Assiste-t-on à un moment charnière de l'évolution du système monétaire?
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Assiste-t-on à un moment charnière de l'évolution du système monétaire? Tout d'abord, il faut préciser que les monnaies, qu'elles soient physiques ou numériques, sont exclusivement émises par des banques centrales. Il est plus approprié de classer le bitcoin, par exemple, dans la catégorie des actifs virtuels qui ne représentent pas une créance sur une entité émettrice. Vos lecteurs tentés par cet actif hautement spéculatif et volatil doivent être conscients qu'ils n'ont aucune garantie de pouvoir le convertir en euros. Cela dit, oui, nous sommes en pleine révolution technologique. Les économies sont de plus en plus numérisées. Le monde des paiements et de la finance n' échappe pas à cette règle. Les paiements de masse dématérialisés progressent en valeur et volume, avec le lancement de solutions innovantes pour régler les transactions à distance. De nouveaux produits de paiement ou d'investissement reposant sur des actifs virtuels sont proposés aux consommateurs ou sont en cours de déploiement. De nombreuses banques centrales réfléchissent à la mise en place de monnaies numériques. Ces actifs virtuels s'installent-ils dans nos sociétés? De nombreuses initiatives privées visant à proposer des produits de paiement ou d'investissement basés sur des actifs virtuels ont été lancées. D'autres sont en cours de déploiement. L'objectif est bien de conquérir un large public, qui pourrait par exemple être intéressé par des possibilités de paiement transfrontière facilitées. Mais ces initiatives privées doivent être examinées avec précaution et encadrées étroitement pour s'assurer qu'elles ne portent pas préjudice aux consommateurs ni ne mettent en danger la stabilité du secteur financier. L'introduction de nouvelles solutions de paiement reposant sur des actifs virtuels émis par le secteur privé constituerait une nouvelle rupture majeure. A l'heure actuelle, il n'existe pas de telles solutions de paiement à grande échelle. Les produits commercialisés jusqu'ici constituent plutôt un support d'investissement. Quel que soit l'avenir de ces solutions, l'Eurosystème ( NDLR: l'organe de l'Union européenne qui regroupe la Banque centrale européenne et les banques centrales nationales des Etats ayant adopté l'euro) continuera de veiller à mettre à disposition des consommateurs la seule monnaie qui ait cours légal, sous une forme fiduciaire ou numérique. Le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne se prononcera d'ici à mi-2021 sur le lancement d'un projet d'euro numérique. Le déploiement de cette nouvelle forme de monnaie souveraine pourrait intervenir dans les années qui suivent. Il y a danger pour le système monétaire et financier actuel? L'émission d'actifs virtuels par des entités privées utilisés massivement comme moyen de paiement ou d'épargne pourrait rendre difficile la mise en oeuvre de la politique monétaire. Les banques pourraient faire face à des sorties de dépôts à grande échelle si leurs clients venaient à préférer détenir ce type d'actifs virtuels. La contrepartie des dépôts auprès des banques étant constituée entre autres par des prêts aux acteurs économiques et par l'investissement en titres à revenus fixes, cela pourrait finalement nuire au financement de l'économie et des Etats. Ce scénario menacerait les mécanismes de transmission de la politique monétaire et pourrait résulter en une perte de souveraineté monétaire pour la zone euro. En effet, l'efficacité des mécanismes de transmission de la politique monétaire d'une banque centrale est largement basée sur une forte domination de la monnaie qu'elle émet. Cela étant dit, malgré la publicité récente faite aux actifs virtuels, leur encours par rapport à la masse monétaire mondiale est encore très limité.