Et à la fin, les sales gosses sont devenus héros. Ceux-là même qu'on avait considérés enfants gâtés, stars suffisantes, sans ambitions, nonchalants, sans amour-propre ni fierté nationale, égocentrés, surcotés, surpayés. Au bout du compte, ce mardi 10 juillet, en demi-finale de la Coupe du monde, contre la France, ils auront encore déçu, considèrent certains. Parce qu'ils ont été battus, et pas forcément par une équipe qui les a surclassés. Mais personne ne pourra le leur reprocher. La déception est plutôt née des illusions, folles mais légitimes, que leur parcours avait suscitées jusqu'au duel de Saint-Pétersbourg.
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Et à la fin, les sales gosses sont devenus héros. Ceux-là même qu'on avait considérés enfants gâtés, stars suffisantes, sans ambitions, nonchalants, sans amour-propre ni fierté nationale, égocentrés, surcotés, surpayés. Au bout du compte, ce mardi 10 juillet, en demi-finale de la Coupe du monde, contre la France, ils auront encore déçu, considèrent certains. Parce qu'ils ont été battus, et pas forcément par une équipe qui les a surclassés. Mais personne ne pourra le leur reprocher. La déception est plutôt née des illusions, folles mais légitimes, que leur parcours avait suscitées jusqu'au duel de Saint-Pétersbourg. Tous ou presque anciens gamins de rue, les Diables Rouges ont donc fini par mettre le pays à leurs pieds. Leur pays. Cette petite et complexe Belgique, qui aime tant ne pas s'aimer et pour laquelle la campagne de Russie de l'été 2018 aura été une très très belle histoire. Où fiertés et fantasmes s'en sont donné à coeur joie. Parce qu'aucune de ses équipes nationales n'avait été aussi séduisante et efficace, depuis trente-deux ans, dans la compétition suprême du sport roi. Parce que, il y a à peine vingt-quatre mois, l'Euro de foot, en France, s'était achevé sur une déroute, frisant la honte, face au pays de Galles. Et cela, deux ans après une autre défaite, en Coupe du monde, contre l'Argentine, en quarts de finale. Dans ces ceux cas, l'équipe avait déçu. Par son comportement. Comme si elle ne méritait pas la passion qu'elle avait allumée depuis des années. Comme si elle n'en était pas à la hauteur. Désormais, et même avec un évident goût de trop peu en bouche vu l'insuccès face aux Français, cette équipe-là a fait honneur à la passion des foules, après l'avoir ranimée, en cinq matchs disputés en moins d'un mois sur le sol russe. Surtout en ayant démontré, d'abord contre le Japon puis contre le Brésil, qu'elle pouvait ambitionner de trôner au sommet du foot mondial. Qu'elle le voulait. Qu'elle y était préparée. Que tout avait été programmé, en fait. Que l'encadrement était irréprochable (à la polémique Damso près), ce qui n'avait jamais été le cas précédemment. Que le coach regorgeait de solutions, ce qui avait rarement été le fait de ses prédécesseurs. Que l'ensemble du noyau avait la même envie de triomphes. Que les joueurs se révélaient enfin appliqués, impliqués, sympas, confiants, sereins, exigeants, audacieux, efficaces, malins, solidaires, flamboyants. Les images qui resteront de cette Coupe du monde - historique pour le sport belge dans tous les cas, avec la victoire magistrale face au Brésil, en huitième - sont des images de liesse. Celle de Romelu Lukaku et Michy Batshuayi s'étreignant après le cinquième but planté à la Tunisie, des oeuvres du second nommé sur passe du premier, qui aurait pourtant pu l'inscrire lui-même. Celle de toute l'équipe et de tous les supporters, après le goal de Nacer Chadli, éliminant le Japon à la dernière minute et ponctuant une action collective d'anthologie et un geste individuel (la feinte de Lukaku) tellement génial qu'il aura converti à l'amour fou pour le football beaucoup de ceux qui, jusque-là, éprouvaient un évident plaisir à le détester ou qui se méfiaient des stades, des tribunes, des drapeaux et des olas. Celle de toute l'équipe et d'Adnan Januzaj, après le but décisif contre l'Angleterre, dans une rencontre que beaucoup pensaient qu'il était impératif de... perdre, pour ne pas avoir à rencontrer ensuite de gros bras, mais qui a prouvé que le calcul et le cynisme n'ont pas (encore) perverti tous les footballeurs professionnels. Celle de toute l'équipe et de Kevin De Bruyne, après le goal qui coupait les jambes au Brésil. Celle de tous ces gens, peinturlurés en noir-jaune-rouge, de 7 à 77 ans, tous genres confondus, s'amassant devant les écrans, partout dans le pays, à chaque match des Diables, puisque c'est devenu prétexte à rassemblement festif. La belle histoire ne changera rien au quotidien de ces gens-là. Ni à celui de tous les autres (lire l'éditorial de Gérald Papy). Mais elle en aura rapproché, beaucoup. Et sur des cimes qui restent, objectivement, très haut situées. Leur donnant plus de ravissements que de vertiges. Et parvenant, dans les trois langues du pays, à ce que, enfin, quasiment tout le monde utilise le même mot pour évoquer cette Belgique-là : " Nous. "