Vendredi 23 janvier au matin. Le froid était à nouveau piquant. La pluie glaciale ne l'a pas découragé. Il est sorti de son appartement situé dans un quartier nouvellement bâti de Sinaai-Waas. Il n'y habitait que depuis le mois d'octobre. Les voisins ne le connaissaient pas et il ne connaissait pas les voisins. Il passait le plus clair de son temps assis devant son ordinateur. Dans la plupart des habitations familiales, les rideaux étaient déjà tirés. La plaine de jeu au coin de la rue était déserte. " Des enfants ont pulvérisé de la peinture verte pour graffiti sur mes cheveux. Alors, je les ai teints en roux ", avait-il expliqué à un collègue de travail, il y a quelques semaines.
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Vendredi 23 janvier au matin. Le froid était à nouveau piquant. La pluie glaciale ne l'a pas découragé. Il est sorti de son appartement situé dans un quartier nouvellement bâti de Sinaai-Waas. Il n'y habitait que depuis le mois d'octobre. Les voisins ne le connaissaient pas et il ne connaissait pas les voisins. Il passait le plus clair de son temps assis devant son ordinateur. Dans la plupart des habitations familiales, les rideaux étaient déjà tirés. La plaine de jeu au coin de la rue était déserte. " Des enfants ont pulvérisé de la peinture verte pour graffiti sur mes cheveux. Alors, je les ai teints en roux ", avait-il expliqué à un collègue de travail, il y a quelques semaines. Aujourd'hui, ses cheveux roux-orange étaient coupés court en mèches hérissées. Il avait le teint pâle. Des cernes sombres entouraient ses yeux. Il prit son vélo et se mit à rouler. Après le tournant, il passa devant la plaine de jeu de l'école gardienne Wijntje à Sinaai-Waas. Puis, plus loin, devant la crèche Het klein stationneke et la friterie 1000 appels. Il continua sa route le long de la villa Pyramide où le soir seulement, des lumières bleues et rouges illuminent les fenêtres. Il dépassa ensuite l'entrée du terrain industriel Van Remoortel, le grossiste en articles de décoration d'intérieur et d'art floral. C'est là qu'il avait travaillé dans l'entrepôt pendant un an après ses études d'assistant en pharmacie. En dehors de quelques propos étranges, voire incompréhensibles, il n'avait jamais dit grand-chose au boulot. Il parcourut les 18 km jusqu'à Termonde. Il portait un gilet pare-balles. Dans son sac à dos, il y avait au moins trois couteaux, un faux revolver, une hachette et un plan pris sur l'Internet. Sur ce plan figuraient trois adresses de crèches des environs de Dendermonde, marquées et numérotées de 1 à 3. Kinderdagverblijf Zonneschijn, Fabeltjesland, Peuterland. Trois crèches situées dans un rayon de 1 kilomètre environ. Peu après 10 heures, il pénétra dans la crèche Fabeltjesland par l'entrée latérale, une porte qui n'est utilisée que pour les enfants qui sont en retard. Fabeltjesland était en deuxième place sur sa liste. Il tira de son sac un couteau de vingt centimètres de long. Tante Marita Blindeman, une femme de 53 ans qui a déjà élevé des générations d'enfants à la crèche, fut la première personne qu'il rencontra. Il ne lui dit rien d'autre que " J'ai une petite question ". Puis, il lui planta le couteau dans la gorge. Les premiers bébés auxquels il s'attaqua dormaient dans leur petit lit. Il leur porta des coups de couteau dans la nuque. Ensuite, il se dirigea vers la pièce où jouaient des petits bambins à quatre pattes. Une des assistantes maternelles tenta de l'arrêter tandis que les autres s'enfuyaient emportant dans leurs bras des bébés qui hurlaient. Après quelques instants, des petits corps gisaient par terre, perdant leur sang et luttant contre la mort. Sur Netlog, Joyce, 16 ans, dont c'était le dernier jour de stage à Fabeltjesland, décrit les faits et son désespoir de ne pas avoir pu aider tous les enfants. L'horreur a commencé à 10 h. 05 Nous sommes calmement assises en train de jouer avec les petits Brusquement nous entendons des bruits de panique nous allons voir rita est couverte de sang hilde crie qu'il y a quelqu'un avec un couteau je mets le plus vite possible les petits dehors l'assassin vient dehors je peux m'encourir avec un enfant les autres restent sur place, impuissants. 