Hélène Collin, Namuroise d'origine, a rencontré en 2011 les Atikamekw, une des premières nations du Québec, avant de retourner vivre un an parmi eux en 2014-2015. Cette expérience lui a d'abord inspiré un remarquable documentaire, We Are Not Legends (1), puis un spectacle où sa voix porte celle des autres, Appellation sauvage contrôlée (2).
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Hélène Collin, Namuroise d'origine, a rencontré en 2011 les Atikamekw, une des premières nations du Québec, avant de retourner vivre un an parmi eux en 2014-2015. Cette expérience lui a d'abord inspiré un remarquable documentaire, We Are Not Legends (1), puis un spectacle où sa voix porte celle des autres, Appellation sauvage contrôlée (2). Dans quel contexte êtes-vous partie au Canada en 2011? Au départ, c'était pour nourrir la création d'un spectacle jeune public à partir d'une anthologie de contes et légendes autochtones, Partition rouge. Finalement, le metteur en scène a abandonné le projet mais en rencontrant là-bas les Atikamekw de Wemotaci, et plus particulièrement Jacques Newashish, qui est peintre, sculpteur et acteur, je suis rentrée dans un monde très particulier dont on ne parlait nulle part ailleurs et j'ai découvert les questions de la colonisation du Canada. A ce moment-là, se tenait notamment la Commission de vérité et réconciliation, qui faisait suite à la dénonciation d'abus sexuels dans les pensionnats indiens. Qu'est-ce qui vous a le plus marquée? J'ai eu l'impression de rencontrer des gens qui pensaient comme moi, qui avaient un rapport au monde fait de respect - ce mot-là est fondamental - et de reconnaissance de la vie, de la nature. Ils pensent aux arbres, aux plantes, aux animaux d'une façon qui n'est pas juste utilitaire. Ils ne les considèrent pas comme des ressources ou des corps à manger, à élever, à produire. C'est vraiment ça qui m'a touchée, qui m'a reconnectée à moi-même. Quand avez-vous décidé de monter un spectacle à partir de cette rencontre? Avant le spectacle, il y a eu un documentaire, qui suit trois adolescents Atikamekw. Mais pendant que je filmais, j'avais des "poussées de théâtre": des idées, des images, des flashs de création théâtrale. Il y avait aussi beaucoup de questions, de matière, qui n'avaient pas leur place dans le film. J'ai travaillé sur une forme de théâtre documentaire avec un système de reproduction de la parole vivante à l'identique. C'est un seul en scène où je ne suis pas tout à fait seule puisque j'amène des paroles qui ne sont pas la mienne. Je suis à l'écoute du témoignage au moment où je le reproduis, comme si j'étais traversée par ces souvenirs, ces moments vécus.