sont accueillies par la communauté monastique fondée à la fin des années 1940 par un Suisse, Roger Schutz, dit frère Roger. D'origine protestante, le religieux s'est rapproché de la foi catholique et, dès le début des années 1960, a voulu se mettre à l'écoute des jeunes. En août 2005, il a été assassiné par une déséquilibrée roumaine. Son successeur, frère Aloïs, un catholique allemand, est, aujourd'hui, à la tête d'une communauté d'une centaine de frères issus de plus de trente pays. Les frères, les " volontaires " venus passer une année à Taizé pour approfondir leur foi et les jeunes de passage se retrouvent, trois fois par jour, dans la grande église où se déroulent les temps de prière et de méditation. Le succès de Taizé tient, notamment, à la beauté de ses chants, inspirés des canons et litanies du Moyen Age. " Quand on n'est pas un habitué des lieux, il faut un ou deux jours pour trouver ses marques, se sentir impliqué et chanter avec les autres ", constate Jérôme, un adolescent namurois. " C'est dur de supporter le silence, le recueillement, avoue Martin, l'un de ses copains. Parfois, j'ai envie d'exploser. " Certains jeunes ne s'en privent pas. En octobre dernier, une retraite de rhétoriciens a tourné au chahut. Une quinzaine d'élèves de Saint-Vincent (Soignies) et de Saint-Stanislas (Mons) avaient apporté de l'alcool et du cannabis à Taizé. Pendant la prière, ils ont lâché des souris dans l'église. Après avoir saccagé une chambre, les turbulents ados ont été expulsés et renvoyés en Belgique. " La plupart des visiteurs sont croyants, mais d'autres se rendent ici par curiosité, stimulés par des proches déjà passés par Taizé, note frère Emile, un Canadien de l'Ontario arrivé dans la communauté en 1975. Après la prière du soir, les jeunes peuvent, s'ils le souhaitent, avoir un tête-à-tête avec un frère. Certains éprouvent le besoin de parler de la mort d'un proche, de la séparation de leurs parentsà D'autres se demandent s'ils ont la foi et si cette foi peut coexister avec le doute. Ils sont soulagés d'apprendre que c'est souvent le cas et qu'on les accepte tels qu'ils sont. "Frère Roger s'est demandé, voici trente ans, ce que sa communauté pouvait faire, hors de Taizé, pour ces jeunes en quête de réponses à leur questionnement spirituel. C'est alors qu'est née l'idée d'organiser, chaque année, une rencontre de la jeunesse dans une grande ville d'Europe. Après Genève, Bruxelles est, pour la première fois, ville-hôte. Près de 40 000 jeunes venus de l'Europe entière s'y retrouveront du 29 décembre au 2 janvier. Les organisateurs et les 180 équipes de préparation constituées dans les paroisses de la capitale et des environs ont fait le pari de trouver des foyers d'accueil pour tous les participants étrangers. Contact Taizé à Bruxelles : 02 612 41 30.Olivier Rogeau