10 h. 15 Le salaud continue tranquillement à frapper, J'appelle la police Ramène tous les enfants à l'intérieur et nous nous rassemblons 5 minutes plus tard la police est làDes petits sont mal en point Nous couvrons les blessures de chacun les opérer le plus vite possible Les policiers qui furent très vite sur place, se sont retrouvés dans un véritable enfer. Ils ne comprennent toujours pas comment l'homme dont la photo a paru dans les journaux, peut être l'auteur d'une telle horreur. " Quand on le voit comme ça, on lui donnerait le bon dieu sans confession ". Aujourd'hui encore, des policiers qui ont pourtant de nombreuses années de service à leur actif, fondent en larmes quand ils décrivent le spectacle atroce qu'ils ont vu. Quinze victimes étaient couchées sur le sol. Trois d'entre elles étaient mortes : Tante Marita, Korneel (9 mois) et Léon (6 mois). Dix autres bébés et deux assistantes maternelles durent être transportés dans différents hôpitaux de la province pour y faire soigner de profondes blessures. Un grand déploiement de police de 150 personnes s'est lancé à la recherche de l'assassin. Comme on ne savait pas avec certitude s'il allait encore frapper ailleurs, toutes les crèches des environs ont fait l'objet d'une surveillance supplémentaire. Les écoliers n'ont pas pu quitter les écoles pendant la pause de midi. Les parents dont l'enfant se trouvait à la crèche Fabeltjesland, ont afflué, en panique. Certains ont été accueillis dans le café Per Total. Ils ne pouvaient qu'espérer que leur enfant soit indemne. Dans le centre de crise, on leur a montré les photos des bébés faites dans les hôpitaux. Jamais des photos d'enfants n'ont été regardées avec autant d'angoisse. Vers midi, l'auteur a été repéré par un agent de police à vélo non loin de là, à Lebbeke. Le jeune homme s'est rendu sans violence. Il a refusé de décliner son identité et il n'avait pas de papiers d'identité sur lui. Le soir, dans tout le pays, les gens rentraient à la maison en serrant leur enfant contre eux. A Saint-Gilles-lez-Termonde (Sint-Gillis-Dendermonde), on faisait la file chez Frietland. " Pas une mère dans ce village n'a envie de faire la cuisine ce soir ", dit A., une femme dont la fille avait été chez Tante Marita à la crèche. " Nous devons continuer, dit-elle. Nous devons surmonter notre peur. "Deux garçons de 16 ans assis dans la plaine de jeu, regardaient l'immeuble de Fabeltjesland isolé par du ruban de police. Il y avait encore de la lumière à l'intérieur. Les petites chaises aux couleurs vives étaient tristement vides. Les garçons ont dit qu'ils avaient aussi eu peur quand ils avaient entendu que l'assassin était encore en liberté. C'était vendredi soir. Dans le hall de sport, il y avait peu de monde pour un vendredi. Personne ne comprenait ce qui avait animé l'auteur de ce carnage mais chacun réalisait à quel point le sort pouvait frapper vite. " Nous devons garder notre calme, dit encore A. Les parents de ce jeune homme sont aussi des êtres humains. "Le dimanche, 8 000 personnes ont formé un cortège silencieux et marché dans les rues de Sint-Gillis-Waas. Ils se serraient la