Mais que veulent les Flamands ? Alors qu'un calme relatif semblait enfin régner sur les négociations communautaires (un des bénéfices collatéraux de la crise financière), Marino Keulen (Open VLD), ministre flamand de l'Intérieur, vient de torpiller toute chance d'avancées dans ce domaine. En affirmant officiellement la non-nomination des trois bourgmestres " réfractaires " de la périphérie bruxelloise - Wezembeek-Oppem, Linkebeek et Crainhem - Keulen a mis les pieds dans le plat. Et pas par distraction. Son but ? Saboter Kris Peeters (CD&V), ministre-président flamand et coprésident du " dialogue inter-institutionnel ". Et, dans la foulée, bien entendu, le gouvernement fédéral conduit par Yves Leterme. Jusqu'il y a peu, les libéraux flamands se distinguaient par un intérêt tout relatif pour les questions communautaires, se positionnant v...

Mais que veulent les Flamands ? Alors qu'un calme relatif semblait enfin régner sur les négociations communautaires (un des bénéfices collatéraux de la crise financière), Marino Keulen (Open VLD), ministre flamand de l'Intérieur, vient de torpiller toute chance d'avancées dans ce domaine. En affirmant officiellement la non-nomination des trois bourgmestres " réfractaires " de la périphérie bruxelloise - Wezembeek-Oppem, Linkebeek et Crainhem - Keulen a mis les pieds dans le plat. Et pas par distraction. Son but ? Saboter Kris Peeters (CD&V), ministre-président flamand et coprésident du " dialogue inter-institutionnel ". Et, dans la foulée, bien entendu, le gouvernement fédéral conduit par Yves Leterme. Jusqu'il y a peu, les libéraux flamands se distinguaient par un intérêt tout relatif pour les questions communautaires, se positionnant volontiers comme le parti " responsable ". Le CD&V, au contraire, en cartel avec la N-VA jusqu'en septembre dernier, se montrait volontiers intransigeant. A présent que Peeters, figure de proue des chrétiens flamands, est censé démêler l'écheveau communautaire et engranger quelques solutions concrètes avant la fin de l'année, voici les libéraux flamands en proie à des transes linguistiques. Certes, Kris Peeters, " cuisiné " au parlement flamand, ce mercredi 26 novembre, a affirmé, en substance, que l'initiative de Keulen avait la bénédiction de l'ensemble du gouvernement nordiste. Mais pouvait-il adopter une autre position sans apparaître comme un traître à la cause flamande ? Il n'en reste pas moins que le ministre-président se serait bien passé de pareil incident à un si mauvais moment... La dernière initiative de " son " ministre de l'Intérieur prouve au moins une chose : le conflit linguistique est souvent moins idéologique qu'il n'y paraît : au Nord, on joue alternativement la carte de l'apaisement et celle de la surenchère, en fonction d'intérêts purement électoralistes. Des intérêts électoralistes ? Mais c'est bien sûr ! Rappelons que les prochaines élections régionales et européennes se dérouleront en juin prochain, et que l'échiquier politique flamand est éclaté en de nombreux partis de taille plus ou moins équivalente, du moins si l'on en croit les sondages. La rivalité est donc terrible. Et particulièrement, bien sûr, entre les chrétiens et les libéraux. Le CD&V marche sur des £ufs depuis sa rupture avec le parti séparatiste de Bart De Wever. L'Open VLD est, lui aussi, en proie à d'énormes difficultés. Karel De Gucht, Patrick Dewael et Annemie Turtelboom, soit 3 des 4 éminences libérales nordistes du gouvernement fédéral, se trouvent en mauvaise posture. Rien de tel qu'une petite poussée de fièvre communautaire pour faire oublier leurs défaillances ! Et si, de surcroît, cette agitation ébranle Peeters, l'ennemi juré qui avait une légère et irritante tendance à fanfaronner, cela s'appelle faire coup double ! En réalité, ce qui fait le plus défaut, en Flandre, ce sont des têtes pensantes. Il n'y en a plus guère : ni au CD&V ni, surtout, à l'Open VLD. Plus de vision à moyen terme, plus de projet consistant pour l'Etat belge. Seuls comptent les résultats électoraux, que l'on estime dépendre exclusivement de petits rapports de force et de médiocres batailles, dont l'un sort gagnant un jour, et l'autre le lendemain. Devant cet affligeant spectacle, certains, néanmoins, rongent leur frein et osent des plans plus enthousiasmants. Ainsi, dit-on, de Guy Verhofstadt, ex-Premier ministre perpétuellement sur le retour. C'est sûr, en mars prochain, la sortie de son bouquin sur sa " tournée " européenne fera l'objet d'une promo d'enfer. Mais il y a fort à parier que l'homme n'attendra pas jusque-là pour faire sa réapparition. Il se murmure que, récemment, il aurait même refait le monde ou, plutôt, la Belgique, avec Louis Michel (MR), lequel achève son mandat de commissaire européen et rêve de revenir sur la scène politique nationale. " Croyez-moi, lâche un membre de la vieille garde libérale : si l'Open VLD continue de torpiller Peeters, des élections fédérales seront inévitables. Et elles signeront le retour à l'avant-plan de ces deux carrures. " Ainsi, malheureusement, que le succès grandissant des extrémistes flamands... Isabelle Philippon