Ce 11 novembre, le jour de gloire devait arriver pour Geert Bourgeois (photo). L'homme s'en faisait une telle joie. 90 ans, jour pour jour, après que le clairon de l'Armistice eut fait taire les canons de la Grande Guerre sur le front de l'Yser, la figure de proue de la N-VA avait prévu d'inviter solennellement un parterre d'ambassadeurs du monde entier à se joindre aux préparatifs du grand rendez-vous que la Flandre se donne avec l'Histoire. L'histoire de la... Belgique en danger, envahie, occupée mais finalement victorieuse contre l'agresseur teuton, il y aura bientôt un siècle. Les sautes d'humeur communautaires du parti nationaliste flamand auront gâché la fête de Geert Bourgeois en le forçant, en septembre dernier, à rendre son tablier de ministre régional flamand du Tourisme et des Relations extérieures. Avec ou sans Bourgeois, qu'on se le dise : la Flandre est... sur le pied de guerre pour le centenaire de la "Der des der ". Le gouvernement flamand a résolument mis le cap sur 2014-2018. Elle juge qu'il n'est pas trop tôt pour lancer les invitations, si on veut donner à cette commémoration une envergure quasi planétaire. A six ans de l'échéance, les autorités flamandes fourbissent leurs armes. Plan d'action à l'étude, premiers budgets débloqués - plus de 600 000 euros cette année - groupes de travail à l'£uvre : la mobilisation est décrétée. Même si elle vient de perdre son inspirateur politique en la personne du martial Geert Bourgeois. Ce dernier en sera quitte pour raviver avec éclat la flamme du souvenir de la patrie belge, résistant héroïquement à l'envahisseur allemand en 14-18. Ce n'est pas exactement ce dont il rêvait ...

Ce 11 novembre, le jour de gloire devait arriver pour Geert Bourgeois (photo). L'homme s'en faisait une telle joie. 90 ans, jour pour jour, après que le clairon de l'Armistice eut fait taire les canons de la Grande Guerre sur le front de l'Yser, la figure de proue de la N-VA avait prévu d'inviter solennellement un parterre d'ambassadeurs du monde entier à se joindre aux préparatifs du grand rendez-vous que la Flandre se donne avec l'Histoire. L'histoire de la... Belgique en danger, envahie, occupée mais finalement victorieuse contre l'agresseur teuton, il y aura bientôt un siècle. Les sautes d'humeur communautaires du parti nationaliste flamand auront gâché la fête de Geert Bourgeois en le forçant, en septembre dernier, à rendre son tablier de ministre régional flamand du Tourisme et des Relations extérieures. Avec ou sans Bourgeois, qu'on se le dise : la Flandre est... sur le pied de guerre pour le centenaire de la "Der des der ". Le gouvernement flamand a résolument mis le cap sur 2014-2018. Elle juge qu'il n'est pas trop tôt pour lancer les invitations, si on veut donner à cette commémoration une envergure quasi planétaire. A six ans de l'échéance, les autorités flamandes fourbissent leurs armes. Plan d'action à l'étude, premiers budgets débloqués - plus de 600 000 euros cette année - groupes de travail à l'£uvre : la mobilisation est décrétée. Même si elle vient de perdre son inspirateur politique en la personne du martial Geert Bourgeois. Ce dernier en sera quitte pour raviver avec éclat la flamme du souvenir de la patrie belge, résistant héroïquement à l'envahisseur allemand en 14-18. Ce n'est pas exactement ce dont il rêvait ; en fervent porte-drapeau du nationalisme flamand, il aurait préféré éviter alimenter la fibre belgicaine... A l'enjeu de mémoire s'ajoute une affaire de gros sous. En matière touristique, d'abord. Plus que jamais, les champs de bataille de Flandre au Westhoek, théâtre de la guerre des tranchées en Belgique, valent de l'or. L'an dernier, près de 370 000 touristes ont ainsi fréquenté les sites liés au souvenir de 14-18. Soit 12,8 % de plus en un an, pour un chiffre d'affaires en hausse également, estimé à 35,2 millions d'euros en 2007. Les autorités flamandes ne comptent pas s'arrêter en si bon chemin. Objectif avoué en vue du centenaire de la guerre : imposer, pour de bon, ce coin de Flandre occidentale comme chef-lieu mondial du " vredestoerisme ", dédié à la cause de la paix et de la tolérance. On aura bien deviné que Geert Bourgeois, suivi comme un seul homme par le gouvernement flamand, nourrissait une autre ambition : tirer profit de cette commémoration pour faire rayonner la Flandre sur la scène internationale, renforcer son image à l'étranger et en faire " un partenaire institutionnel central ". Sous sa casquette de chef de la diplomatie, Bourgeois avait pris son bâton de pèlerin flamand pour " vendre " son projet dans les capitales des anciens belligérants. Vaste programme : une étude, commandée au département flamand des Relations extérieures, a identifié pas moins de 50 Etats jadis impliqués dans la bataille des Flandres. Du Vietnam à Madagascar, de l'Egypte aux îles Fidji, en passant par la Chine et par tout ce que les puissances britannique et française ont pu compter comme colonies. Tout ce beau monde, Bourgeois en