La Belgique a-t-elle cru qu'elle resterait plus ou moins épargnée par le Sras-CoV-2 ? Certes, une procédure officielle a par exemple été envoyée aux médecins généralistes au début de février, mais durant plusieurs semaines, le virus restait une vague menace. " Le pays s'est surtout assuré de pouvoir détecter les premiers cas importés lorsque l'épidémie était limitée à la Chine, mais a réagi avec un temps de retard à l'évolution rapide de la situation, livre le professeur Marius Gilbert, chercheur en épidémiologie à la faculté des sciences de l'ULB. Il n'a visiblement pas suffisamment anticipé toute une série de besoins en matière de logistique (masques, réactifs), de procédures et de communication. "
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La Belgique a-t-elle cru qu'elle resterait plus ou moins épargnée par le Sras-CoV-2 ? Certes, une procédure officielle a par exemple été envoyée aux médecins généralistes au début de février, mais durant plusieurs semaines, le virus restait une vague menace. " Le pays s'est surtout assuré de pouvoir détecter les premiers cas importés lorsque l'épidémie était limitée à la Chine, mais a réagi avec un temps de retard à l'évolution rapide de la situation, livre le professeur Marius Gilbert, chercheur en épidémiologie à la faculté des sciences de l'ULB. Il n'a visiblement pas suffisamment anticipé toute une série de besoins en matière de logistique (masques, réactifs), de procédures et de communication. " Dit autrement, le pays n'a pas vu plus loin que le bout de son nez. Il semble, désormais, peu probable que la Belgique échappe au stade 3. Soit le stade le plus sérieux du plan de gestion de risque, qui ne consiste plus seulement à freiner l'épidémie mais aussi à atténuer son impact. Plus rapidement sans doute qu'anticipé, le cap devrait être atteint au cours des semaines suivantes. Entre-temps, les autorités ont actionné le degré intermédiaire, la phase 2 renforcée. " Le passage d'un stade à l'autre n'a rien à voir avec la dangerosité du virus. Il implique simplement une gradation et surtout une continuité dans la prise en charge ", précise le docteur Steven Van Gucht, virologue chez Sciensano et président du comité scientifique pour le coronavirus. Pour les experts, cette semaine serait le moment opportun pour adopter des mesures supplémentaires. En effet, on recense désormais des contaminations secondaires, c'est-à-dire des personnes infectées directement en Belgique. Ce ne sera pas pour autant le grand soir. A ce stade, aucune mesure nationale de quarantaine, de fermeture d'écoles ou de restriction de circulation n'est envisagée. Bref, la vie continue, mais pas comme avant. Mais, surtout, on voyait se dessiner une " mosaïque épidémiologique ". Ainsi à Liège, à Namur et à Louvain-la-Neuve, les soirées étudiantes et les activités destinées aux personnes âgées sont annulées. A Spa, le centre culturel a supprimé ses événements publics. Des maisons de repos interdisent les visites familiales... Ce " patchwork " brouille une communication en temps d'épidémie. Un stade 2 renforcé est-il un pré-stade 3 ? En pratique, ces derniers jours, plusieurs mesures marquent l'entrée en phase 3, de façon progressive mais sans doute inéluctable. Cela a commencé par la mobilisation des médecins généralistes. Jusqu'ici, ils ont fait comme ils ont pu, consultant sans matériel spécialisé et se questionnant. Ainsi un médecin qui recevrait un cas avéré dans son cabinet est-il censé fermer et rester chez lui pendant 14 jours pour avoir été en contact avec cet individu ? Une situation qui aurait pu se répéter inévitablement des dizaines de fois. Pour limiter les risques de contamination - beaucoup de praticiens ne disposent plus de masques de protection - et préserver la chaîne de soins en hôpital, le collège de médecine générale, qui regroupe cercles, syndicats, professeurs d'université et scientifiques, a lui-même anticipé et cherché la parade. Depuis lundi 9 mars, les médecins mettent le paquet sur la consultation à distance. Le patient malade doit téléphoner en priorité à son médecin traitant. Quand l'état clinique n'est pas inquiétant, le malade est confiné à domicile. En revanche, le cas préoccupant est renvoyé vers l'hôpital. Les tests de dépistage de Covid-19 sont à présent dispensés dans neuf laboratoires, mais ne sont plus réalisés systématiquement - comme au début de l'épidémie, ce qui a conduit à gaspiller les réserves. En clair, il n'est plus question de tester tout le monde. Il s'agit de préserver les ressources et éviter une pénurie de matériel. En stade 3, le protocole ne change pas. Les tests sont réservés uniquement aux professionnels de la santé et aux individus à risque (les personnes les plus malades, celles hospitalisées ou celles souffrant de troubles sous-jacents). " Ce qu'on entend par "à risque" sont les personnes pour lesquelles une prise en charge médicale va faire la différence ", détaille le professeur Emmanuel André, médecin microbiologiste à la KULeuven, membre du centre de référence sur le coronavirus. Qui poursuit : " Les laboratoires font aussi partie de la chaîne de soins, qu'il s'agit de ne pas monopoliser et épuiser. " Ces critères sont-ils trop stricts ? Le choix sème le doute sur le nombre réel d'infectés. Qu'importe. Aux yeux de la majorité des spécialistes, ce qui compte, ce n'est pas le nombre de contaminés, c'est le nombre de morts. Simplement, parce qu'il est impossible de mesurer le nombre exact de cas. Ainsi il y a des cas bénins qui ne vont pas se déclarer, des cas qui ne vont développer aucun symptôme... A l'autre bout, les hôpitaux ont mis en place des centres de consultations consacrés au Covid-19, autonomes des services d'urgences habituels. A Brugmann, à Bruxelles, des tentes ont été installées à l'extérieur de l'hôpital. A ce stade, ils ne doivent pas déclencher leurs plans d'urgence pour libérer des lits supplémentaires. Le glissement d'un degré à l'autre se fait aussi par des mesures de social distancing. Inspiré par le comité d'experts pour le coronavirus, le gouvernement fédéral ne ferme pas les écoles (même en présence de virus) mais déconseille les fêtes scolaires et recommande de postposer de plusieurs jours les voyages scolaires. Il encourage le télétravail et les vidéoconférences et à annuler les réunions non essentielles. Les transports publics circulent évidemment mais les personnes à risque sont invitées à les éviter. A l'instar d'autres pays européens, la mesure la plus restrictive est l'interdiction de rassemblements intérieurs de plus 1 000 personnes : une décision qui relève de l'autorité locale (le gouverneur et le bourgmestre). Rien ne justifie la prise de " mesures barrières " plus contraignantes et, pour l'instant, disproportionnées. " Nous savons que nous n'allons pas stopper l'épidémie ", déclare la Première ministre, Sophie Wilmès. Et de répéter encore et encore les mesure d'hygiène car " ce n'est pas l'Etat seul qui fait face au virus ".