A Goma, les élèves ont repris le chemin de l'école. Une quarantaine de jours se sont écoulés depuis l'éruption du volcan Nyiragongo, qui a dévasté la capitale du Nord-Kivu, à l'extrême est du Congo, et cette rentrée scolaire pourrait faire croire à un retour à la normale. Pourtant, la lave est toujours là, active, chaude et fumante en certains endroits. Une odeur de soufre règne encore dans le centre-ville, enseveli sous les coulées. Les secousses sismiques observées ces dernières semaines sont toujours aussi fréquentes, mais leur épicentre semble se situer plus en profondeur. Il s'est déplacé vers les rives du lac Kivu, selon les sismographes installés par les volcanologues. Certains experts estiment que le risque d'un dégagement de gaz carbonique, présent dans le lac, ne peut être écarté.
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A Goma, les élèves ont repris le chemin de l'école. Une quarantaine de jours se sont écoulés depuis l'éruption du volcan Nyiragongo, qui a dévasté la capitale du Nord-Kivu, à l'extrême est du Congo, et cette rentrée scolaire pourrait faire croire à un retour à la normale. Pourtant, la lave est toujours là, active, chaude et fumante en certains endroits. Une odeur de soufre règne encore dans le centre-ville, enseveli sous les coulées. Les secousses sismiques observées ces dernières semaines sont toujours aussi fréquentes, mais leur épicentre semble se situer plus en profondeur. Il s'est déplacé vers les rives du lac Kivu, selon les sismographes installés par les volcanologues. Certains experts estiment que le risque d'un dégagement de gaz carbonique, présent dans le lac, ne peut être écarté.Une nouvelle menace plane donc sur Goma, qui hypothèque les projets de reconstruction. A 7 ou 8 kilomètres du centre, en direction de Saké, le quartier Mugunga pourrait accueillir une "ville nouvelle". Mais la zone est dépourvue d'infrastructures. Aux yeux des citadins, c'est la brousse. Dans les zones meurtries de la cité, l'eau courante et l'électricité font toujours défaut. Dès le matin commence la corvée de l'eau. Assis sur leurs bidons, femmes et enfants attendent leur tour devant les citernes de la Croix-Rouge internationale. Pour ajouter à leur malheur, les habitants s'inquiètent des anomalies climatiques. Le temps est, en ce moment, anormalement chaud, sec et venteux pour la saison, après les pluies diluviennes du mois dernier, accompagnées d'émanations de gaz toxiques. Au traumatisme de la dévastation s'ajoutent aujourd'hui la lassitude et la peur. Les uns craignent un retour de la guerre. D'autres se sentent abandonnés. Un enseignant, dont l'école a été envahie par la lave, a frappé à la porte d'une organisation humanitaire pour obtenir des tentes et du matériel scolaire. Il attend toujours l'aide promise. Mais il a tout de même repris ses cours, "pour ne pas laisser tomber les jeunes". Quelque 45 écoles ont été détruites à Goma, soit plus de 750 classes à réhabiliter. Mais les projets tardent à se mettre en place. "Nous avons introduit une demande d'aide de 440 000 euros auprès de la Coopération belge pour construire, dans les plus brefs délais, des classes provisoires, explique un responsable belge de Caritas. Vu l'urgence, on opte pour du semi-durable: un mur de soutien pour le tableau noir, des bâches, un toit en tôle. A terme, il faudra réaliser des écoles "en dur", qui puissent mieux résister aux secousses sismiques." Les enseignants espèrent que l'Unicef leur fournira rapidement les livres promis. Reste la question des professeurs, habituellement rémunérés par les parents d'élèves. Mais comment solliciter des familles qui, souvent, ont tout perdu ? Les véhicules 4 x 4 des organisations humanitaires sillonnent le champ de lave. Pour autant, la distribution de l'aide alimentaire connaît encore des ratés: le PAM (Programme alimentaire mondial) souhaite mieux cibler les secours, afin qu'ils parviennent à ceux qui en ont le plus besoin. Certains ont beaucoup reçu, d'autres très peu. Pour la énième fois, les comités d'ONG, en collaboration avec les autorités locales - les rebelles du RCD -, ont été chargés de revoir les listes de sinistrés, dans cette ville où la population est difficile à quantifier, en raison de l'afflux de réfugiés venus de l'intérieur du Congo. En attendant une nouvelle liste, la distribution est interrompue. Le 15 février, 2 000 manifestants, exaspérés par les lourdeurs et les dysfonctionnements dans la distribution, mais aussi par la crise du logement, ont défilé en ville. Epargné par la lave, Birere, l'un des quartiers les plus pauvres de Goma, est, lui, envahi par les sinistrés. "Voir ainsi les plus démunis ouvrir leurs portes aux réfugiés nous émeut", raconte une expatriée allemande. D'autres sans-abri ont trouvé refuge dans des locaux d'écoles épargnés, mais la rentrée scolaire les pousse à présent dehors. Tout comme ces locataires congédiés par des propriétaires soucieux d'offrir un toit à des membres de leur famille. Beaucoup de sinistrés ont pour seuls vêtements ceux qu'ils portaient au moment de l'éruption du 17 janvier. Leurs sandalettes en plastique, lacérées par la lave friable, coupante ou brûlante, sont depuis longtemps hors d'usage. Après quelques péripéties, les vingt tonnes de vêtements récoltés à Bruxelles grâce à l'opération SOS Goma sont bien arrivés au Congo, via Kigali. Une imposante délégation belge a accompagné le premier envoi, entreposé à la mairie de Goma. Toutefois, deux semaines après la réception des colis, rien n'a encore été distribué. "Le tri et l'étiquetage n'avaient pas été correctement effectués", explique un responsable de l'opération. "On m'a promis des vêtements pour les gosses des rues accueillis dans notre centre Don Bosco, près de Goma, signale Nicole Esselen, de l'association "En avant les enfants". Mais je ne vois rien venir..."Béatrice Petit et Olivier Rogeau