Elle en a sous la plume, Dorothée Werner, grand reporter au magazine Elle. Et la porte dans la plaie sur un mode éminemment littéraire avec ce troisième roman au style étourdissant. Il claque, cogne, tonne, étincelle dans un formidable sens de la fo...

Elle en a sous la plume, Dorothée Werner, grand reporter au magazine Elle. Et la porte dans la plaie sur un mode éminemment littéraire avec ce troisième roman au style étourdissant. Il claque, cogne, tonne, étincelle dans un formidable sens de la formule, tout au long de cette adresse sans concession de la narratrice à sa mère. Une femme née dans la France d'après-guerre, issue de la bourgeoisie catholique, entraînée fissa sur les rails d'un destin tout tracé, " Monopoly fatal du féminin " imposé par " des siècles de patriarcat dégueulasse ". Très tôt mariée, aussitôt enceinte. Empêtrée dans la vie de couple, avant d'entamer son éducation féministe, et de s'émanciper tant bien que mal. Des fifties à l'aube du xxie siècle, on suit l'édifiant parcours de cette " éternelle fillette aimant la dévotion bien plus que les causes elles-mêmes ", emblématique de toute une génération. Au nom des nuits profondes, par Dorothée Werner, Fayard, 176 p. Retrouvez l'actualité littéraire aussi dans Focus Vif : cette semaine, La Vie sauvage, revisite noire et drôle du mythe du bon sauvage par le Belge Thomas Gunzig (page 40), et Survivre, court texte de colère postattentats, radical et vibrant, signé Frederika Amalia Finkelstein (page 41). D. P.