En gagnant deux sièges supplémentaires, le parti chrétien-social (CSV) demeure incontournable dans le paysage politique luxembourgeois, qu'il domine pratiquement sans interruption depuis la Seconde Guerre mondiale. Avec vingt-six mandats sur soixante, il devance nettement son partenaire de coalition, le Parti socialiste (LSAP), qui perd un siège et compte à présent treize députés.
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En gagnant deux sièges supplémentaires, le parti chrétien-social (CSV) demeure incontournable dans le paysage politique luxembourgeois, qu'il domine pratiquement sans interruption depuis la Seconde Guerre mondiale. Avec vingt-six mandats sur soixante, il devance nettement son partenaire de coalition, le Parti socialiste (LSAP), qui perd un siège et compte à présent treize députés. Si globalement, la majorité CSV-LSAP a conforté sa position, ce qui plaide pour un renouvellement de la coalition sortante, on était pourtant loin de l'euphorie dans les deux camps. Le Premier ministre sortant, Jean-Claude Juncker, qui a enregistré un score personnel de loin supérieur à ses rivaux s'est, certes, réjoui de l'excellent résultat de son parti. Il a cependant tempéré sa joie en se souvenant des dures attaques dont lui et son parti furent l'objet pendant la campagne. Les socialistes n'ont reculé que de deux points à peine, mais ils ont perdu un siège dans leur bastion qu'est la circonscription Sud, un bassin industriel où le LSAP fut longtemps la force politique dominante. La mine contrite de sa tête de liste, Jean Asselborn, numéro deux du gouvernement sortant et ministre des Affaires étrangères, en disait long le soir des élections sur la déception du parti, qui, outre le fait d'avoir cédé un siège à l'extrême gauche, voit se creuser l'écart avec son concurrent chrétien-social. Ni vainqueurs ni franchement désavoués par les électeurs, les socialistes doivent leur salut à l'incapacité des partis d'opposition de profiter de la crise économique pour prétendre jouer les premiers rôles. Les libéraux du Parti démocratique (DP), partenaire de coalition du CSV de 1999 à 2004 avant de subir une raclée il y a cinq ans, ont encore perdu un siège et ne comptent plus que neuf députés. Ils n'ont pas réussi à redresser la barre à la suite du rajeunissement de leur équipe dirigeante. Pour preuve, le score personnel impressionnant de l'ancien président du groupe parlementaire, Charles Goerens, qui n'était plus candidat au Parlement national et se présentait aux élections européennes. Tandis que les verts ont stagné en conservant leurs sept mandats, le parti populiste de droite ADR a perdu un siège pour n'en compter plus que quatre, ce qui l'empêche de bénéficier du statut de groupe parlementaire. Signe de sa déconfiture, le président de parti, Robert Mehlen, présent depuis vingt ans au Parlement, n'a pas été élu. Jean-Claude Juncker reste par conséquent le maître incontesté du paysage politique luxembourgeois. Quelques jours avant les élections, il annonçait qu'il était disposé à céder son poste de ministre des Finances à son dauphin, Luc Frieden. Il a cependant nié vouloir renoncer à la présidence de l'Eurogroupe, songeant à garder des attributions sur le plan budgétaire. Premier ministre depuis 1995, Jean-Claude Juncker devrait être reconduit dans ses fonctions pour un nouveau mandat de cinq ans, ce qui fera de lui le plus expérimenté des chefs de gouvernement dans l'Union européenne. Malgré les temps difficiles, la stabilité prévaut au Grand-Duché, une force non négligeable pour ce petit pays. La longévité politique des ministres leur permet, aussi, de bien maîtriser leurs dossiers dans le cadre des réunions européennes. l LAURENT MOYSE