De vieilles photos en noir et blanc le montrent debout, martial, au pied d'un obélisque érigé au sommet d'une colline. C'est l'été 1944 et Vidkun Quisling, qui dirige encore le gouvernement norvégien soutenu par l'occupant nazi, inaugure ce monument à la gloire de son parti national-socialiste. Dans l'assistance, autant de collaborateurs qui auront à le payer cher durant la période d'épuration. Quisling, condamné à mort pour trahison, est fusillé en octobre 1945. Et l'obélisque est enterré sur place par les résistants à Stiklestad, petite commune à plus de 500 kilomètres au nord d'Oslo.
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De vieilles photos en noir et blanc le montrent debout, martial, au pied d'un obélisque érigé au sommet d'une colline. C'est l'été 1944 et Vidkun Quisling, qui dirige encore le gouvernement norvégien soutenu par l'occupant nazi, inaugure ce monument à la gloire de son parti national-socialiste. Dans l'assistance, autant de collaborateurs qui auront à le payer cher durant la période d'épuration. Quisling, condamné à mort pour trahison, est fusillé en octobre 1945. Et l'obélisque est enterré sur place par les résistants à Stiklestad, petite commune à plus de 500 kilomètres au nord d'Oslo. Le moment serait-il venu, sept décennies plus tard, d'exhumer ce monument en quartz frappé d'une croix solaire, symbole " aryen " choisi par l'ancien ministerpresident ? La question divise dans une Norvège très sensible à tout ce qui a trait à l'extrémisme de droite. Les attaques meurtrières commises l'été dernier sur l'île d'Utoya par Anders Behring Breivik, cet enfant du pays parti en croisade contre le " multiculturalisme " et l'" islamisation de la société ", sont dans tous les esprits. " Nous devons préserver Stiklestad des courants néonationalistes ", avertit Kolbein Dahle, le responsable de la fédération des monuments historiques dans cette région. Pour d'autres, déterrer le monument long de neuf mètres permettrait de se pencher sur un pan souvent enfoui de l'histoire du royaume, celui de la collaboration. " C'est une nécessité, estime l'historien Tor Einar Fagerland. Cela nous forcerait à nous rappeler que nous, les Norvégiens, si fantastiques que nous soyons, nous avons cependant pu croire que notre race était supérieure à d'autres. "Le débat, toutefois, a pris une autre tournure depuis l'intervention d'un pasteur d'une paroisse proche de Stiklestad. Selon Harald Tveit, l'exhumation du monument permettrait de nuancer l'image " démoniaque " encore accolée aux membres du Rassemblement national (NS), le parti de Quisling. " Nous devons cesser de les appeler des nazis ", ils voulaient le " meilleur pour le peuple norvégien ", clame cet ancien missionnaire au Mali, né en 1956. Tenus à la mi-juillet dans le journal de cette région où vivent encore d'anciens partisans de Quisling, ces propos ont suscité une gêne certaine. " Accorder plus d'attention à ce que ces gens-là ont à dire, essayer de les comprendre, d'accord, mais de là à en faire notre version de l'histoireà ", commente l'historien Leiv Sem, qui travaille dans un centre des droits de l'homme sur le site de l'ancien camp de prisonniers politiques instauré par les Allemands, au fond du fjord de Stiklestad. Ce dernier lieu a pour vocation de devenir un centre de " dialogue multiculturel " entre diverses religions. L'idée, lancée d'Oslo avant les attentats du 22 juillet 2011, reste controversée. Car Stiklestad est aussi le lieu d'une bataille décisive menée en 1030 par celui qui allait devenir saint Olav, le Viking qui acheva de christianiser les Norvégiens. Comme Breivik, les opposants au projet déplorent une " disparition progressive de l'héritage chrétien de la Norvège " et qualifient l'islam d'" idéologie totalitaire ". " Si nous ne nous identifions pas à ce qu'il a fait, beaucoup d'entre nous partageons son point de vue ", assurait, peu après les attentats, le porte-parole de ce groupe de " chrétiens conservateurs ".ANTOINE JACOBDE NOTRE CORRESPONDANT