Kanal: ce "musée" a tout du saut périlleux dans le vide en ce qu'il s'est fixé un horizon impossible: expérimenter à plein régime et s' offrir à un large public. Une utopie? Sans aucun doute mais de celles qui valent la peine. La deuxième partie de la carte blanche offerte à John M. Armleder (Genève, 1948) en témoigne avec panache. Le...

Kanal: ce "musée" a tout du saut périlleux dans le vide en ce qu'il s'est fixé un horizon impossible: expérimenter à plein régime et s' offrir à un large public. Une utopie? Sans aucun doute mais de celles qui valent la peine. La deuxième partie de la carte blanche offerte à John M. Armleder (Genève, 1948) en témoigne avec panache. Le plasticien suisse y célèbre le mouvement sur lequel il s'est construit: Fluxus. Lancée dans les années 1960 par George Maciunas, cette mouvance sape le fétichisme qui entache notre rapport à l'art. C'est l'évidence: il est bel et bien mort le tableau qui, coupé du processus de création dont il émane, pend au mur. En lieu et place, Fluxus entend valoriser le flux vital, la circulation des énergies, l'échange entre les artistes. Le monde à l'arrêt tel que nous le vivons est une belle opportunité pour remettre à l'avant-plan ces pratiques qui tournent le dos à la marchandisation. C'est donc avec beaucoup d'à-propos qu'Armleder aligne une quinzaine de flux boxes, boîtes-oeuvres qui concentrent le regard sur le monde de leurs créateurs. Ainsi de cette mordante Optimistic Box n°1, de Robert Filliou, qui révèle un pavé. A l'extérieur, on peut lire: "Remercions Dieu pour les armes modernes." A l'intérieur, une phrase répond de manière reconnaissante: "Nous ne nous lançons plus de pavés." Il est aussi question de Musical Chairs, un concert iconoclaste de Christian Marclay entonné par les textiles muets d'une cinquantaine d' assises. Sans oublier la séduction subversive d'un champignon laqué or de Sylvie Fleuri. L' objet pernicieux se tient entre le rituel initiatique et le conte pour enfants.