Le jour et la nuit. François Hollande ne ressemble pas à ce qu'il paraît. On le croit indécis, modeste, bonhomme ; il est tranchant, très sûr de lui, particulièrement intelligent. Avec lui, et depuis le premier instant, les Français ont des problèmes de vision. Depuis le premier instant, ils ont du mal à le regarder comme un président de la République. Voilà que, pour ne rien arranger, il s'avance casqué. Depuis le premier instant, ses concitoyens se demandent quelle est la vérité de l'homme. Serait-elle " ce qu'il cache, un misérable petit tas de secrets ", selon la formule d'André Malraux ?
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Le jour et la nuit. François Hollande ne ressemble pas à ce qu'il paraît. On le croit indécis, modeste, bonhomme ; il est tranchant, très sûr de lui, particulièrement intelligent. Avec lui, et depuis le premier instant, les Français ont des problèmes de vision. Depuis le premier instant, ils ont du mal à le regarder comme un président de la République. Voilà que, pour ne rien arranger, il s'avance casqué. Depuis le premier instant, ses concitoyens se demandent quelle est la vérité de l'homme. Serait-elle " ce qu'il cache, un misérable petit tas de secrets ", selon la formule d'André Malraux ? Le jour et la nuit. François Hollande a toujours été convaincu qu'il saurait agir, se comporter, présider différemment de son prédécesseur. Lorsque Nicolas Sarkozy et son épouse Carla Bruni ont témoigné devant le nouvel élu et sa compagne d'alors, Valérie Trierweiler, de la violence sans limites des réseaux sociaux à leur encontre, François Hollande les a écoutés, pour mieux se rassurer : lui échapperait au phénomène. Sa personne susciterait moins d'animosité. Raté. Si les deux chefs de l'Etat n'ont pas un caractère identique, l'hostilité qu'ils suscitent l'un et l'autre commence à avoir des points communs. François Hollande contournerait les pièges de la peopolisation ? Il pensait éviter les jeux du cirque ? Encore raté, il est devenu le héros de Closer. Il ne manquait plus que Marianne assassine le chef de l'Etat. C'est fait. En 2012, Sophie Marceau est désignée par l'Association des maires de France pour être le visage de la République. Aujourd'hui, au détour d'une interview à GQ, puis au journal de 20 heures de TF 1 où elle s'exprime " en tant que femme, en tant que citoyenne ", elle bouscule les usages, les codes et le président : " Il a des maîtresses et, quand on le sait, il refuse d'en parler. Un mec qui se conduit comme ça avec les femmes, c'est un goujat. Moi, je n'ai jamais voté pour lui. [...] J'ai l'impression qu'il mélange un peu tout. J'avais envie de l'aimer un peu, de me dire qu'il n'est pas si terrible que ça. Mais là, je me suis dit : "Quel lâche !'' " Celui qui voulait apaiser le pays tout entier met le feu à la Toile. Catherine Deneuve intervient dans le débat pour réduire Marceau au silence : " On dirait qu'on parle du mari de sa meilleure amie qui vient d'être quittée... Je trouve ça incroyable. " Bref, on est revenus à cette époque que l'on pensait révolue d'un chef de l'Etat qui, comment dire, " nous installe tous, citoyens, responsables publics, journalistes, en voyeurs " - c'est ainsi que François Hollande évoquait le comportement de Nicolas Sarkozy en 2008. L'actuel président français a, c'est indéniable, une qualité rare dans le milieu politique : un sens de l'humour hors du commun. C'est sans doute ce qui lui a permis d'affirmer haut et fort, déjà à deux reprises depuis le début du quinquennat, que " les affaires privées se règlent en privé ". Il faut lire l'enquête décapante d'Elise Karlin, Le Président qui voulait vivre ses vies (Fayard), dont Le Vif/L'Express publie des extraits (voir page 58), pour saisir à quel point l'Etat, et d'abord son chef, a été rattrapé par des considérations d'ordre personnel. Que Valérie Trierweiler ait, selon la sentence cruelle de François Hollande rapportée dans l'ouvrage, " volé les moments les plus heureux de ma vie ", est une chose. Que la confusion des sentiments ait mené tout droit au mélange des genres en est une autre, qui concerne tous les Français. François Hollande n'a rien de mieux à faire que de téléphoner à un socialiste qui a osé un commentaire sur son ex-compagne un matin à la radio, plusieurs semaines après la séparation officielle du couple ; Valérie Trierweiler organise des fuites très calculées dans la presse pour se venger de tel élu, répliquer