Chacun ses rêves d'enfant. Des fillettes s'imaginent infirmières ou ballerines. Des gamins se voient astronautes ou pompiers. Jean-Marc Delizée, lui, c'était prof de flamand. Il l'a dit dès ses 9 ans, à un inspecteur en visite à l'école de Oignies-en-Thiérache, dans le sud de la province de Namur, qui lui demandait : quel métier veux-tu faire ?
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Chacun ses rêves d'enfant. Des fillettes s'imaginent infirmières ou ballerines. Des gamins se voient astronautes ou pompiers. Jean-Marc Delizée, lui, c'était prof de flamand. Il l'a dit dès ses 9 ans, à un inspecteur en visite à l'école de Oignies-en-Thiérache, dans le sud de la province de Namur, qui lui demandait : quel métier veux-tu faire ? L'enfant a grandi. Il a étudié les langues germaniques, a consacré un mémoire à la Volksunie. Il n'est pas devenu professeur de néerlandais, mais député du Parti socialiste. Une carrière parlementaire entamée il y a dix-neuf ans, interrompue par deux mandats de secrétaire d'Etat, en charge de la Lutte contre la pauvreté, puis des Personnes handicapées. Au printemps 2011, en pleine crise politique, Jean-Marc Delizée a pris la plume. " On ne voyait pas la sortie du tunnel. On subissait le jeu manipulateur de Bart De Wever. J'ai voulu le contredire, notamment sur cette idée que Flamands et Wallons n'auraient plus rien en commun. " Le résultat vient de paraître. Jean-Marc Delizée : La personne qui m'a initié au néerlandais, c'est un vieil Anversois, venu habiter dans notre village de Oignies. J'allais chez lui pendant les vacances. Il m'apprenait à conjuguer les verbes, à compter. Il m'a perturbé car il disait gij ou wij, là où à l'école on m'avait appris je ou we. Je commençais mes lettres en écrivant geachte meneer, et il me corrigeait : mijnheer. Oui. Au départ, j'avais intitulé mon livre Déclaration d'amour à la langue néerlandaise. Lorsque je suis devenu secrétaire d'Etat, en 2008, Elio Di Rupo a dit de moi à la radio : il est parfait bilingue. Ouh là, quelle pression ! Suis-je parfait bilingue ? Non. J'ai une connaissance scolaire. Melchior Wathelet et Charles Michel, eux, ont fait de l'immersion dans leur jeunesse. Cela s'entend, au niveau de la qualité de l'expression orale. Mais je garde l'envie de m'améliorer. J'ai souvent remplacé Laurette Onkelinx à des conseils européens : j'écoutais les délégués néerlandais, allemands et autrichiens dans leur langue, sans m'aider de la traduction simultanée. Pour m'exercer. Mais non, ce n'est pas laid ! Il y a beaucoup de préjugés sur le néerlandais. J'entends des gens dire : le néerlandais, chez moi, ça n'entre pas, je suis bloqué. C'est un peu stupide. Il n'y a pas de raison. Oui, je pense. Les francophones se sont complu dans la facilité : on parle français, les autres n'ont qu'à s'adapter. Dommage. Je me souviens d'Elio Di Rupo au milieu des années 1990. Quand il lisait des textes en néerlandais, c'était épouvantable. Les députés flamands, Vlaams Blok en tête, le raillaient. Par la suite, il a fait beaucoup d'efforts, en secret, et à son retour au fédéral, en 2003, on a constaté de grands progrès. Mais commencer si tard, ce n'est pas facile. Surtout si on souffre d'un problème d'ouïe, comme lui. En net progrès. Continue, Elio, tu es sur la bonne voie ! Je soutiens tout ce qui favorise les échanges avec la Flandre. Il faut ouvrir les oreilles des Wallons aux langues étrangères. Et quand on les ouvre au néerlandais, on les ouvre aussi pour l'anglais, l'allemand et l'espagnol. ENTRETIEN : FRANÇOIS BRABANT