Le Vif/L'Express : François Hollande mène-t-il une bonne politique économique ?

Xavier Timbeau : Il tient ses promesses de campagne tout en faisant preuve de réalisme. Par exemple, la hausse du smic est de 2 %, mais le coup de pouce réel se limite à 0,6 %, et cela n'aura pas d'impact négatif sur le marché du travail. Le blocage des loyers est une réponse à une demande forte, mais s'applique de manière pondérée. Toutes ces mesures recèlent une certaine intelligence, une bonne maîtrise technique de l'impact budgétaire et économique, sans être vidées de leur contenu.
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Xavier Timbeau : Il tient ses promesses de campagne tout en faisant preuve de réalisme. Par exemple, la hausse du smic est de 2 %, mais le coup de pouce réel se limite à 0,6 %, et cela n'aura pas d'impact négatif sur le marché du travail. Le blocage des loyers est une réponse à une demande forte, mais s'applique de manière pondérée. Toutes ces mesures recèlent une certaine intelligence, une bonne maîtrise technique de l'impact budgétaire et économique, sans être vidées de leur contenu. Il a un gros problème avec la question européenne. François Hollande ne fait rien pour résoudre la crise de la zone euro et surtout pour aider l'Espagne et l'Italie. En promettant de ramener, coûte que coûte, les déficits publics français à 3 % du produit intérieur brut (PIB) en 2013, il ne laisse pas d'autre choix à l'Italie et à l'Espagne que d'être aussi vertueuses que la France. Voilà une stratégie autiste, où chacun s'occupe de ses problèmes, c'est la pire possible. La crise européenne est très profonde, nouvelle, elle suppose un consensus européen. On ne peut pas la gérer depuis la France. Pour la résoudre, il faut être capable de sortir du cadre habituel. Les résultats du sommet européen des 28 et 29 juin laissaient penser que François Hollande y était parvenu, qu'il avait réussi à sortir d'un dialogue franco-allemand exclusif et à faire passer l'Italie et l'Espagne du statut d'accusé à celui de partie prenante. Pourtant, après cette avancée prometteuse, le président a réaffirmé l'engagement des 3 %. Il aurait dû plaider pour une austérité mesurée et étalée dans le temps. Or, dans son équipe, personne ne tient ce discours. Il le faut principalement pour l'Espagne et l'Italie, les deux pays le plus en danger. Mais l'Allemagne et la France le sont aussi, indirectement, car elles subiraient les conséquences d'une aggravation de la situation de ces Etats de l'Europe du Sud. François Hollande aurait dû dire aux Allemands : " Il faut relâcher la pression sur l'Espagne et sur l'Italie. " Il n'a pas eu ce courage, il a loupé le cocheà Pour la France elle-même, un étalement dans le temps du retour aux 3 %, puis à l'équilibre [prévu pour 2017], permettrait une réduction des déficits certes plus lente, mais accompagnée d'une baisse du chômage. Alors que le respect du " zéro déficit " pour 2017 le ferait remonter à 11 %. C'est un très mauvais argument. La question est celle de la crédibilité de l'euro, pas celle de la crédibilité de la France. C'est le principal reproche que je formule : Hollande ne fait pas une bonne analyse de la situation, il ne prend pas en compte sa gravité. Plus il fera d'efforts pour réduire les déficits, moins il y parviendra, parce qu'il portera atteinte à la croissance. Cette erreur d'analyse est typique d'une génération, jeune du temps de Mitterrand, très marquée par la nécessité de la rigueur, par la conviction absolue que la relance keynésienne ne peut pas marcher. La décision de nommer Pierre Moscovici, ministre de l'Economie et des Finances, et Jérôme Cahuzac, ministre délégué en charge du Budget, est la traduction de ces choix. Pourtant, là, il s'agit non pas de faire de la relance, mais d'éviter d'aggraver la situation. PROPOS RECUEILLIS PAR CORINNE LHAÏK