Lorsque Dieudonné et Alain Soral, ex-FN, ont lancé leur campagne " antisioniste " au traditionnel congrès de printemps de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), ils ont reçu le soutien de Tariq Ramadan, figure de proue des Frères musulmans. Après avoir entortillé les laïques français, les chrétiens de gauche et les altermondialistes, l'actuel conseiller - controversé - de la municipalité de Rotterdam s'est hasardé en eaux troubles.
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Lorsque Dieudonné et Alain Soral, ex-FN, ont lancé leur campagne " antisioniste " au traditionnel congrès de printemps de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), ils ont reçu le soutien de Tariq Ramadan, figure de proue des Frères musulmans. Après avoir entortillé les laïques français, les chrétiens de gauche et les altermondialistes, l'actuel conseiller - controversé - de la municipalité de Rotterdam s'est hasardé en eaux troubles. Car son nouveau poulain, Dieudonné, 42 ans, né d'une mère française et d'un père camerounais, issu de la classe moyenne, sent le soufre. Depuis qu'en 2000 son projet de film sur l'esclavage a été refusé par une commission de sélection truffée, disait-il, de " sionistes ", l'humoriste donne libre cours à un brûlant ressentiment qu'il qualifie d' " antisionisme ", faux nez de l'antisémitisme le plus plat. Le ralliement de Ramadan ne tient pas du hasard : il symbolise une convergence de plus en plus forte entre les thèses d'un islamisme qui se veut encore policé et la révolte qui gronde dans les banlieues du monde, les proches et les lointaines. Dieudonné vient de la gauche alternative et va vers l'extrême droite. Une évolution qui guette une partie de la gauche radicale ? Dieudonné se trouve en phase avec le président iranien Ahmad Ahmadinejad, dont le discours d'ouverture à la conférence de Durban II, à Genève, le 20 avril, a fait un tabac sur le Net. Rien d'étonnant à cela. Les " listes antisionistes " que Dieudonné espère présenter aux élections européennes sont, en réalité, un décalque du minusculissime Parti Anti Sioniste (PAS) fondé par le président de la Fédération chiite de France, Yahia Gouasmi. Dieudonné s'est rendu à deux reprises à Téhéran, en 2006 et 2007, et il ne cache pas son admiration pour Ahmadinejad ( lire en page 35). Qu'elle ait ou non été l'£uvre d'un " fou ", la diatribe du président a marqué les esprits. Son appel à la justice universelle, sa dénonciation obsessionnelle des Etats-Unis et de l'Etat d'Israël ont été applaudis, de l'extrême gauche à l'extrême droite. Un beau coup pour l'appareil de propagande iranien, qui n'a pas attendu cette occasion pour se manifester en Belgique. En 1986, notre pays avait expulsé des diplomates iraniens qui avaient incité la communauté marocaine à participer à la manifestation contre les bombardements américains sur Tripoli, en Libye, aux cris de " Allah Whakbar ". Ces images avaient choqué l'opinion publique. Celles de la manifestation anti-israélienne du 11 janvier dernier, avec sa mer de calicots à la gloire du Hezbollah et du Hamas, financés et armés par l'Iran, ont eu un effet identique. Après l'invasion de Gaza par l'armée israélienne, en riposte aux tirs de roquettes du Hamas, Bruxelles semble redevenue le terrain de prédilection des agitateurs de toutes obédiences. On estime le nombre de chiites en Belgique à 5 000 ou 6 000. Ils sont quiétistes ou politisés, Libanais ou originaires du Moyen-Orient, Marocains ou Belges séduits par la révolution khomeyniste de 1979. Indépendamment des orientations religieuses qui, pour certains, présentent des aspects plus modernes que le sunnisme, le versant politique chiite véhicule de vieux clichés antisémites, sur le mode du : " Les juifs tirent les ficelles du monde ". Sur la question d'Israël, il n'y a pas de demi-mesure : c'est la destruction qui est prônée, et non l'existence de deux Etats côte à côté. La banalisation du Hezbollah chiite (responsable de prises d'otage d'Occidentaux dans les années 1980 et qui a des élus au Parlement libanais) et celle du Hamas, toujours inscrit sur la liste des organisations