était convaincu, ne resterait pas indifférent à sa démarche. " Ce qui s'est passé voici près de cent ans sur le sol flamand forme toujours un élément important de leur conscience nationale et reste inscrit dans leur mémoire collective ", relevait le ministre rayonnant au retour de ses multiples contacts diplomatiques. En octobre 2007, il revenait ainsi de son déplacement en Nouvelle-Zélande avec un accord de coopération en poche. Les Sud-Africains lui ont aussi exprimé leur intérêt. A New Delhi, capitale de l'Inde, Geert Bourgeois s'est ému en découvrant l'India Gate, cette réplique de la porte de Menin, à Ypres, et portant les noms des soldats indiens morts en Flandre. Les Etats du Commonwealth en particulier, mais aussi l'Allemagne, figurent en bonne place sur les tablettes flamandes. La Flandre n'oublierait donc personne ? Si, justement. Sa propre patrie et ses voisins les plus proches, pardi ! La Belgique et les francophones figurent pour l'heure parmi les grands absents de ce branle-bas de combat. Aux dernières nouvelles, ni l'Etat fédéral, ni la Communauté française ou la Région wallonne n'ont encore été informés, approchés et, a fortiori, associés aux grandes man£uvres entamées par le gouvernement flamand. On ne sait trop s'il faut s'interroger sur les mobiles réels de cette course en solitaire de la Flandre. Ou s'émouvoir de l'inertie et de la passivité du côté fédéral et francophone. Mais tout se passe comme si le Westhoek, ce lambeau de territoire belge qui a servi durant quatre ans de réduit national aux soldats flamands et wallons d'Albert Ier, devenait une chasse gardée de la Région flamande. Et certains combats antérieurs de Geert Bourgeois, ce chantre de la " Vlaamse Kust " prompt à effacer tout ce qui porte le nom de " belge " sur le sol flamand, semblent de mauvais augure. L'homme avait ainsi trouvé le temps d'aller signer un accord de coopération avec la Nouvelle-Zélande, mais non de faire un crochet par Namur ou un saut chez un ministre fédéral. On a bien entendu quelques voix s'élever au parlement flamand pour s'inquiéter que certaines zones restent hors de portée des projets de commémoration. Mais ces quelques députés voulaient seulement s'assurer que Nieuport, Coxyde, La Panne, Dixmude et sa tour de l'Yser ne seraient pas oubliés dans le programme. La Flandre n'a pas le monopole des torts en la matière. Dans le sud du pays, le tableau n'est pas plus glorieux. Il ne s'est encore trouvé aucun élu francophone pour s'enquérir ou s'émouvoir, auprès des exécutifs wallons ou de la Communauté française, de ce cavalier seul flamand qui ne relève d'ailleurs en rien du secret d'Etat : la célébration du centenaire de la Première Guerre a eu les honneurs de la dernière déclaration de rentrée parlementaire du ministre-président flamand Kris Peeters (CD&V), au rayon des outils destinés à assurer la visibilité internationale de la Flandre. Les réponses fournies par les responsables politiques francophones sont de toute façon laconiques : " Pas au courant ", dit-on au cabinet du ministre-président de la Communauté française et de la Région wallonne, Rudy Demotte (PS). " Rien de prévu de notre côté, c'est de toute façon l'affaire du fédéral ", lâche-t-on au cabinet du ministre régional wallon en charge du Patrimoine, Jean-Claude Marcourt (PS). Guère plus d'avis sur la question du côté du cabinet du ministre du Tourisme, Benoît Lutgen (CDH). Circulez, y'a rien à voir : en Wallonie, le souvenir de la Grande Guerre ne dépasse pas le stade d'initiatives sous-régionales ou locales, menées dans le plus joyeux désordre. L'Etat fédéral, censé encore porter des projets d'envergure nationale, reste hors jeu. Le Musée de l'armée se concentre sur le 90e anniversaire de l'Armistice. A la Défense nationale, traditionnel acteur des grandes commémorations à connotation patriotique, il est vaguement question d'une cérémonie qui se voudra grandiose et qui devrait rassembler dans le Westhoek une belle brochette de têtes couronnées. Les services du Premier ministre Yves Leterme (CD&V et habitant Ypres...) disent ne pas être non plus au parfum. La gestion du patrimoine historique et l'entretien de la mémoire nationale ont depuis belle lurette largement déserté les sphères de compétences fédérales pour tomber dans l'escarcelle des Communautés et des Régions. Sans complexe, la Flandre s'est donc engouffrée dans la brèche. Et met déjà tout en £uvre pour, selon le cri enthousiaste d'un député régional Vlaams Belang, " ne pas laisser passer cette chance historique de positionner la Flandre dans le monde entier ". Au risque de brouiller les cartes dans les chancelleries étrangères en donnant l'impression que le centenaire de la guerre 14-18 sera avant tout une affaire flamande et va être célébré en ordre dispersé en Belgique. A ce stade, une certitude : c'est la Flandre seule qui lance les invitations à l'étranger. A quand les Ch'tis faisant main basse sur les champs de bataille du nord de la France ? Pierre Havaux