Elles se connaissent depuis longtemps. Voilà des années qu'elles se croisent, travaillent sur des dossiers communs, entre autres lorsque Françoise Dupuis portait l'Enseignement supérieur (de 1999 à 2004), et que Françoise Bertieaux était déjà le chef de file du MR au parlement de la Communauté française. Pourtant, le climat est tendu. Ça se sent : on est en campagne. Piques, échanges attentifs et coupures de parole émaillent le dialogue. Le PS se bat pour conserver l'école. " Nous sommes déterminés à poursuivre les réformes entamées sous cette législature, pour améliorer le niveau de tous les élèves. C'est un travail patient, qu'il faut réaliser par étapes ", déclare Françoise Dupuis, actuel ministre du Logement à la Région bruxelloise, en charge aussi de l'enseignement à la Cocof. Le MR, lui, pour décrocher l'enseignement : " Il est devenu un quasi-monopole du PS. " Et dénonce le gâchis dans l'éducation.
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Elles se connaissent depuis longtemps. Voilà des années qu'elles se croisent, travaillent sur des dossiers communs, entre autres lorsque Françoise Dupuis portait l'Enseignement supérieur (de 1999 à 2004), et que Françoise Bertieaux était déjà le chef de file du MR au parlement de la Communauté française. Pourtant, le climat est tendu. Ça se sent : on est en campagne. Piques, échanges attentifs et coupures de parole émaillent le dialogue. Le PS se bat pour conserver l'école. " Nous sommes déterminés à poursuivre les réformes entamées sous cette législature, pour améliorer le niveau de tous les élèves. C'est un travail patient, qu'il faut réaliser par étapes ", déclare Françoise Dupuis, actuel ministre du Logement à la Région bruxelloise, en charge aussi de l'enseignement à la Cocof. Le MR, lui, pour décrocher l'enseignement : " Il est devenu un quasi-monopole du PS. " Et dénonce le gâchis dans l'éducation. Françoise Dupuis : Nous voulons poursuivre la mise en £uvre du " contrat pour l'école " ( NDLR : destiné à mettre fin aux inégalités scolaires). Déjà, nous avons augmenté le nombre d'enseignants en maternelle et en début de primaire. Nous avons aussi balisé les évaluations externes (en 6e primaire et à la fin du secondaire), et l'encadrement différencié. Mais il faut d'urgence un véritable " plan pour l'école défavorisée ". Françoise Bertieaux : On se rejoint sur les objectifs. Christian Dupont s'est vanté, en affirmant que les engagements du " contrat pour l'école " avaient été remplis à plus de 91 % ! F.D. : Ce n'est pas cela qui m'intéresse ! F.B. : Je continue... On est donc OK sur les objectifs mais pas sur leur mise en £uvre. OK, il faut mettre le paquet sur le début des apprentissages. La solution du PS ? Grossir le nombre d'enseignants. Mais pour faire quoi ? Nous, nous employons les mots " lire ", " écrire ", " grammaire ", " remédiation "... Nous sommes les seuls à les clamer depuis cinq ans. Quant aux tests d'évaluation, ils ont été entachés de couacs. Souvenez-vous, Madame Dupuis, dans celui de mathématiques, on demandait à l'élève s'il y avait une femme de ménage à la maison. Quel lien entre résultats scolaires et une femme de ménage ? Sauf à faire de l'école un immense laboratoire pour étayer des thèses sur la mixité sociale. Quant au test de compréhension à la lecture, il a circulé, dans la presse, avant l'épreuve. F.B. : Qu'a fait le PS ? Accorder un financement supplémentaire aux écoles elles-mêmes. Ce qui les enferme dans leur étiquette d'écoles ghettos, où on se bat pour ne pas y aller. Au contraire, dans le cadre d'un " financement différencié portable ", les moyens complémentaires deviennent " mobiles ", parce que l'élève les porte avec lui, quelle que soit l'école où il s'inscrit. En gros : on donne plus à celui qui en a besoin ; l'élève s'inscrit où il veut et on renforce la mixité sans la forcer. F.D. : Personnellement, je suis perplexe. Cette formule va surtout renforcer la concurrence entre écoles et augmenter encore le marchandage scolaire. Moi, je suis convaincue par les échanges entre établissements et enseignants d'un même bassin scolaire ( NDLR : un territoire géographique regroupant toutes les écoles). Cet après-midi, j'ai