Fortis dans l'escarcelle de BNP Paribas, les Français un peu plus aux commandes chez Dexia. Un nouveau hold-up de l'Hexagone sur la Belgique ?

Après la Générale de Belgique, après le secteur de l'énergie tombé entre les mains de Suez, il faut bien constater que la SA Belgique est vendue aux Français. Il est temps de mettre le holà.
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Après la Générale de Belgique, après le secteur de l'énergie tombé entre les mains de Suez, il faut bien constater que la SA Belgique est vendue aux Français. Il est temps de mettre le holà. Oui, parce que c'est toujours à sens unique. On pourrait rappeler le projet de fusion, prometteur, de la Sabena avec la compagnie néerlandaise KLM, abandonné au profit d'Air France puis de Swissair. Et dans la crise bancaire actuelle, on se pose des questions sur le rejet rapide par le gouvernement fédéral de la candidature néerlandaise d'ING au rachat de Fortis. Encore une fois, on n'a joué que la seule carte française. Une fois de plus, la haute finance francophone, avec le soutien de la Cour, roule pour les Français. Comme cela s'est passé avec la Société Générale de Belgique et avec la Sabena. Je ne parle pas de complot. Mais il y a clairement un veto francophone à tout autre candidat acheteur que français. C'est mauvais pour tous les Belges, francophones aussi. Même si la Flandre est sans doute plus sensible à cette question que la Wallonie. Jean-Luc Dehaene a de grandes capacités, un vaste réseau, est très populaire. Mais ce n'est pas sa désignation en soi qui va rétablir la confiance. La liquidation de Dexia à la France est bien plus importante. Ce n'est pas le plus important dans l'immédiat. Mais si on veut diriger une banque qui représente des intérêts aussi importants en Belgique, on est en droit d'attendre qu'à terme un effort sera entrepris pour apprendre le néerlandais. C'est une question de respect pour la Flandre. Cela démontre de toute façon que le pouvoir de décision est parti à l'étranger. Pas plus que s'il venait d'Espagne, d'Angleterre ou des Pays-Bas. Le problème, c'est que l'on assiste en Europe à un regain des nationalismes. Ce sont les intérêts nationaux qui priment à nouveau. D'où l'importance de conserver chez nous les centres de décision et de pouvoir. Dans le contexte actuel, la question de l'ancrage de l'économie devient cruciale. Maurice Lippens appartient effectivement à la grande bourgeoise francophone. Emporté par son rêve mégalomaniaque, il a très mal géré le rachat d'ABN Amro par Fortis. Il aurait mieux fait de partir plus tôt. Toxique ? Je le répète : nous ne pouvons que constater une nouvelle prise de pouvoir des Français en Belgique. l Entretien : Pierre Havaux