à tel conseiller, transmettre tel message ; Ségolène Royal se voit contrainte de forcer le passage pour approcher le candidat père de ses enfants à la tribune d'un meeting de la campagne présidentielle - " Même chez Mélenchon, j'aurais été mieux traitée ", écrira-t-elle aussitôt dans un SMS à Manuel Valls, alors directeur de communication du candidat - puis se retrouve longtemps interdite d'Elysée, empêchée d'assister à une simple remise de décorations. On comprend qu'elle ait vécu sa nomination à la place de no 3 du gouvernement Valls, le 2 avril, comme une revanche. Le 14 janvier 2014 reste la date emblématique de la collusion au sommet de l'Etat, avec cette conférence de presse à laquelle accourent des journalistes du monde entier pour entendre les explications d'un président pris en flagrant délit d'escapades nocturnes et qui choisit, dans un exercice réussi, d'afficher sa " responsabilité " en développant un pacte du même nom pour les entreprises... Depuis les révélations de Closer, la droite s'est évidemment engouffrée dans la brèche, jouant du choc des images pour donner du poids à ses mots, dénonçant, avec force sous-entendus, celui qui " ment tout le temps, le matin, le soir, le lendemain ". Ce thème-là du mensonge poursuivra François Hollande jusqu'en 2017. Rien n'indique d'ailleurs que le rideau soit tombé sur ce " vaudeville d'Etat " auquel la France a assisté. François Hollande aime les secrets. Valérie Trierweiler en dévoilera-t-elle quelques-uns ? Racontera-t-elle, comme le révèle le livre d'Elise Karlin, que le chef de l'Etat a reçu en toute discrétion, dans leur appartement de la rue Cauchy, à Paris, Jérôme Cahuzac après les révélations de Mediapart sur son compte en Suisse, alors que le ministre du Budget de l'époque n'avait toujours pas avoué et encore moins démissionné ? La vie privée de l'homme Hollande et la manière dont il l'a gérée publiquement parasiteront jusqu'au bout l'image du président. Car, au vu des derniers sondages, une question commence à se poser. Bien sûr, le chef de l'Etat français, pour se rétablir, attend de relancer l'emploi (" Si le chômage ne baisse pas d'ici à 2017, je n'ai aucune raison d'être candidat, ou aucune chance d'être réélu ", lâche-t-il le 18 avril à Clermont- Ferrand), d'obtenir des résultats en matière de réduction des déficits, de réaliser une baisse de la fiscalité des ménages. D'apporter les preuves que sa République est " exemplaire ", malgré les vents contraires qu'a encore fait souffler la démission forcée de son conseiller Aquilino Morelle, soupçonné de conflit d'intérêts, accusé de fouler au pied une certaine idée de la gauche. Mais si le problème de sa situation politique actuelle était autre ? S'il était d'abord devenu personnel ? Quand, dans le dernier baromètre Ifop, réalisé du 4 au 12 avril pour Le Journal du dimanche, 38 % des sondés se déclarent " très mécontents " (en plus des 44 % de " mécontents "), quand, dans le camp d'en face, ils sont 95 % (parmi les sympathisants de l'UMP) à en avoir une perception négative, quand le rejet atteint de telles proportions, la politique menée, les mesures décidées ne sont peut-être pas les seules en cause. Victime de ce que Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop, appelle paradoxalement " le rejet tranquille ", François Hollande a une parole qui " ne marque pas ". Après une victoire à l'élection présidentielle, " on ne peut pas s'empêcher de croire qu'on a du pot ", confie François Hollande à Franz-Olivier Giesbert, auteur d'un documentaire télévisé sur lui, diffusé le 7 avril sur France 3. Le Corrézien avait quelques raisons de suivre sa bonne étoile. Trois jours après son investiture, en mai 2012, il avait rencontré pour la première fois Barack Obama, qui l'avait averti : " Je lui ai dit que, maintenant qu'il est président, il ne doit plus se déplacer en scooter à Paris. " Le conseil était tombé dans l'oreille d'un sourd. Aux municipales de mars 2014, les électeurs n'ont pas chuchoté leur colère, ils l'ont hurlée. Le chef de l'Etat français, protégé par les institutions de la Ve République tant que sa majorité parlementaire continue de le soutenir, a alors fait mouvement. La séquence a valeur de test : en est-il arrivé au point où, lorsqu'il bouge, il ne parvient qu'à s'enfoncer encore un peu plus ? Par Eric MandonnetLa droite s'est engouffrée dans la brèche,dénonçant celui qui " ment tout le temps,le matin, le soir, le lendemain "