remis à des élèves de 5e et 6e technique et professionnelle leur attestation de réussite, car ils ont suivi, gratuitement, un stage d'immersion en néerlandais. Ils en veulent ! Ils ont voulu apprendre le néerlandais et ils l'ont appris, en dehors des cours, le mercredi après-midi, le samedi matin. A Bruxelles, 55 % des jeunes sont d'origine immigrée, et ils ont aussi de l'ambition ! Renforcer l'encadrement différencié, organiser l'étude dirigée, appuyer les écoles de devoirs... : nous devons persévérer. A vous entendre, Madame Bertieaux, on a l'impression qu'au fond vous n'aimez pas l'encadrement différencié ! F.B. : C'est quoi l'encadrement différencié défendu par la majorité PS-CDH ? Garder les mêmes élèves dans les mêmes écoles ! Quelle est la conséquence des décrets Arena et Dupont ? Justement aiguiser la concurrence scolaire ! F.D. : On s'est pris en pleine figure la dualisation entre les parents. Tout comme les tests Pisa. D'aucuns ont conclu que plus rien n'allait. Ce n'est pas vrai. En réalité, nos résultats étaient plombés par les nombreux élèves les plus faibles. A l'image d'autres pays qui, comme la Belgique, sont multilingues, ont une forte population immigrée, où l'enseignement est peu centralisé, et où il n'y a pas de tronc commun maximum ( NDLR : même enseignement pour tous les élèves). Mais nous en avons tiré des enseignements : éviter au maximum le redoublement, se concentrer sur le début du primaire, mettre en place un tronc commun le plus long possible, revaloriser le technique et le professionnel, travailler par bassins scolaires. En cinq ans, je vous l'assure, beaucoup de choses ont changé. F.B. : Non ! Comme je le disais, le PS s'attribue un excellent bulletin... Hors pas moins de 11 décrets ont été votés lors de la dernière séance parlementaire. Dont l'encadrement différencié, mais les investissements financiers n'ont pas encore été faits : on prévoit d'y affecter 40 millions d'euros, dans un budget qui devra être ajusté à la baisse. En février dernier déjà, le ministre du Budget prévenait qu'il y aura une baisse de recettes de 400 millions d'euros pour la Communauté française. Lors de la prochaine législature, tout le monde devra donc revoir les crédits. Même chose pour les bassins scolaires. Le décret a été voté il y a trois semaines, mais rien sur le sujet pendant cinq ans. Rien non plus en ce qui concerne l'enseignement technique et professionnel... F.D. : Sous cette législature, à Bruxelles, la Région et la Communauté française ont rééquipé le technique ! F.D. : Ces décrets noircissent le tableau. Aujourd'hui, il y a plus d'air et de satisfaction qu'à la sortie de la précédente législature. Les actions ont été bien accueillies. Nous avons franchi des étapes ; il faut poursuivre le travail. F.B. : Comment pouvez-vous dire cela ? Les enquêtes de satisfaction auprès des enseignants ont été stoppées sous cette législature ! F.D. : Peut-on avancer ! En ce qui concerne les inscriptions scolaires, par exemple. Il est clair que là il faut mettre en place un organe de centralisation. Nous devrons encore trouver la bonne formule, en se basant sur des données objectives, mais il s'agirait d'un lieu regroupant tous les acteurs et totalement transparent. Et, je le répète, réfléchir à un tronc commun le plus long possible. Plus le tronc commun est long, mieux on lutte contre les inégalités scolaires. F.B. : D'abord, pas question de centralisation ! Il faut donner une véritable autonomie aux directeurs d'école. Presque toutes les écoles du libre fonctionnent comme cela. Ce sont les directeurs qui sont les mieux placés pour savoir où affecter les moyens financiers et pour faire les choix les plus adaptés à leur public. Ils doivent aussi disposer de vraies compétences managériales : engager le prof qu'ils souhaitent, par exemple. Le rôle de la Communauté française doit se limiter à un tampon, un lien de proximité entre l'école et le politique. Autrement dit, coupons le cordon entre le politique et l'école. Point ! F.D. : Le directeur d'école est le pilote, OK. Lui confier des compétences managériales, OK aussi. Là où je suis plus réservée, c'est au niveau des exigences éducatives : chacun