Une douzaine de jeunes, âgés de 15 à 17 ans, ont mené une expédition punitive spectaculaire contre l' athénée royal d'Alleur, le 5 février. Parmi eux, certains se sont montrés d'une violence saisissante, selon les témoins. Le meneur, entre autres, détruisait tout sur son passage en fusillant tout le monde du regard. D'après l'enquête, il s' agissait d'un règlement de compte avec des élèves de l'athénée. La violence dont les agresseurs ont fait preuve laisse tout de même perplexe.
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Une douzaine de jeunes, âgés de 15 à 17 ans, ont mené une expédition punitive spectaculaire contre l' athénée royal d'Alleur, le 5 février. Parmi eux, certains se sont montrés d'une violence saisissante, selon les témoins. Le meneur, entre autres, détruisait tout sur son passage en fusillant tout le monde du regard. D'après l'enquête, il s' agissait d'un règlement de compte avec des élèves de l'athénée. La violence dont les agresseurs ont fait preuve laisse tout de même perplexe. L'événement d' Alleur n'est pas sans rappeler l'agression au couteau d'un prof de l'école Don Bosco de Ghlin, fin septembre dernier, et celle du directeur de l'école Cousot, à Dinant, en 2007, pour ne citer que les plus médiatisées. Il y a quelques années, la région de Charleroi en particulier avait été victime d'une série impressionnante d'incendies volontaires de bâtiments scolaires. Dans tous les cas, les pyromanes étaient des mineurs d'âge, souvent issus de cités sociales. Ces faits - incendies, raids, agressions d'enseignants - révèlent une violence antiscolaire préoccupante. Pour les auteurs de ces délits, il s' agit de prendre l'école pour cible et de la saccager. Ils ne s'attaquent pas à un bâtiment scolaire et aux enseignants par hasard. Pour eux, l'école est une institution symbolisant l'autorité, comme le sont le commissariat de police ou le palais de justice. Mais celle-ci, à la différence des deux autres, ne fait l'objet d'aucune mesure de protection. Elle est, en outre, un milieu qu'ils connaissent et où ils ont leurs repères. Pour expliquer ce phénomène, le sociologue français François Dubet, spécialiste de l'école et de la violence des jeunes (1), évoque la révolte des " vaincus ". " Affirmer que les élèves sont libres et responsables de leurs actes, que l'école fait tout pour leur réussite, c'est rendre les individus coupables de leurs échecs puisque, justement, ils sont libres et égaux, déclarait-il déjà, en 2005, dans un numéro spécial du mensuel Sciences Humaines. Cet impératif du mérite menace à proprement parler le sujet, sa personnalité. Beaucoup de travaux montrent que ce que les élèves vivent le plus mal aujourd'hui, c'est la peur du mépris, de la relégation et finalement la perte d'estime de soi. " Une réaction à cette forme d'exclusion est la violence gratuite. Si l'école permet à la grande majorité des élèves de se construire, les ados " vaincus ", eux, se construisent contre l'école. Ils déclarent la guerre aux profs et au système, pour ne pas perdre la face. La tentation sécuritaire est grande pour résorber cette violence. Pourtant, transformer les écoles en forteresses ne résoudrait rien. La réponse à un phénomène de délinquance juvénile ne se révèle jamais simple. La dernière enquête Pisa (2007), qui compare les résultats des élèves dans les pays de l'OCDE, montre que l'école belge francophone est particulièrement inégalitaire et discriminatoire. La Communauté française enregistre le plus grand écart, parmi les pays industrialisés, entre les élèves les plus forts et les élèves les plus faibles. L'école en France n'est pas mieux lotie. Pour réduire le fossé, le Pr Dubet plaide pour une sorte de smic (l'équivalent français du minimex) scolaire. A la manière du système scandinave qui joue la carte d'un apprentissage commun jusqu' à l'âge de 16 ans. L'obsession des enseignants nordiques est que tous les élèves, y compris les plus faibles, partagent une culture commune. Tout un programmeà(1) L'Ecole des chances. Qu'est-ce qu'une école juste ?, par François Dubet. (Seuil, 2004).Thierry Denoël