Il y a là des pièces à faire pâlir d'envie les chercheurs de l'Institut royal pour le patrimoine artistique (Irpa), les gestionnaires des grands musées de Belgique et les collectionneurs de ce pays : quatre James Ensor - dont Le Désespoir de Pierrot, une grande huile sur toile de 1892 estimée entre 2 et 3 millions d'euros -, un Frans Hals et un Cornelis De Vos (deux peintres du xviie siècle) figurent parmi les 691 lots qui seront dispersés par Christie's au Grand Palais de Paris, ces 23, 24 et 25 février. Dans une période de tourmente du marché de l'art, où les auctioneers ont joué la prudence lors des premières vacations de l'année 2009, cette vente, annoncée depuis six mois comme celle " du siècle ...

Il y a là des pièces à faire pâlir d'envie les chercheurs de l'Institut royal pour le patrimoine artistique (Irpa), les gestionnaires des grands musées de Belgique et les collectionneurs de ce pays : quatre James Ensor - dont Le Désespoir de Pierrot, une grande huile sur toile de 1892 estimée entre 2 et 3 millions d'euros -, un Frans Hals et un Cornelis De Vos (deux peintres du xviie siècle) figurent parmi les 691 lots qui seront dispersés par Christie's au Grand Palais de Paris, ces 23, 24 et 25 février. Dans une période de tourmente du marché de l'art, où les auctioneers ont joué la prudence lors des premières vacations de l'année 2009, cette vente, annoncée depuis six mois comme celle " du siècle ", est assurément une parenthèse : les £uvres d'exception présentées, portées souvent par une provenance prestigieuse, décrocheront à n'en pas douter des sommets ! Témoignage de cinquante ans de complicité esthétique, la collection signe en effet l'émouvante mise en scène des affinités de deux hommes pareillement sensibles au pouvoir visuel des très belles choses. Yves Saint Laurent (décédé le 1er juin 2008) et Pierre Bergé, qui fut le dirigeant financier de la maison de couture YSL avant de devenir lui-même un habile connaisseur en art, ne recherchaient que des £uvres majeures. Trente ans après sa première rencontre avec ces deux acheteurs atypiques, le marchand parisien Alain Tarica se rappelle comment ces deux clients, dont il ignorait alors complètement l'identité, ont éprouvé un coup de foudre pour une sculpture de Constantin Brancusi qu'il détenait dans les réserves de sa boutique : " Bergé l'a acquise immédia-tement, sans la moindre hésitation ni négociation. " Cette £uvre cubiste, taillée en 1914 dans un seul bloc de chêne et baptisée Portrait de Mme L.R.,sera, elle aussi, mise aux enchères. En raison de son parcours, cette rareté pourrait même dépasser son estimation haute (20 millions d'euros) : avant de rejoindre une sculpture Sénoufo avec laquelle Pierre Bergé s'est longtemps plu à l'associer dans les salons de son hôtel particulier, l'énigmatique Mme L.R. avait appartenu à Fernand Légerà. dont on retrouve également six productions au catalogue. En fait, il y en a pour tous les (excellents) goûts : chefs-d'£uvre de l'art moderne, de l'Art déco, mobiliers et objets d'art européen, antiquités, tableaux et dessins anciens et du xixe siècle composent cet ensemble de près de 700 pièces, estimé quelque 300 millions d'euros. On y trouve encore des objets d'Extrême-Orient, de l'orfèvrerie et des émaux du xvie siècle. Plus un nombre incalculable de tabatières en or, timbales en argent, cristaux de quartz, méridiennes, bas-reliefs, paravents, médaillons, camées, bougeoirs, lampadaires, statues romaines en marbre, tapisseries flamandes, poignards moghols et, même, plusieurs dents de narval provenant de l'océan Glacial ArctiqueàParmi les signatures rares en salles de vente seront proposés cinq Gé-ricault, dont l'un des plus célèbres doubles portraits de l'histoire de la peinture : celui des enfants Alfred et Elisabeth Dedreux, achevé en 1817. Christie's en espère entre 4 et 6 millions d'euros. Les plus belles signatures s'enchaîneront en art moderne : Alberto Giacometti, Amedeo Modigliani, Paul Klee, Edvard Munch, Edouard Manet, Gustav Klimt, Piet Mondrian. Citons encore, en vrac : Edgar Degas, Paul Gauguin, Henri de Toulouse-Lautrec, Jacques Louis David, Jean Auguste Dominique Ingres, Paul Cézanne, et beaucoup d'autres. Sans oublier Pablo Picasso, dont Instruments de musique sur un guéridon pourrait casser la baraque : appartenant à une période mélancolique et mal connue du peintre, la toile fera-t-elle chuter le marteau à 30 millions d'euros ? Ou au-delà ? V. C.