Le message, d'une grande clarté, a été passé, juste avant la trêve estivale, au cours d'une réunion à l'Hôtel Marigny, à deux pas de l'Elysée. Un collaborateur de Nicolas Sarkozy a prévenu les conseillers en communication des ministères concernés par la présidence française du G 20 : " Le chef de l'Etat fera systématiquement toutes les annonces lui-même. "
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Le message, d'une grande clarté, a été passé, juste avant la trêve estivale, au cours d'une réunion à l'Hôtel Marigny, à deux pas de l'Elysée. Un collaborateur de Nicolas Sarkozy a prévenu les conseillers en communication des ministères concernés par la présidence française du G 20 : " Le chef de l'Etat fera systématiquement toutes les annonces lui-même. "Donnez-moi le G 20 et je soulèverai le mondeà A Pittsburg, en septembre 2009, Nicolas Sarkozy a obtenu que la France préside à la fois le traditionnel G 8 et cette instance qui regroupe 20 pays et zone, de la Chine à l'Arabie saoudite en passant par l'Argentine et l'Union européenne, soit 85 % de la richesse mondiale. " Tu as vu ? J'en ai pris pour un an " confie-t-il alors à un ami, flairant le gros coup pour l'année précédant la présidentielle française. En 2008, face à la crise financière, Nicolas Sarkozy a £uvré pour que ce cénacle un peu confidentiel - alors limité aux ministres des Finances - se transforme en tribune pour chefs d'Etat et de gouvernement. Egalement président de l'Union européenne (second semestre 2008), le chef de l'Etat avait collectionné louanges, bons sondages et marques de respect de ses pairs. Tout l'inverse d'aujourd'huià L'image de la France s'est abîmée dans la gestion des expulsions de Roms : " Quand de Gaulle mettait le monde entier contre lui, c'était pour l'Otan. Là, Sarkozy s'isole pour un sujet non stratégique ", constatait récemment un diplomate américain devant un responsable français. La situation économique aussi a changé. " Il est plus facile d'être audacieux lorsque le monde est au bord du précipice que lorsque le calme est revenu " : c'est Nicolas Sarkozy qui parle, s'adressant aux ambassadeurs français, à Paris, le 25 août dernier. Depuis, il le dit et le répète : la France ne veut pas passer d'un G 20 de crise à un G 20 de gestion, qui se contenterait de " l'application des décisions prises, complétées en 2011 par quelques mesures utiles ". Il a donc fixé un agenda très ambitieux - rebâtir le système monétaire international, lutter contre la volatilité des matières premières, réformer la gouvernance mondiale. Donnant plus de prix à la victoire et plus de probabilité à l'échec. Depuis quelques mois, l'Elysée a constitué un commando de circonstance. Alors que plusieurs centaines de personnes préparent d'habitude une pré-sidence de l'Union européenne, un nombre restreint de collaborateurs travaillent à celle des G 8 et G 20. C'est en juillet que Nicolas Sarkozy a convoqué la première réunion de brainstorming avec ses principaux collaborateurs . La présence insolite d'un homme montre l'importance de la séquence politique et médiatique aux yeux du chef de l'Etat : Jean-Michel Goudard, le publicitaire devenu " conseiller stratégie ", participe pleinement à l'écriture de cette mise en scène. Tout est préparé pour créer de l'événementiel. " Sans la Géorgie et la crise économique, la présidence française de l'Union européenne, au second semestre de 2008, n'aurait pas eu le même éclat ", reconnaît, lucide, un conseiller du président. Un responsable UMP ajoute : " Le président a besoin de faire de l'image. " Si un budget de 80 millions d'euros est prévu, les différents acteurs ont reçu la consigne de garder de l'argent disponible pour organiser des sommets en urgence. " Le G 20 n'est pas un cercle académique qui traite de sujets abstraits : nous serons en prise avec la réalité économique et nous saurons nous rendre flexibles ", assure Xavier Musca, secrétaire général adjoint de l'Elysée. Du côté du G 8 - sa spécialisation sur les sujets politiques se confirme - une initiative se prépare pour le sommet de Nice, au printemps 2011 : l'invitation de plusieurs dirigeants africains afin de parler sécurité, immigration et terrorisme. A l'Elysée, un comité de pilotage du G 20 se réunit