Le Vif/L'Express : Pourquoi avoir attendu vos 29 ans pour défrayer la chronique sportive belge ?

Nicolas Colsaerts : Je pense avoir tout simplement franchi un cap dans ma discipline. On s'est intéressé à moi en Belgique à la suite de ma première victoire sur le circuit européen (" European Tour "), à l'Open de Chine, en avril 2011. En réalité, depuis 2010, j'ai stabilisé mon jeu et je suis devenu plus régulier. Je gère mieux les moments intenses, les " putts " notamment, là où les meilleurs font la différence. J'ai la chance d'avoir un bon " swing ". Je me suis rendu compte en terminant troisième au Volvo World Match Play Championship que je pouvais concurrencer les tout meilleurs mondiaux ; n'échouant qu'en demi-finale, en " mort subite ", face à l'Anglais Ian Poulter.
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Nicolas Colsaerts : Je pense avoir tout simplement franchi un cap dans ma discipline. On s'est intéressé à moi en Belgique à la suite de ma première victoire sur le circuit européen (" European Tour "), à l'Open de Chine, en avril 2011. En réalité, depuis 2010, j'ai stabilisé mon jeu et je suis devenu plus régulier. Je gère mieux les moments intenses, les " putts " notamment, là où les meilleurs font la différence. J'ai la chance d'avoir un bon " swing ". Je me suis rendu compte en terminant troisième au Volvo World Match Play Championship que je pouvais concurrencer les tout meilleurs mondiaux ; n'échouant qu'en demi-finale, en " mort subite ", face à l'Anglais Ian Poulter. J'ai toujours su que mon heure viendrait. J'étais déjà passé tout près d'une grande victoire en 2003, 2005 ou 2006. Le truc en golf, c'est que si les choses n'arrivent pas par hasard, il faut une concordance d'éléments pour que tout cela se mette harmonieusement en place et se traduise en succès. Nous nous retrouvons aujourd'hui à la 64e place du classement mondial et qualifiés pour le " World Golf Championship " (Arizona) en match play. Si je suis performant, c'est parce que je suis encadré par une équipe qui participe très largement à mes succès. Il y a mon coach technique Michel Vanmeerbeek, qui me suit depuis que j'ai 8 ans, mon manager Vincent Borremans, qui s'occupe de tout et est mon confident. Mon staff compte également le joueur Jérôme Theunis, mon caddy Brian Nilsson ainsi qu'une équipe pour l'encadrement physique, avec Richard Vanmeerbeek, le fils de Michel et spécialiste du CrossFit, Blaise Erpicum et le Dr Serge Balon-Perin. J'ai toujours eu la fibre sportive, mais je suis un joueur émotif. Et je suis très sensible à ce qui se passe autour de moi sur un parcours. Je joue à l'instinct. Beaucoup de choses se passent dans les yeux. La préparation physique est toutefois importante. Un tournoi, c'est cinq jours de stress avec plus ou moins 8 kilomètres parcourus par journée. Et quand on joue entre 35 à 40 semaines de tournoi par an, il y a lieu de se soigner. Je travaille ainsi le renforcement des jambes et de la ceinture abdominale. Il faut de surcroît savoir gérer le stress. Le fameux " dimanche " de compétition, il y a lieu d'être au top pour être capable de faire la différence dans les 30 derniers mètres. Il m'arrive ainsi de consulter un coach mental. La carrière ne dépasse guère plus les 45-50 ans. Le golf, c'est usant et très stressant : on le voit sur ma tronche, non ? Personne ! A 6 ans, j'ai eu l'occasion de tenir mon premier club en main. Ce fut une révélation. Mon père ne s'était lancé dans ce sport que quelques semaines à peine auparavant. C'était un hockeyeur, multiple champion de Belgique avec La Rasante notamment. Le sport a toujours baigné mon environnement familial. Mon