A Salt Lake City (Etats-Unis), où se déroulent les Jeux olympiques d'hiver, Jacques Rogge, président du CIO (Comité international olympique), a signé le premier acte fort de son mandat. Le Belge a su imposer une solution rapide à une polémique qui risquait de s'éterniser. Au terme de l'épreuve de patinage artistique pour couples, des juges, dont notamment la Française Marie-Reine Le Gougne, étaient accusés d'avoir favorisé les Russes Elena Berezhnaya et Anton Shikarulitze au détriment des Canadiens Jamie Sale et David Pelletier, plébiscités par le public et par la presse. Finalement, sous l'influence du CIO, la Fédération internationale de patinage (ISU) a suspendu la juge française, a attribué également une médaille d'or au couple canadien et a décidé de nouvelles règles de cotation moins subjectives pour réhabili...

A Salt Lake City (Etats-Unis), où se déroulent les Jeux olympiques d'hiver, Jacques Rogge, président du CIO (Comité international olympique), a signé le premier acte fort de son mandat. Le Belge a su imposer une solution rapide à une polémique qui risquait de s'éterniser. Au terme de l'épreuve de patinage artistique pour couples, des juges, dont notamment la Française Marie-Reine Le Gougne, étaient accusés d'avoir favorisé les Russes Elena Berezhnaya et Anton Shikarulitze au détriment des Canadiens Jamie Sale et David Pelletier, plébiscités par le public et par la presse. Finalement, sous l'influence du CIO, la Fédération internationale de patinage (ISU) a suspendu la juge française, a attribué également une médaille d'or au couple canadien et a décidé de nouvelles règles de cotation moins subjectives pour réhabiliter la discipline.Ce genre de collusion, qui consiste à favoriser un athlète en échange d'un renvoi d'ascenseur dans une autre épreuve, n'est pas rare. Ici, la juge française, sous la pression de sa fédération nationale, aurait privilégié les patineurs russes en échange du soutien russe à la paire française dans la compétition de danse. En patinage, en gymnastique, en plongeon ou en dressage, où la cotation demeure très subjective, des juges défendent souvent également un style ou une école, et parfois avec fanatisme. Durant de nombreuses années, les pays de l'ancien bloc de l'Est ont rassemblé, sur instruction, leur vote autour de l'un ou l'autre de leurs représentants désignés. Les sports de pure appréciation, et le patinage en particulier, ne détiennent toutefois pas le monopole de la collusion. Aujourd'hui, le sport s'est sensiblement écarté de ses bases. Fait de société universellement répandu, il se trouve désormais, au niveau professionnel, au centre d'enjeux commerciaux, politiques ou idéologiques très éloignés de son essence. D'amateurs qu'ils étaient, athlètes et dirigeants sont devenus professionnels, enclins à tous les dérapages. L'importance sans cesse plus grande accordée à la victoire, les salaires démentiels octroyés à certains et les puissants intérêts qui en découlent ont rendu de plus en plus aléatoire le respect de l'éthique. De tout temps, le nationalisme exacerbé a donné lieu à des dérives. En 1936, aux Jeux de Berlin, où Adolf Hitler avait exigé un maximum de victoires allemandes, les juges ont, envers et contre tout, attribué la médaille d'or en sprint au cycliste allemand Tony Merkens. Celui-ci avait pourtant clairement "balancé" le Néerlandais Arie Van Vliet. Les juges ont simplement pénalisé le fautif d'une amende. Ce qui impliquait la faute et aurait donc dû, réglementairement, mener à la disqualification. A Moscou, aux Jeux de 1980, pour faciliter la victoire du Soviétique Youri Uudmae au triple saut, 9 des 12 essais de ses principaux rivaux, le Brésilien João Carlos de Oliveira et l'Australien Yan Campbell, ont été annulés. Dont le meilleur saut du concours, réalisé par le Brésilien. En revanche, Dainis Kula, un autre Soviétique, a conservé la victoire au javelot, malgré un lancer signalé non réglementaire par les observateurs neutres. Les Américains n'étaient pas en reste. Quatre ans plus tard, aux Jeux de Los Angeles, la Française Michèle Chardonnet a d'abord été classée troisième du 100 mètres haies, puis rétrogradée au profit de... l'Américaine Turner. Réclamations et consultations à l'appui, les juges ont ensuite rendu, ici comme à Salt Lake City, un jugement de Salomon: la Française a récupéré une médaille de bronze, en partage avec l'Américaine. Autre tentative de fraude célèbre: aux championnats du monde d'athlétisme, en 1987, à Rome, lors de son dernier essai, l'Italien Giovanni Evangelisti a été crédité d'un saut en longueur de 8,38 mètres, lui attribuant la médaille de bronze. Alors que la majorité des spectateurs et des spécialistes présents avaient relevé une performance nettement inférieure à... 8 mètres. Les images télévisées ont finalement révélé la duperie. Et, après plusieurs mois d'enquête, Evangelisti a été contraint de rendre sa médaille, au bénéfice de l'Américain Larry Myricks. Quant au responsable du mesurage, en aveux, il a été suspendu.Emile Carlier