main sans rien dire. Tout le monde avait froid. Ils avançaient en rangs serrés. Au milieu de gens en pleurs, un enfant a déposé une petite lettre devant la crèche. " J'espère que les petits bébés ont eu une belle vie. C'est dommage pour eux. "On raconte que Kim De Gelder se serait maquillé en blanc et aurait entouré ses yeux de noir. Ces détails n'ont cependant pas été confirmés par le procureur Christian De Four. " Au moment de son arrestation, il n'était pas maquillé. Mais il y avait bien du maquillage dans son sac à dos ", a déclaré lundi le procureur du Roi Christian Du Four. Selon un nombre croissant de rumeurs, Kim De Gelder se serait laissé inspirer par le personnage The Joker dans le film Batman The Dark Night. Surtout lorsqu'il est apparu que pendant les premières heures de son interrogatoire, il n'a pas cessé de rire. Par ailleurs, le jour de la tuerie, cela faisait un an et une nuit que l'acteur qui joue The Joker, Heath Ledger, était décédé. Et on a commencé à faire des anagrammes. Gelder-Ledger. Le père de Ledger s'appelle aussi Kim. On peut citer de nombreuses sources d'inspiration pour expliquer l'aspect extérieur que s'était donné Kim De Gelder ce vendredi 23 janvier : gothic, metallic, images de jeux vidéo ou films d'horreur. On admet généralement qu'un tueur en série qui procède aussi soigneusement, exécute ses fantasmes. " Il les "joue" et interprète dans la réalité l'histoire qu'il a dans la tête ", nous a expliqué l'ancien agent du FBI Roy Hazelwood lorsque nous lui avons parlé, il y a quelques mois lors d'un congrès sur le profilage des tueurs en série. " Un individu peut avoir des fantasmes très très sombres et ne jamais commettre un crime. Nous ne connaîtrons donc jamais les fantasmes d'une telle personne. " Nous ne savons provisoirement pas quels sont ceux de Kim De Gelder. Ses anciens camarades de classe le décrivent comme un garçon calme, gentil mais renfermé, replié sur lui-même. " C'était un étudiant moyen mais extrêmement bon en math. "Stéphanie prenait tous les jours le bus de Eksaarde/Sinaai avec lui pour aller à Saint-Nicolas (Sint-Niklaas) où elle fréquentait comme lui l'Institut Sint-Carolus. " Il restait toujours debout dans le bus. Il se tenait à une barre et ne parlait pas. " " Il était toujours en train de jouer aux cartes ", dit une autre étudiante. Des membres de la famille le décrivent comme renfermé et introverti. Il a grandi à Eksaarde, dans une belle villa avec un petit étang. Il a été chez les scouts (K.S.A., organisation catholique) jusqu'à 9 ans. Il avait l'air d'une fille et ses longs cheveux lui donnaient l'allure d'un poète romantique. Aîné de trois enfants, il a un frère de 17 ans et une s£ur de 13 ans. Sa mère est infirmière dans une institution pour handicapés, son père travaille pour une compagnie des eaux. Il a grandi dans un foyer chaleureux. Après ses études d'assistant technique en pharmacie à l'Institut technique Saint-Nicolas, au cours desquelles il a fait un excellent stage chez un pharmacien, il s'est inscrit en 2006 à la Katholieke Hogeschool Sint-Lieven à Saint-Nicolas où il a suivi des cours pour devenir infirmier. Le 12 mars 2007, il s'est fait rayer de la liste des étudiants. Il n'avait pas réussi ses examens semestriels. Il est alors allé travailler chez Van Remoortel en tant que manutentionnaire. Il y est resté un an jusqu'à ce qu'il donne brusquement sa démission deux semaines avant sa virée meurtrière. Lorsqu'il est entré dans l'entreprise, il avait déjà les cheveux coupés court, selon ses collègues. Ils ont trouvé bizarre qu'au début du mois de décembre, ses cheveux étaient teints en roux-orange. Selon un de ses collègues, Kim