La guerre est finie. A partir de 1945, l'abstraction gestuelle, tachiste, informelle ou encore matiériste répond à la rage de vivre d'une jeunesse " existentialiste ". Face à elle, l'abstraction géométrique, dite " froide ", adoptée par une série de créateurs partageant un idéal de structure et de mesure, prône la sérénité et la pleine conscience. En Belgique, ce sera le choix de Jo Delahaut, dès 1947, comme en témoigne l'oeuvre présentée pour ouvrir l'exposition du BAM, le musée des Beaux-Arts de Mons. Un fond, divisé de manière orthogonale par des rectangles juxtaposés en noir et blanc ...

La guerre est finie. A partir de 1945, l'abstraction gestuelle, tachiste, informelle ou encore matiériste répond à la rage de vivre d'une jeunesse " existentialiste ". Face à elle, l'abstraction géométrique, dite " froide ", adoptée par une série de créateurs partageant un idéal de structure et de mesure, prône la sérénité et la pleine conscience. En Belgique, ce sera le choix de Jo Delahaut, dès 1947, comme en témoigne l'oeuvre présentée pour ouvrir l'exposition du BAM, le musée des Beaux-Arts de Mons. Un fond, divisé de manière orthogonale par des rectangles juxtaposés en noir et blanc avec trois cercles pour animer l'ensemble... Froid ! Mais au fil du parcours, qui réunit une quarantaine d'artistes de plusieurs générations, le propos se nuance. La scénographie est conçue en deux parties distinctes, l'une réservée aux seules peintures et sculptures (en quatre thématiques), l'autre aux objets et aux intégrations architecturales. On souligne d'abord l'importance et la vitalité des groupes constitués entre 1952 et 1995, comme Géoform, Art concret ou encore Mesures. Le survol est rapide, mais décline les diverses tendances ainsi que la manière dont chaque personnalité envisage sa singularité, même si pour Pol Bury ou Paul Van Hoeydonck, par exemple, l'art abstrait ne constituera qu'une étape. Les uns concentrent leurs efforts vers la qualité chromatique des dialogues formels, les autres explorent l'espace sériel, la fragmentation des surfaces, voire l'émiettement. La deuxième section est plus réjouissante. Sans doute parce que, à partir de compositions très simples, voire pas de composition du tout (Marthe Wéry), le peintre cherche à faire vibrer la surface (Amédée Cortier, Félix Hannaert, Dan Van Severen), lui conférant, du coup, une intériorité, voire une spiritualité. Dans la salle suivante sont accrochées des oeuvres moins radicales, dont le point de départ est un paysage ou une architecture (Gaston Bertrand, Roger Dudant, Marc Mendelson). Hélas, elles vieillissent mal. Le quatrième espace révèle des expérimentations signées Francis Dusépulchre, Walter Leblanc ou encore Bob Van der Auwera. Cette fois, la géométrie quitte le plan pour gagner le relief et aussitôt rejoindre le sculptural. De là à évoquer la manière dont ces artistes vont investir l'art public ou les objets du quotidien, il n'y avait qu'un pas aussitôt franchi un étage plus haut, dans la seconde partie de l'exposition. Assiettes et verres de Baugniet, bijoux de Delahaut, jeux de cartes de Wuidar, tapis de Luc Peire... éclairent la façon dont l'art géométrique rejoint parfois (mais souvent de manière peu convaincante) l'univers du design. Aussi peu probants : la plupart des projets d'intégrations urbaines qui se limitent trop souvent à n'être que des agrandissements de " tableaux de chevalet " ou d' " objets " sculpturaux.? Abstractions géométriques belges. De 1945 à nos jours, au BAM (musée des Beaux-Arts de Mons). Jusqu'au 13 juillet. www.bam.mons.beGuy Gilsoul