En octobre 2010, l'attaque d'une église à Bagdad par le groupe terroriste Al-Qaeda et la prise d'otages qui s'en suit fait plus de 60 morts parmi les fidèles. C'est un des épisodes les plus sanglants des violences perpétrées contre les chrétiens en Irak. C'est aussi l'épilogue du dernier roman de l'écrivain ira...

En octobre 2010, l'attaque d'une église à Bagdad par le groupe terroriste Al-Qaeda et la prise d'otages qui s'en suit fait plus de 60 morts parmi les fidèles. C'est un des épisodes les plus sanglants des violences perpétrées contre les chrétiens en Irak. C'est aussi l'épilogue du dernier roman de l'écrivain irakien Sinan Antoon, Ave Maria (Actes Sud, 190 p.). La trame de l'histoire se fonde sur une dispute entre Youssef, vieil habitant de Bagdad, et Maha, jeune épouse de son neveu. Le couple est accueilli dans la maison du premier en raison de la guerre. Parce qu'il vit dans le souvenir d'une époque où la cohabitation entre musulmans et chrétiens était harmonieuse, l'oncle ne conçoit pas de quitter le pays. Parce qu'elle n'a connu que les intimidations croissantes à l'encontre des membres de sa communauté - " je n'ai même pas de jours heureux que je pourrais regretter ", lâche-t-elle - l'étudiante rêve de s'exiler et reproche à son oncle de ne vivre que dans le passé. Le coup de sang est l'occasion d'une double introspection : l'oncle se rend compte que l'histoire contemporaine de l'Irak a été marquée par la montée progressive des intolérances ; Maha constate qu'elle en est réduite à se cacher, en public, d'être chrétienne. Malgré cela, Youssef préférera rester parce qu' " une maison n'est pas que des briques, du ciment et de la peinture mais toute une vie à elle seule ". Un roman plein de poésie et de gravité, précieux pour situer l'Irak à la veille d'élections législatives, le 12 mai, dont l'issue influera sur le sort des minorités.