ne peut pas faire ce qu'il veut dans son coin ! F.B. : On sort d'une législature très dirigiste. On voit ce que ça donne... Actuellement, 1 000 enfants sont sans école, 2 000 ne sont pas encore inscrits et 1 000 n'ont pas décroché leur premier choix ! F.B. : En tout cas, si le MR obtient l'enseignement, notre première mesure sera d'abroger les décrets Inscriptions et Mixité, et revenir au décret Missions de 1997 : il prévoyait de sanctionner les directeurs qui refusaient abusivement des inscriptions d'élèves. Mais avec des mesures d'accompagnement ! Les directions d'école, les parents, le politique, les pouvoirs organisateurs seront consultés : faut-il établir des priorités, faut-il conserver l'adossement ( NDLR : entre écoles primaires et secondaires)... F.B. : Non. Ça veut dire quoi un tronc commun jusqu'à 14 ans ? C'est permettre au jeune de décrocher son CEB ( NDLR : 6e primaire) jusqu'à 14 ans ! Notre objectif doit être avoir son CEB à 12 ans. F.D. : Les pays qui ont un fort tronc commun obtiennent de meilleurs résultats, en termes de réussite et de lutte contre les inégalités ! F.D. : C'est clair, le statut des enseignants doit être revu. Il n'est plus possible de se former en trois ans. Ce n'est pas assez : les exigences ont augmenté, l'environnement a changé. La durée du cursus doit donc être allongé, jusqu'à cinq ans. Dès lors, il faudra mieux payer les profs. F.B. : Dans un premier temps, il serait bon de revoir la formation des profs, pour la rendre plus solide. Ils le disent eux-mêmes : ils ne sont pas prêts à affronter le terrain ; ils ne sont pas formés à la remédiation ni à l'enseignement du français langue étrangère... F.D. : Je vous arrête ! Vous ne pourrez pas y ajouter une paille. Lorsque j'étais à l'enseignement supérieur, j'ai revu leur formation initiale. On a fait le maximum. F.B. : Je l'ai déjà dit, la Communauté française devra opérer un réajustement de 400 millions d'euros. Augmenter le salaire des profs, c'est une promesse. F.D. : Nos positions se sont rapprochées : c'est aux écoles à trancher cette question. Il faut respecter les gens. F.B. : On n'en aurait même pas parlé, mais il a fallu que le CDH relance le débat. F.D. : En effet, il n'aurait pas surgi. Les directeurs ont bien travaillé, bien négocié. F.D. : Non, pas ça ? F.B. : Laissez-moi répondre. Les ados qui commettent des incivilités, de petits délits... finissent par être virés de l'école. S'ils persistent, à 18 ans, ils n'ont aucun diplôme et risquent de choisir une mauvaise voie. Le centre de resocialisation est un lieu où, durant une année maximum, on les resocialise et on les rescolarise aussi, pour qu'ils puissent reprendre le train en marche. Dans tous les cas, ce serait un libre choix consenti par le jeune, avec l'accord des parents. F.D. : Mais ces mécanismes existent déjà ! Pensons aux services d'accrochage scolaire, les équipes mobiles d'éducateurs, les associations de quartier... Ils font un boulot formidable. Ce n'est pas en excluant que l'on règle cette question, mais en misant sur la prévention et en y mettant les moyens ! F.B. : Oui, des parents ont démissionné face à leurs enfants. Des gosses arrivent le matin sans un pique-nique pour leur déjeuner ! Il faut leur rappeler leur devoir en leur infligeant, si nécessaire, des sanctions financières. F.B. : Aux allocations familiales, qui sont un droit de l'enfant, pas du parent. Elles pourraient être gérées par l'aide à la jeunesse. Pour s'assurer qu'elles sont bien affectées à l'enfant. F.D. : Ce que vous proposez, c'est sanctionner les familles les plus pauvres. Supprimez les allocations familiales, et après : comment vont-elles payer le loyer ? C'est ça la réalité, Madame Bertieaux. Ces familles font du mieux qu'elles peuvent. Créer des ponts entre tous : famille, école, associations. Là on peut inclure, mais ne pas exclure. Et aussi rendre l'école maternelle et primaire réellement gratuite. F.B. : Sur ce point, on est d'accord. L'école doit être réellement gratuite. F.B. : Non ! F.D. : Non ! Il y a manque d'écoles primaires à Bruxelles. Ce n'est pas une légende. Il faut en construire. Du coup, on va régionaliser ? Non ! Propos recueillis par Soraya Ghali