lui a raconté de temps en temps quelque chose à propos des films d'horreur qu'il regardait. Il aimait jouer à des jeux d'ordinateur, disent ses connaissances. Il était connu dans les magasins de jeux informatiques Gamemania de Saint-Nicolas et de Termonde. " Chez nous, il venait en général demander des renseignements, dit Kevin, de Termonde. Mais concernant des jeux classiques comme Tony Hawk, une vidéo de skateboard. " Dans le magasin Gamemania de Saint-Nicolas, ils ont le fichier client de Kim De Gelder. Mais il ne comporte rien de spectaculaire ou d'inquiétant. Son fichier contient trois titres : Tony Hawk, Motorstorm et Dragonball, achetés en mai 2008 avec les bons qu'il avait reçus pour la vente de sa vieille PlayStation 1. En octobre 2008, il a quitté la maison familiale pour s'installer dans un bel appartement de coin dans Sinaai. Il ne l'a pas aménagé. Les murs étaient nus. Il y avait une planche à repasser, une télé, un aspirateur bleu, quelques boîtes, un lit et deux haltères pour faire des exercices. L'appartement avait deux chambres à coucher. Selon les voisins, Kim n'aurait jamais eu de visite. Les enquêteurs examinent à présent le contenu de son ordinateur. Il n'est pas connu des services de police. Il ne buvait pas, ne consommait ni drogues ni médicaments. Il ne sortait jamais, ont ajouté ses connaissances. Car il n'avait pas de vrais amis. Lorsque le procureur du Roi a déclaré vendredi après l'arrestation de Kim De Gelder que l'auteur de la tuerie de la crèche n'avait pas agi sous l'influence de drogues ou d'alcool, d'aucuns ont trouvé ce fait inquiétant. Il s'avère qu'à 15 ans, il a subi une dépression grave et qu'un psychiatre, malgré la demande de ses parents inquiets de sa propension à entendre des voix n'aurait pas jugé bon de l'interner. Il avait alors 18 ans. Autre élément encore plus inquiétant : on a confirmé lundi qu'il y a des liens très étroits entre Kim De Gelder et le meurtre non résolu d'une femme âgée de Beveren (en Flandre orientale). Des sources fiables confirment qu'on a trouvé du matériel ADN de Kim De Gelder dans la maison de la femme assassinée. " Il y a de solides indices qui désignent Kim De Gelder comme responsable de ce meurtre ", a déclaré le procureur du Roi Christian Du Four. Mais il n'a pas confirmé la présence de l'ADN. Le 16 janvier, on a retrouvé dans l'idyllique fermette de la Galgstraat, le corps sans vie de Elza Van Raemdonk (73 ans). Elle avait été assassinée à coups de couteau dans sa chambre à coucher. Au moment des faits, son mari était en visite chez les voisins. Rien n'avait été dérobé dans la maison. Un voisin aurait vu quelqu'un s'en aller à vélo. C'était le vendredi précédent celui du massacre des enfants. Deux vendredis, deux week-ends dés£uvrés en perspective. Le procureur du Roi Du Four fait référence à cette concordance : l'usage de l'arme est comparable et cela s'est aussi passé un vendredi. Pendant plusieurs jours, Kim De Gelder a refusé de parler avec les enquêteurs. Il a aussi refusé toute nourriture. Dans la prison de Bruges où il a été incarcéré, il a reçu une perfusion. Lundi, il a commencé à s'exprimer quelque peu. Le parquet a lancé un appel à témoins et ouvert une ligne de téléphone à cet effet, cherchant à obtenir le plus possible d'informations sur les deux faits. Me Jaak Haentjens a été désigné comme avocat de Kim De Gelder. Le bâtonnier Edward Pieters s'était entretenu avec différents avocats mais pour la plupart d'entre eux la défense de l'assassin posait des problèmes de conscience. Jaak Haentjens a vu les parents de Kim De Gelder. " Ils sont extrêmement choqués et expriment leur compassion pour les victimes. " A. L.