grand-père a un passé olympique en water-polo. Et aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été adroit avec une balle, dès lors que j'avais un stick, un club ou une raquette en main. A 6 ans donc, j'ai découvert les greens à Boitsfort. A 12 ans, j'étais sûr que je ferais du golf mon métier même si j'adorais le hockey. Je prenais un plaisir fou à fréquenter les clubs du Zoute et du Waterloo. J'étais curieux de tout. Je posais plein de questions, j'observais les moindres détails... C'est exact, je n'ai pas peur d'en parler. J'ai aussi galéré. Il faut remettre les choses dans leur contexte. Le jour de mes 18 ans, je suis devenu joueur de golf professionnel en décrochant ma carte pour le circuit européen PGA. J'étais le 2e joueur le plus jeune de l'histoire à avoir obtenu ce statut et le précieux sésame. J'ai arrêté mes études pour courir le monde à tenter de me faire une place au soleil sur le circuit. Pas évident. J'ai connu des hauts et des bas en perdant et récupérant ma fameuse carte pour être admis sur le circuit pro. Ma vie était partagée entre les hôtels, les avions et les club house. Pas simple de digérer les déceptions quand les résultats n'étaient pas au rendez-vous. Le plus souvent seul, j'ai fait le con : belle vie, fêtes et mauvaises rencontres... J'habitais à Saint-Josse à quelques centaines de mètres du Mirano, haut lieu de la vie nocturne bruxelloise. Durant toute cette période, je gardais toutefois une forme de lucidité : " Mais qu'est-ce que je fous là ? " me disais-je entre deux sorties. La situation me glissait entre les mains certes, mais je savais que j'avais le golf dans le sang et que j'émergerais. Oui. Moi, le fils unique, j'ai pu m'appuyer sur des parents aimants. Ils m'ont toujours soutenu. Je n'ai jamais manqué de rien au cours de ma jeunesse, même si je n'ai pas connu la vie de château ! Bruxelles, c'est chez moi ! Je peux jouer le taximan sans peine. Je m'y ressource vraiment, moi qui me balade toute l'année sur des billards verts, dans des cadres exceptionnels. J'adore autant flâner du côté de la place du Jeu de balle que revoir mes potes hockeyeurs. En Belgique, on a un sens de l'humour aiguisé. Grâce aux Poelvoorde, Damiens et autres acteurs bien de chez nous, moi " le Belge " du circuit européen, j'ai bonne presse à l'étranger. J'adore évoquer la Belgian Touch... Non et je le regrette. Je me souviens avec nostalgie du dernier Open de Belgique disputé en 2000 et pour lequel j'avais reçu une " wild card ". Nous n'avons malheureusement ni les moyens, ni la structure, ni les infrastructures pour accueillir une étape du circuit européen chez nous. Si je reviens régulièrement et avec plaisir au Royal Waterloo Golf Club, je ne peux m'y entraîner " sérieusement " en vue d'une compétition, car le parcours ne correspond plus aux profils proposés et homologués en circuit international. On est très bien avec ce que l'on a. Nous connaissons beaucoup de monde en Belgique et nous avons aujourd'hui le loisir de pouvoir choisir soigneusement nos partenaires. La plupart viennent de l'étranger. Je n'ai jamais joué pour le pognon mais, c'est vrai, je gagne bien ma vie. Cela n'a pas toujours été le cas. Une saison sur le circuit pro coûte entre 150 000 et 200 000 euros. Il faut rétribuer mon team, payer les hôtels, les billets d'avion, déduire les impôts... Cela fait dix ans qu'on est occupé à se débrouiller. L'an passé, mes gains sur le circuit ont atteint 1,1 million d'euros. Au final, de 20 à 25 % de cette somme me revient. Je peux vous assurer que je n'ai pas 3 millions d'euros qui dorment sur mon compte ! C'est une des valeurs des Anglo-Saxons. C'est