A l'heure où le " peuple laïque " s'apprête à fêter ses quatre décennies - le Centre d'action laïque (CAL) a été créé en 1969 -, le voilà confronté à un nouveau défi : rajeunir, rajeunir et rajeunir, pour ne pas être corseté dans un anticléricalisme sectaire. Hervé Hasquin, secrétaire perpétuel de l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, porte aujourd'hui un regard incisif sur les " gardiens de la laïcité organisée ", en bon amateur de vacheries. L'homme a déjà derrière lui une longue vie politique : 20 ans au Parlement, 9 ans comme ministre, à Bruxelles, puis à la tête de la Communauté française. Mais il a aussi participé, en première ligne, à l'aventure de la laïcité, au...

A l'heure où le " peuple laïque " s'apprête à fêter ses quatre décennies - le Centre d'action laïque (CAL) a été créé en 1969 -, le voilà confronté à un nouveau défi : rajeunir, rajeunir et rajeunir, pour ne pas être corseté dans un anticléricalisme sectaire. Hervé Hasquin, secrétaire perpétuel de l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, porte aujourd'hui un regard incisif sur les " gardiens de la laïcité organisée ", en bon amateur de vacheries. L'homme a déjà derrière lui une longue vie politique : 20 ans au Parlement, 9 ans comme ministre, à Bruxelles, puis à la tête de la Communauté française. Mais il a aussi participé, en première ligne, à l'aventure de la laïcité, au titre de vice-recteur puis recteur de l'ULB. Et pourtant, il le dit haut et fort, il n'ira pas à la Convention laïque du 7 mars, point d'orgue du 40e anniversaire de la famille laïque. > Hervé Hasquin : La perception qu'ont les gens de la laïcité a beaucoup changé avec le temps. Voici quarante ans, quand le CAL est né, celle-ci était jugée comme un élément de libération et d'émancipation des hommes. Aujourd'hui, en revanche, aux yeux de l'opinion, la laïcité se révèle ringarde, froide et, surtout, intolérante. > Lorsqu'au début des années 1960 des partis politiques se sont ouverts au pluralisme, comme le Parti libéral (considéré comme un bouffeur de curés) lors de sa mutation en Parti Libéral et du Progrès (PLP) ; et comme le FDF, la vie politique entame sa déconfessionnalisation. Les militants ont alors compris qu'ils devaient s'organiser pour défendre le principe de laïcité : les partis jusqu'alors laïques ne le feraient plus. > Oui, c'était le piège, le danger. J'en suis en partie responsable, puisque j'ai porté ce combat au Sénat. Une fois subsidiée, la laïcité s'est muée en institution, avec ses clercs, qui s'expriment au nom de tous les laïques du pays. Ses dirigeants - issus de la même génération et qui ont vieilli ensemble - n'ont pas mesuré les pas franchis par le milieu catholique depuis 1965, ni compris que l'on vit dans une Belgique sécularisée. Que l'on peut être croyant et laïque, croyant et démocrate ! > Pour son 40e anniversaire, le CAL a enfanté un " Plan stratégique pour une société plus juste ". Qu'y lit-on ? " Faire adopter les mesures concrétisant la transformation des réseaux d'enseignement actuels en un réseau unique, public, pluraliste et neutre. " Il y a un problème, non ? Les esprits ont évolué, notamment à l'égard de l'école : des laïques inscrivent aussi leurs enfants dans le réseau libre. Les laïques imaginent-ils de cette manière rallier des jeunes à la défense de la laïcité ? En tout cas, la laïcité ne leur propose aucun repère ; elle leur apparaît rigide et désincarnée. Alors que les jeunes, eux, se montrent bien plus ouverts et plus tolérants que leurs parents et leurs grands-parents. > J'affirme que l'on pourrait s'en passer. Si l'on envisage la laïcité sous l'angle des valeurs, la Belgique est un Etat laïque : il y a une séparation entre le temporel et le spirituel ; on respecte les libertés fondamentales (entre autres, celle de croire et de ne pas croire) ; on applique le principe de non-discrimination. En réalité, la laïcité actuelle se confond donc avec la notion d'un Etat démocratique et pluraliste. En ce sens, tous les pays de l'UE sont des Etats laïques. Mais, pour veiller au respect des valeurs laïques, il faudrait évidemment des garde-fous, remplacer la laïcité organisée par autre chose. En ce sens, mais uniquement dans ce rôle, le CAL pourrait avoir encore une utilité... Soraya Ghali