terroristes de l'Union européenne, n'est pas un phénomène nouveau. Mais il s'affiche davantage. Le 15 décembre 2008, une conférence intitulée " Souffrance et résistance des prisonniers palestiniens " était organisée dans les locaux du Parlement fédéral par l'Union internationale des parlementaires pour la Palestine (IUPFP), à l'initiative du député Fouad Lasshaini (Ecolo). Le Collectif Dialogue & Partage, favorable à un rapprochement judéo-musulman et chien de garde de l'antisémitisme, avait pourtant tiré la sonnette d'alarme. Composée de 223 élus iraniens, de 28 Libanais (dont une moitié des chiites) et de cinq parlementaires européens, dont 3 Belges (Open VLD, Ecolo et PS), l'IUPFP se situe dans la ligne des mollahs, y compris sur la question israélo-palestinienne. Normal : ce sont eux qui ont créé cette " amicale " à Téhéran, en 2001. Mais alors que le 3e congrès de l'IUPFP s'était déjà tenu à Bruxelles, le 13 mai 2008, un député du Hezbollah et le directeur de la télévision Al-Manar (interdite en France à cause de ses programmes antisémites) ont encore eu droit à une tribune, ce 15 décembre-là. Surprise : dans les couloirs du Palais de la Nation, l'on pouvait croiser le Belgo-Libanais Dyab Abou Jahjah, ex-leader anversois de la Ligue arabe européenne (ALE). La cour d'appel d'Anvers l'a lavé de l'accusation d'incitation à l'émeute mais il est devenu, entre-temps, le " directeur international " de l'IUPFP. Abou Jahjah, qui prépare une thèse à l'UCL, a aussi été parmi les premiers signataires d'une pétition demandant le retrait " immédiat et inconditionnel " du Hamas de la liste européenne des organisations terroristes. Quant à la Ligue arabe européenne, elle n'a jamais aussi clairement annoncé la couleur que le 26 janvier 2009, lors d'une conférence de presse bruxelloise : " L'Etat d'Israël doit être démantelé. C'est un Etat artificiel, basé sur la terreur, l'oppression et la démagogie. " Ces prises de position ne sont pas innocentes. Lancée par Nadine Rosa-Rosso, ex-secrétaire générale du PTB (Parti du travail de Belgique), la pétition pro-Hamas est soutenue par des personnes marqués à l'extrême gauche (comme le journaliste Michel Collon), par des activistes musulmans et par des altermondialistes, dont le chanoine François Houtart, ou par l'atypique Jean Bricmont (UCL). A cette tentative d'absoudre le Hamas correspond le lobbying européen des défenseurs de l'Etat d'Israël qui, telle Nonie Darwish, Egyptienne élevée à Gaza, fille de " shahid " (martyr), dénonce l'enseignement de la haine dans les territoires palestiniens. Les points de contacts entre le marxisme laïque et autoritaire, le fondamentalisme musulman, le tiers-mondisme, l'extrême droite classique et la mémoire de l'esclavage et de la colonisation, symbolisée par le Mouvement des Indigènes de la République (auquel adhèrent Dieudonné et Ramadan), a de quoi donner le tournis. Le commun dénominateur de ces tendances est l' " anti-impérialisme " et un antisémitisme qui affleure sous le mot " antisionisme ". Les théories complotistes sont remises au goût du jour. Les amateurs du genre ne veulent pas croire, avec Thierry Meyssan (Réseau Voltaire) et les néonazis américains du site Altermedia, que les attentats du 11 septembre 2001 ont été commis et revendiqués par Al-Qaeda. Par qui, alors ? Suivez le regard. Cette grande soupe parano n'émerge sur la scène publique que par bouffées, notamment à l'occasion des déplacements de Dieudonné, que son statut d'homme de spectacle protège de la censure. Elle renforce le sentiment d'exclusion des jeunes qui dénoncent " la loi du silence " des grands médias et veulent marquer leur solidarité concrète avec les Palestiniens. Nordine Saïdi est de ceux-là. Avec Nadine Rosa-Rosso (ex-PTB) et des anciens du Parti Jeunes Musulmans de Jean-François " Abdallah " Bastin, il tirera la petite liste bruxelloise Egalité, alliée, pour la circonstance, avec Musulmans.be, le Parti Humaniste et Cap d'Orazio. Sans doute pas une grande menace pour les partis classiques... Mais ces rapprochements islamo-gauchistes ne sont pas à prendre à la légère. Marie-Cécile Royen