Faut-il envisager les beaux jours comme une concurrence déloyale ? Si les musées sont désertés quand le soleil brille, comme les salles obscures, il y a fort à parier que certains conservateurs ont les anticyclones en horreur. Bonne nouvelle : l'été est devenu période à laquelle plein air et art se réconcilient à la faveur de propositions qui réinventent le concept de cimaise. En voici neuf, en Belgique, qui valent vraiment le détour.
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Faut-il envisager les beaux jours comme une concurrence déloyale ? Si les musées sont désertés quand le soleil brille, comme les salles obscures, il y a fort à parier que certains conservateurs ont les anticyclones en horreur. Bonne nouvelle : l'été est devenu période à laquelle plein air et art se réconcilient à la faveur de propositions qui réinventent le concept de cimaise. En voici neuf, en Belgique, qui valent vraiment le détour. A Bruxelles, l'Espace européen pour la sculpture est un classique de la découverte outdoor. Situé dans le très verdoyant parc Tournay-Solvay, ce jardin apaisant est régulièrement placé sous le signe des différentes présidences du Conseil de l'Union européenne. Cette année, c'est au tour de la Finlande de prendre les rênes pour y exposer un artiste significatif : Antti Laitinen (1975). Repéré lors de l'édition 2013 de la Biennale de Venise, ce talent né à Raahe s'est fait connaître en raison d'une filiation revendiquée avec le land art ainsi que par le biais de performances engagées qui se tiennent loin de l'idéalisation romantique des éléments naturels. A Boitsfort, Laitinen lève le voile sur Broken Landscape, une sculpture qui se découpe sous la forme d'un arbre reconstitué au moyen de tiges de métal. L'oeil perd ses repères face à ces étranges prothèses qui dessinent un ersatz de végétation semblant flotter au-dessus du sol. Fused with nature, un intitulé qui en dit long, donne également à voir Untitled, un tronc recouvert de clous, et une série de vidéos disséminées au fil de ce rafraîchissant coin de verdure. Fused with Nature, Antti Laitinen, Parc Régional Tournay-Solvay, 201, chaussée de La Hulpe, à Bruxelles. www.eesculpture.be. Jusqu'au 29 septembre. Bruxelles propose Spaces in-between, une installation sculpturale composée de deux imposants disques réfléchissants troués en leur centre. Posée sur le terre-plein de l'avenue Franklin Roosevelt, cette pièce double fait face à la villa Empain qui est à l'origine de son existence dans l'espace public. L'ambition de l'artiste, Nadim Karam (1957) ? Susciter " une réflexion sur la relation entre Orient et Occident ". Spaces in-between, face au 67, avenue Franklin Roosevelt, à Bruxelles. Porte D. est une proposition poétique et émouvante cosignée par les plasticiennes Léa Mayer (1987) et Evelyne de Behr (1975). Implantée dans un quartier social d'Evere, cette pièce en plein air consiste en un chambranle de béton sur lequel les plus jeunes sont invités à consigner leur taille d'un trait de crayon et... à se retrouver chaque année pour mesurer le temps qui passe. Porte D., Mail de la Hacquenée - Quartier Destrier, à Evere. Le Domaine du château de Seneffe a programmé Code(s) et couleur(s). Cette exposition réunit dix artistes belges et européens - CyKlop, Dale Joseph Rowe, Erell, Mehsos, Mister Pee... - sous le soleil exactement. Le pitch est celui d'une mise au vert de l'art urbain à travers la recontextualisation de codes, de formes et de couleurs propres à la ville. Code(s) et couleur(s), exposition collective, Domaine du château de Seneffe, 7-9, rue Lucien Plasman, à Seneffe. www.chateaudeseneffe.be. Jusqu'au 11 novembre. La Biennale de photographie en Condroz, initiée par le centre culturel de Marchin et intitulée cette année Vibrer, panache images dévoilées en extérieur mais également exposées en serre, ferme, lieux publics et autres habitations privées. Le tout au fil de vingt accrochages qui réunissent des photographes belges et étrangers, de renommée ou émergents - dont Renaud Monfourny (1962), oeil qui a fait les beaux jours du magazine français Les Inrockuptibles et la granuleuse Marie Sordat (1976). Vibrer, Biennale de photographie en Condroz, villages de Grand-Marchin et d'Ossogne. www.biennaledephotographie.be. De 10 h à 19 h, tous les week-ends d'août et les jeudi 15 et vendredi 16 août. En temps normal, les amateurs d'air pur peuvent compter sur la programmation de Montauban-Buzenol, en plein coeur de la forêt gaumaise. Pour cause de peste porcine, le tracé est limité aux volumes de l'Espace Greisch et à ceux du bureau des forges qui proposent Y Croître, une exposition au propos inversé réunissant huit artistes soucieux de convier la nature luxuriante au sein de l'architecture. Une signalisation en plexiglas imaginée par l'artiste Nadia Kever trace un intéressant jeu de piste visuel en extérieur. Y Croître, exposition collective, CACLB, rue de Montauban, à Buzenol. www.caclb.be. Jusqu'au 25 août. A ne pas rater non plus, même s'il s'agit d'une oeuvre isolée : Mons vient tout juste d'inaugurer une sculpture monumentale de l'artiste français David Mesguich (1979). " Sculpture monumentale représentant une petite fille assise sur ses genoux. Des papillons virevoltant autour d'elle, elle tient dans ses mains une paire de ciseaux qu'elle est en train de casser. " Résumée de la sorte par le principal intéressé, Lucie et les papillons déroute en ce qu'elle s'érige au croisement de l'imagerie en trois dimensions et du modelage traditionnel. Le tout pour une réalisation qui n'est pas sans évoquer le glitch art, ce mouvement esthétique décalé qui fait son miel des erreurs numériques. Lucie et les papillons, David Mesguich, square Roosevelt, à Mons. Anvers et son Openluchtmuseum voor beeldhouwkunst Middelheim déroulent une collection de plus de cinquante sculptures - Guillaume Bijl, Erwin Wurm, Dan Graham, Ai Weiwei... Avec une exposition temporaire en guise de bonus. Le lieu fait place à They are looking at us, we are looking at them, à la gloire de la plasticienne Ria Pacquée (1954). L'Anversoise est sortie de sa zone de confort en adaptant une oeuvre, dont les contours reposent habituellement sur son propre corps, à un contexte de sculptures en plein air. Pour ce faire, Pacquée est restée en résidence pendant trente jours sur la petite île située au milieu du parc du musée. On aime le caisson à ciel ouvert qu'elle a imaginé comme un lieu de contemplation-décompression ou encore la série d'horloges apposées sur des troncs d'arbres, un dispositif qui n'est pas sans rappeler l'urgence climatique. They are looking at us, we are looking at them, Ria Pacquée, 61, Middelheimlaan, à Anvers. www.middelheimmuseum.be. Jusqu'au 22 septembre. La route de l'art des Maîtres flamands permet de découvrir à pied ou à vélo des oeuvres des xve, xvie et xviie siècles, sur leur lieu d'origine. Bien sûr, les tableaux en question s'abritent derrière des murs (églises, chapelles, cloîtres, béguinages ou châteaux)... mais c'est bien les cheveux au vent que l'on se rend d'une étape à l'autre.Maîtres flamands in situ, www.vlaamsemeestersinsitu.be.