Le rendez-vous a été fixé à 11 heures sur le parvis de l'église Sint- Jacobs, édifice dont les lignes hétéroclites témoignent de 900 ans d'architecture religieuse chaotique dans la ville au confluent de la Lys et de l'Escaut. Pas rancunier pour un sou quant à ces petits arrangements stylistiques avec la foi, un ciel bienveillant fait tout ce qu'il peut pour retenir une pluie avide d'en découdre avec la poussière du pavé inégal. A peine est-on arrivé sur place que le téléphone vibre dans la poche. " Sonner à la sacristie en face de la friterie ", indique l'écran. Impossible de ne pas sourire à la lecture de cette missive emblématique des noces du sacré et du profane chez Koenraad Tinel (1934, Gand). Une pression du doigt plus tard, la silhouette du sculpteur se découpe dans l'embrasure de la porte en bois. Octogénaire, cet homme-là ? Difficile à croire. Avec son jeans et sa chemise blanche col Mao, on lui donne vingt ans de moins. Les jambes ancrées et le torse puissant disent un être désireux de confronter ses muscles à la matière - jusqu'à 55 ans, Tinel disposait de sa propre fonderie et coulait tout seul des pièces atteignant jusqu'à 170 kilos. Il y a aussi ce regard clair, à la fois franc et espiègle, qui transperce l'interlocuteur derrière des sourcils en broussaille.
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