Tout Etat a le droit et le devoir de protéger ses citoyens. Il n'empêche : le 27 décembre dernier, en déclenchant l'opération Plomb durci, Ehud Barak, ministre israélien de la Défense, a déclenché une bien sale guerre. La débauche de violence, le règne de la terreur et la crise humanitaire endurés par les Palestiniens dans la bande de Gaza sont sans commune mesure avec les tirs de missiles du Hamas sur les villes du sud d'Israël. Tout porte à croire que le leader travailliste a cédé sans gloire à un calcul politicien à courte vue. A la veille des élections du 10 février, Barak a ainsi offert à s...

Tout Etat a le droit et le devoir de protéger ses citoyens. Il n'empêche : le 27 décembre dernier, en déclenchant l'opération Plomb durci, Ehud Barak, ministre israélien de la Défense, a déclenché une bien sale guerre. La débauche de violence, le règne de la terreur et la crise humanitaire endurés par les Palestiniens dans la bande de Gaza sont sans commune mesure avec les tirs de missiles du Hamas sur les villes du sud d'Israël. Tout porte à croire que le leader travailliste a cédé sans gloire à un calcul politicien à courte vue. A la veille des élections du 10 février, Barak a ainsi offert à son parti une remontée inespérée dans les sondages. Dans la période d'instabilité politique que le pays traverse depuis la mort de Yitzhak Rabin (1995), cet ancien soldat a laissé les coudées franches à ses ex-collègues qui considèrent que la survie de l'Etat hébreu est tributaire de l'action militaire. A tort. La mauvaise conscience liée à l'Holocauste ne peut dispenser la communauté internationale d'esprit critique à l'égard d'Israël. Cela n'exempte pas les Palestiniens de toute responsabilité, même s'il ne s'agit pas d'un " jeu " à somme nulle. Le plus faible n'a pas forcément raison. Ainsi, la terrible vague d'attentats-suicides des années 2001-2003 a porté atteinte à la légitimité de la cause palestinienne. Plus récemment, en décembre dernier, le Hamas a cédé à la provocation et joué la carte du pire en reprenant les tirs de roquette, en guise de riposte à la violation de la trêve par Israël le 4 novembre. Enfin, la communauté internationale a raté l'occasion de peser politiquement sur le cours des événements quand il apparaissait de plus en plus clairement, voici quelques semaines, que la trêve entre le Hamas et Israël risquait de ne pas être reconduite. Mais, dès janvier 2006, face aux résultats des élections palestiniennes, les Européens ont fait la démonstration de leur mauvaise connaissance du terrain, en exigeant du Hamas victorieux qu'il reconnaisse l'Etat d'Israël sans condition. Résultat : prochainement, l'Etat juif viendra sans doute à bout du Hamas. Sa victoire sera militaire, mais pas politique. En fin de compte, tout le monde aura perdu. Par son offensive disproportionnée et son jusqu'au-boutisme, Israël aura contribué à une radicalisation de ce mouvement politique aux pratiques terroristes. Pis, il aura favorisé l'émergence probable de mouvances plus extrémistes encore, à ses frontières età bien au-delà. Actes antisémites et manifestations propalestiniennes se multiplient dans le monde. Dans un tel contexte, on a mal compris l'appel du comité de coordination des organisations juives de Belgique à manifester, ce mercredi 7 janvier, devant l'ambassade d'Iran, contre " le régime iranien et son bras armé à Gaza, le Hamas ". De telles initiatives diabolisent les musulmans et alimentent la haine du juif. Un véritable cessez-le-feu dans la bande de Gaza et un peu de sang-froid partout ailleurs s'imposent pour mettre fin à ce climat pourri. Rédactrice en chef