Autrefois, c'est-à-dire il y a encore deux mois, les membres de la direction du PS français décrochaient sans trop de problèmes quand les journalistes les appelaient. C'était l'ère Hollande. Aujourd'hui,beaucoup sont muets - ceux-là mêmes qui étaient si bavards hier. " Je ne veux pas que mes propos s'étalent dans la presse ", s'excuse un élu. Les voici donc pris d'une peur subite : se faire taper sur les doigts par la patronne, qui fulmine à la moindre fuite. Un exemple : le 21 janvier, quand Martine Aubry découvre que son plan anticrise a été dévoilé au Parisien avant sa présentation officielle, elle lance pendant le bureau national, sur un ton grinçant : " J'espère que celui qui a fait ça sera remercié par un bel article dans les prochains jours ! "
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Autrefois, c'est-à-dire il y a encore deux mois, les membres de la direction du PS français décrochaient sans trop de problèmes quand les journalistes les appelaient. C'était l'ère Hollande. Aujourd'hui,beaucoup sont muets - ceux-là mêmes qui étaient si bavards hier. " Je ne veux pas que mes propos s'étalent dans la presse ", s'excuse un élu. Les voici donc pris d'une peur subite : se faire taper sur les doigts par la patronne, qui fulmine à la moindre fuite. Un exemple : le 21 janvier, quand Martine Aubry découvre que son plan anticrise a été dévoilé au Parisien avant sa présentation officielle, elle lance pendant le bureau national, sur un ton grinçant : " J'espère que celui qui a fait ça sera remercié par un bel article dans les prochains jours ! "La nouvelle première secrétaire remet de la discipline dans un parti qui en manquait cruellement. La cacophonie n'a pas disparu pour autant, en témoignent les déclarations fracassantes des royalistes Malek Boutih et François Rebsamen. Elle veut aussi instaurer un peu de douceur dans ce monde de brutes. " Elle ne rate pas un anniversaire ", raconte son bras droit, le député de l'Essonne François Lamy. Et elle amuse ses équipes en imitant Ségolène Royal, Jean-Noël Guérini, Claude Bartolone, Jean-Christophe Cambadélis ou Vincent Peillon. Au PS, son caractère jovial mais autoritaire lui vaut depuis longtemps les surnoms de " Cheftaine " ou de " Maîtresse d'école ". François Lamy s'en amuse : " Les gens gardent en général un bon souvenir de leur maîtresse d'école. "Martine Aubry aime se mêler de tout. Son cabinet contrôle, amende et valide les communiqués. Mieux vaut ne pas court-circuiter Aubry : " Si vous ne l'impliquez pas dans votre travail, raconte un dirigeant, elle vous appellera 25 fois pour savoir où vous en êtes. " Elle met son grain de sel sur l'économie, la vie parlementaire, l'Europe, comme sur les détails. Elle vérifie une réservation de train, demande qu'une association d'insertion serve le buffet lors de ses v£ux. A son arrivée, elle a même réglé un problème d'attribution de bureaux, rue de Solferino, en griffonnant un plan sur son inséparable cahier. Son énergie donne le tournis. Mais comment tout surveiller, quand on passe le plus clair de son temps à 200 kilomètres du siège du PS, à la tête d'une mairie (Lille) et d'une communauté urbaine ? " Au moins, elle connaît le pays autrement que par le biais de l'appareil du PS et des journalistes ", minimise le député Christian Paul, qui la soutient. Prenons un jeudi ordinaire dans la vie de Martine Aubry. Dès 9 heures du matin, l'ex-n° 2 de Lionel Jospin planche tour à tour sur l'aménagement de Villeneuve-d'Ascq, l'accueil des Roms, l'acquisition de terrains avec le maire de Tourcoing, l'extension d'une clinique lilloise, etc. Le week-end, la voici qui déjeune avec le Secours populaire ou des retraités. " Elle est 100 % maire de Lille et 100 % première secrétaire ", assure Lamy. Il reçoit à ce moment-là un double appel : " C'est Martine qui essaie de me joindre de son gsm. "Le gsm : c'est son instrument de travail le plus important. " Aubry est une machine à téléphoner, de 8 heures du matin à minuit, elle appelle tout le monde ", note le député Jean-Christophe Cambadélis. Week-end compris. Elle ne peut s'en passer, décroche le téléphone en réunion, donne son numéro de gsm aux élus. Au plus fort du congrès de Reims, elle perdit son mobile. La tuile, en pleines négociations ! Depuis, son directeur de cabinet, Jean-Marc Germain, trimbale dans sa sacoche un téléphone et une puce de secours. C'est en téléphonant d'une main et en manipulant un crayon de maquillage de l'autre qu'elle s'est blessée à l'£il... Aubry fait beaucoup - trop ? - de choses en même temps. Elle veut être sur tous les fronts. Du coup, ses premiers discours sont fourre-tout. Les mesures de son " contre-plan de relance économique " vont du chèque de 500 euros pour les classes populaires au lancement d'un programme de dépollution des sols. Parallèlement, elle ouvre des chantiers escamotés au PS, par exemple sur la question des pouvoirs des départements et des régions. Vu l'ampleur de la tâche, elle a dû avancer son arrivée à Paris, pour animer une réunion, dès le lundi à 18 h 30 avec les principaux leaders de sa majorité - de Benoît Hamon à Harlem Désir - pour définir une stratégie et desserrer l'étau du quotidien. Mais elle repart dès le mercredi soir. La n° 1 apprend en marchant. Elle qui fuyait les micros a compris qu'il fallait intervenir plus souvent dans les médias. Autre changement : Aubry n'hésite pas à faire appel à une agence de communication extérieure pour accompagner ses annonces, comme lors du contre-plan de relance. En interne, elle canalise son tempérament de feu. " Elle est particulièrement attentive à bien montrer qu'elle est respectueuse de notre motion ", reconnaît la députée royaliste Aurélie Filippetti. Parfois, le naturel revient au galop. Malek Boutih en sait quelque chose. Mécontent de la position du parti sur le conflit en Palestine, il s'était abstenu lors d'un vote. Quelques jours plus tard, il récidivait sur le plan de relance. Aubry s'est alors tournée vers lui : "Dis donc, ça commence à être une habitude ! " Quelques jours plus tard, Boutih dénonçait publiquement une direction qui " se bunkérise ". L'équipe d'Aubry se donne deux ans pour convaincre. Et imposer son style. Anti bling-bling. Marcelo Wesfreid