Michael Jordan, Ayrton Senna... Malgré ses déboires, il y a quelques années, il reste le golfeur de référence. C'est le seul type dont on montre des images même quand il joue mal. C'est assez lourd. Il y a de l'argent en jeu. Mais cela reste sport relativement fair-play. Il n'y a pas beaucoup de coups bas. Et quand il y en a, cela se règle entre joueurs. Non, plus maintenant, en raison des contrôles. Oui. Mais le golf est un sport d'adresse qui ne se prête pas au dopage à l'état pur. Ingurgiter de la créatine ne va pas vous permettre d'envoyer des " buses " à 300 mètres. C'est un don que l'on a ou que l'on n'a pas. Oui, les paris existent. Mais nous, nous ne pouvons pas parier, ni les joueurs, ni les caddies, ni l'entourage. Par contre, il arrive souvent que des espèces de " scout " soient présents pour recueillir des informations sur les joueurs et les relayer à leurs clients. Non, parce que je suis fier d'être belge, malgré le fait que j'aimerais mieux parler le néerlandais (ma mère vient de Beersel et, à l'origine, elle est flamande). Cela dit, je n'ai pas vraiment le temps de jouer à l'ambassadeur. Ma motivation première est d'être performant. Cela se passe très bien. Depuis deux ans, nous avons plutôt une bonne presse. Surtout, nous avons une histoire qui plaît tant aux personnes plus conservatrices qu'à celles qui sont plus rock'n'roll. Je ne supporterais pas d'être un " bête peï " qui raconte son sport, parcours après parcours, et qui endort tout le monde. Mais ce n'est pas trop mon genre non plus de rechercher l'avant de la scène. Je ne suis pas un grand leader. J'aime que les gens se rendent compte de ce que je fais sans devoir le leur expliquer. C'est assez difficile. J'aimerais. Voir un gamin de 8 ans qui vous accueille dans un club en Belgique avec un sourire grand comme ça, cela n'a pas de prix. C'est assez flatteur de considérer qu'il vous voit comme un dieu. Il n'y a pas vraiment de golfeurs en Belgique qui, moi, m'ont fait rêver. Je me levais le dimanche matin à 7 heures pour regarder L'Heure du golf sur France 3, que je ratais moins fréquemment que Nouba Nouba. C'est pour cette raison que l'on essaie de monter une exhibition en Belgique : pour les jeunes. Ce serait criminel de ne pas renvoyer un minimum l'ascenseur. C'est le melting-pot de la Belgique : les différentes communautés, langues, villes, Anvers, Gand, Liège... Et puis Bruxelles, avec l'Union européenne. On peut difficilement rencontrer plus de cultures qu'à Bruxelles. On est beaucoup plus exposé que les Français à la culture anglo-saxonne. C'est une ouverture, une différence et un atout par rapport à d'autres pays. Faire partie des 50 premiers mondiaux. A partir de là, on rentre dans quasi 100 % des tournois. A court ou moyen terme, ce serait de remporter un tournoi par an. A long terme, ce serait de gagner un " Majeur " [NDLR : un des 4 tournois les plus prestigieux, le Masters d'Augusta aux Etats-Unis, l'Open américain, l'Open britannique et le championnat de la PGA qui a lieu aux Etats-Unis] ou de jouer la Ryder Cup [NDLR : qui oppose chaque année les Etats-Unis à l'Europe]. Cela demandera beaucoup de boulot et beaucoup de patience. Une bonne étoile me suit depuis deux ans. Donc, si on ne s'en moque pas, il n'y a pas de raison qu'elle ne reste pas là pendant un petit bout de temps... PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE CHARLIER ET GÉRALD PAPY PHOTOS : FRÉDÉRIC PAUWELS/HUMA" Petit, je me levais le dimanche à 7 heures pour regarder L'Heure du golf sur France 3 "" Pas simple de digérer les déceptions quand les résultats n'étaient pas au rendez-vous. Le plus souvent seul, j'ai fait le con "