I l pleut toujours sur François Hollande. Quand il n'est plus détrempé par les éléments, comme aux premiers jours de son mandat, il voit s'abattre sur lui les critiques et les mauvais sondages, les accusations d'immobilisme et les exhortations à agir. Jusqu'à son slogan, " Le changement, c'est maintenant ", qui lui retombe sur le nez parce que la crise continue, toujours aussi virulente, sinon plus. Mais François Hollande, intelligent, l'a compris, et le président de septembre ne ressemble pas au candidat de mai, ni même au président de juillet. " Le réel n'est malléable qu'au prix d'extrêmes précautions ", écrivait-il le 30 de ce mois-là, dans sa préface au dialogue mené avec Edgar Morin (1). En cette rentrée, le président réalise que l'urgence remise les précautions, et que le réel est trop dur pour les outils forgés durant la campagne.
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I l pleut toujours sur François Hollande. Quand il n'est plus détrempé par les éléments, comme aux premiers jours de son mandat, il voit s'abattre sur lui les critiques et les mauvais sondages, les accusations d'immobilisme et les exhortations à agir. Jusqu'à son slogan, " Le changement, c'est maintenant ", qui lui retombe sur le nez parce que la crise continue, toujours aussi virulente, sinon plus. Mais François Hollande, intelligent, l'a compris, et le président de septembre ne ressemble pas au candidat de mai, ni même au président de juillet. " Le réel n'est malléable qu'au prix d'extrêmes précautions ", écrivait-il le 30 de ce mois-là, dans sa préface au dialogue mené avec Edgar Morin (1). En cette rentrée, le président réalise que l'urgence remise les précautions, et que le réel est trop dur pour les outils forgés durant la campagne. Les présidents passent, la réalité demeure. La réalité qui s'appelle compétitivité, coût du travail, cours du pétrole, plans sociaux. La réalité qui s'appelle camps de Roms, Amiens en feu, Marseille en sang. La réalité qui s'appelle Europe, donc Allemagne, et oblige le président socialiste à faire avaler à ses troupes un traité budgétaire qu'il devait renégocier et qu'il est contraint d'avaliser, à peine complété. Si les Allemands craignent toujours que Dieu soit français, les Français savent que le réel est allemand, jusqu'à donner son nom au pragmatisme qui en découle, la fameuse " realpolitik ". La réalité qui s'appelle aussi vie privée, avec ses mésaventures, et vie gouvernementale, avec ses malveillances. François Hollande subit des polémiques en miroir, qui ressemblent fort à celles traversées par son prédécesseur, des foucades de Cécilia aux embardées de l'affaire BettencourtàLa réalité qui s'appelle enfin, et surtout, gouvernance. Les temps sont si difficiles que s'ajoute au " que faire ? " la question du " comment faire ? ", impérative pour une opinion écorchée vive et sensible, jusqu'à l'allergie, à la manière de diriger le pays. Le mimétisme mitterrandien d'avant l'été - " Donner du temps au temps " - a cédé la place à une accélération toute sarkozyenne. Le président martèle qu'il faut donner du rythme, de l'ordre, de la cohérence, attentif aux trois accusations formulées depuis le 15 août contre son gouvernement : lenteur, couacs, dispersion. François Hollande en personne reconnaît que ne lui sont pas posés de simples problèmes de communication, mais des problèmes profondément politiques. Alors que 5 % de sa présidence ont déjà été consumés, il emprunte, sur tous les sujets qui s'imposent, les rails posés par son prédécesseur, pour éviter de rouler sur le sable. Le sarkozysme n'était peut-être, au fond, qu'un réalisme face à la crise et, dans la forme, qu'un pragmatisme indexé sur les exigences du quinquennat. Le Hollande de printemps crut que le procès du quinquennat précédent suffirait à amorcer le changement, comme si l'antisarkozysme était une politique. Le Hollande estival pensa que la palabre, homéopathie de la réforme, était la solution, pour changer sans brusquer, grâce à de multiples commissions, en un mélange de persévérance et d'habileté dont il fait l'éloge face à Edgar Morin. Le Hollande d'automne revient sur terre : " Il ne s'agit plus de juger le passé mais d'agir dès aujourd'hui ", a- t-il concédé à Châlons-en-Champagne, le 31 août. Et cette nouvelle praxis, dévolue au présent, ressemble au mode d'emploi du pouvoir signé Sarkozy. Mais Hollande ne peut faire du sarkozysme sans le savoir, comme M. Jourdain de la prose, parce que le sarkozysme, cela se voit. Déplacements frénétiques, discours-événements, omniprésence télévisée : la vitrine de l'hyperprésidence va-t-elle rouvrir, achalandée à la mode socialiste ? Le braquet du quinquennat et la pression de la crise exigent certes une gouvernance précise, mais n'imposent pas un style. Le nouveau chef de l'Etat affine le sien, refuse de " faire une annonce par jour ", mais veut s'adresser plus souvent aux Français. Si " parler, ce n'est pas forcément annoncer ", qu'est-ce alors que parler quand on est président ? C'est expliquer, c'est enseigner. Hollande cherche la posture du président pédagogue, parce que " les Français ont besoin de comprendre ". Oublier Mitterrand, ne pas ressembler à Sarkozy : reste à tenter d'être Mendès France, avec ses causeries didactiques. L'erreur de Nicolas Sarkozy fut de confondre la proclamation et la réalisation, de croire que dire, c'était faire ; cela dressa contre lui les corporatismes, ces chiens de garde de l'inertie française. Le hollandisme s'affichait hier comme un antisarkozysme, il est aujourd'hui un sarkozysme avec la manière - et avec de bonnes manières. (1) Dialogue sur la politique, la gauche et la crise. Entretien réalisé par Nicolas Truong. Ed. Le Monde/L'Aube, 76 p. CHRISTOPHE BARBIER