tous les jeudis à 11 heures : l'équipe présidentielle est rejointe par celles de Matignon, de Bercy, du Quai d'Orsay, du ministère de l'Agri-culture, des Affaires sociales. La France s'efforce toutefois de rester discrète pour ne pas froisser la Corée du Sud, qui, jusqu'au 12 novembre, dirige le G 20. Comme c'est la coutume en matière diplomatique, la présidence en titre travaille avec celle qui prépare la relève. A plusieurs reprises, Christine Lagarde a rencontré son homologue coréen ; la ministre française de l'Economie a réuni (de la fin de 2009 au printemps 2010) un groupe de travail secret (banquiers, économistes, universitaires), pour nourrir le discours présidentiel du 25 août sur le système monétaire international ; elle a rédigé avec Séoul un " no paper " (prise de position informelle) sur la volatilité du prix des matières premières. Et la France soutient la démarche de l'actuelle présidence en faveur des " financial safety nets ". Terme technique, idée simple : permettre aux pays émergents de trouver des liquidités, en cas de besoin, sans avoir à constituer d'énormes réserves de change. " C'est une première brique, il y en aura d'autres. De leur accumulation naîtra une construction d'ensemble ", affirme Ramon Fernandez, directeur du Trésor français. A partir du 13 novembre, Nicolas Sarkozy entamera une série de rencontres bilatérales. " Le président souhaite que les autres Etats s'approprient nos sujets. Ils pourront formuler des propositions, être associés à la présentation de nos projets ", explique Xavier Musca. Des séminaires thématiques alimenteront la réflexion : à Washington ; en Chine, pour les questions monétaires ; à Paris, pour les sujets agricoles, etc. Des missi dominici (personnalités réputées dans leurs domaines) seront désignés pour débroussailler certains sujets. Probablement Jacques de Larosière (notamment ancien directeur du Trésor français et du FMI), sur le système monétaire international. N'en déplaise au président, le G 20 français devra aussi assurer le suivi des décisions prises depuis le début de la crise. Cet exercice - nécessaire mais ingrat - occupera beaucoup les hauts fonctionnaires du G 20, mais passionnera fort peu les téléspectateurs du journal de 20 heures ! D'autant que l'efficacité des G 20 en matière de régulation financière est très contestée, en particulier parce que les Européens se sont imposé des règles dont les Américains se dispensent. Fin juin, Jacques Attali, ancien sherpa de François Mitterrand pour les G 7, critiquait les résultats du sommet de Toronto (des 26 et 27 juin), en parlant du " G vain ". L'Elysée n'avait pas apprécié. Aujourd'hui, pourtant, le président de la République ne dit pas autre chose, comme le 4 octobre, lors du 8e sommet Union européenne-Asie : " Dans l'urgence, nous avons pris [à] les décisions pour s'en sortir. Mais regardons la situation telle qu'elle est : nous n'avons rien changé structurellement. Nous sommes toujours confrontés au risque d'une crise systémique. "Après avoir ciblé les bonus des traders et les paradis fiscaux, problèmes réels mais mineurs dans le déclenchement de la crise de 2008, le président a désigné le nouvel ennemi : les désordres monétaires. Il est servi par les événements : la guerre des monnaies (dont l'euro apparaît comme la grande perdante) donne une soudaine acuité à ce mal chronique, mais difficile à résoudre, car au confluent de deux forces : la souveraineté des Etats et la puissance des marchés. " Ce qui est important, c'est de montrer qu'il y a un lieu où l'on peut parler de ce problème et qu'il est reconnu comme tel ", note l'un des acteurs du dossier. Ce lieu, c'est désormais le G 20, avec ses avantages mais aussi ses inconvénients : " Quand une institution est informelle, ce qui est le cas, elle fait la part belle à la loi du plus fort, en l'occurrence les Etats-Unis et la Chine ", redoute Jacques Attali. Le président aura fort à faire pour s'immiscer dans ce condominium. Pendant un précédent sommet du G 20, Nicolas Sarkozy avait glissé un livre dans ses dossiers, pour combattre l'ennui. Cette fois, il n'aura pas cette tentation buissonnière. Corinne Lhaïk et éric Mandonnetlors d'un précédent g 20, sarkozy avait glissé un livre dans ses dossiers