Son enfance à lui, Gilles Paris nous affirme d'emblée qu'elle a été " heureuse ". Une assertion que les apparences de ce grand bonhomme à l'aise, sûr de lui, au ton solaire et pétri d'optimisme tendraient à confirmer (il est même surpris de savoir qu'il aura fêté ses 60 ans à l'heure où notre entretien sera publié). La lecture de ses livres nous laissait pourtant craindre le contraire, tant l'enfance meurtrie est souvent au coeur de sa prose et de ses sujets. Le deuil dès son premier roman Papa et maman sont morts en 1991, un matricide suivi d'une vie à l'orphelinat dans Autobiographie d'une courge...

Son enfance à lui, Gilles Paris nous affirme d'emblée qu'elle a été " heureuse ". Une assertion que les apparences de ce grand bonhomme à l'aise, sûr de lui, au ton solaire et pétri d'optimisme tendraient à confirmer (il est même surpris de savoir qu'il aura fêté ses 60 ans à l'heure où notre entretien sera publié). La lecture de ses livres nous laissait pourtant craindre le contraire, tant l'enfance meurtrie est souvent au coeur de sa prose et de ses sujets. Le deuil dès son premier roman Papa et maman sont morts en 1991, un matricide suivi d'une vie à l'orphelinat dans Autobiographie d'une courgette. Mais encore la dépression dans Au Pays des kangourous, les secrets de famille et la maladie dans Le Vertige des falaises... Ses deux derniers ouvrages en date ne dérogent d'ailleurs pas à la règle : dans Inventer les couleurs (1), écrit pour être lu dès 10 ans, le petit Hyppolite vit des heures sombres mais pourtant très colorées entre un père seul et sans le sou, et des camarades d'école parfois peu amènes ; quant au recueil de nouvelles La Lumière est à moi (2), on y trouve des personnages, jeunes ou moins jeunes, qui " ont tous en commun une part d'enfance déchue, le désir de s'échapper, et l'espoir d'une vue plus lumineuse. Mes livres sont un peu tristes, c'est vrai, empreints de mélancolie ou plutôt de gravité, mais d'optimisme aussi : mes personnages vont toujours du drame à la lumière. Et donc, non, le personnage de la courgette, ce n'est pas moi, comme on me l'a souvent demandé ". Cette " courgette ", omniprésente dans la conversation et les références faites à Gilles Paris, a effectivement changé sa vie d'auteur : le roman était déjà auréolé d'un joli succès à sa sortie en 2001, mais son adaptation en film d'animation quinze ans plus tard par Claude Barras (à la réalisation) et Céline Sciamma (au scénario) ( Ma Vie de courgette sera récompensé entre autres par deux César et une nomination aux Oscars) a complètement changé la donne et l'échelle de ses écrits : la seule version poche du livre a atteint les 150 000 exemplaires, lui ouvrant grand les étalages des points de presse populaires... Ses livres marchent ; ce ne sont pourtant ni des thrillers à la Guillaume Musso ou Michel Bussi, ni des feel good books comme il aimerait essayer d'en écrire : " Je me suis juré que mon prochain roman serait joyeux. " Il s'agit, plutôt, de récits proches du quotidien, toujours écrits à hauteur d'enfant (" c'est un langage très accessible, très visuel, très imagé ") et baignés d'une résilience qui lui a ouvert les bras d'un large public se reconnaissant dans ces enfances difficiles mais jamais condamnées. " J'aime écrire en me plaçant dans les pas et la tête d'un enfant de 10 ans, parce qu'à cet âge-là, on essaie de comprendre mais on ne juge pas tellement. Ce qui est pour moi la définition même de la tolérance. "